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René Guénon et la métaphysique intégrale.

En réponse à la demande de quelques-uns, je vous présente ici une petite synthèse de la métaphysique de René Guénon, dite « métaphysique intégrale ». Attachez vos ceintures !

 

 

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« Mais, au fond, c’est quoi la métaphysique de René Guénon ? » Voyant que je m’intéresse de près au meilleur spécialiste de la connaissance sacrée (ça ne date pas d’hier, j’ai lu la Crise du monde moderne en préparant mon bac philo), on me pose une question passionnante qui, étrangement, n’effleure guère l’esprit de la plupart de ses lecteurs. Fascinés par ses exposés sur le symbolisme, époustouflés par la justesse du diagnostic qu’il pose sur notre temps, entraînés dans les volutes d’une pensée qui touche au moindre aspect de « la Manifestation » (histoire, philosophie, sciences, mathématiques, religion comparée, mythes, etc.), peu d’entre eux ont tenté de formaliser une conception métaphysique qui se situe pourtant au coeur de sa démarche, en fournit la charpente, le soubassement théorique, et relie entre elles, comme un chapelet de prière, chacune des parties. 
Comprendre la métaphysique de René Guénon (qu’il ne faut pas confondre avec une théologie ou une dogmatique religieuse, je m’empresse de la signaler) permet d’éclaircir des moments de son oeuvre qui semblent obscurs, tous les éléments présentés n’étant pas systématiquement explicités par l’auteur. S’il n’a pas cherché à l’exposer de façon didactique, sinon peut-être, de manière fragmentaire, dans La Métaphysique orientale (1939), c’est pour au moins une bonne raison : Guénon ne présente pas une métaphysique comme étant issue de son propre cerveau à la manière d’une doctrine personnelle, comme le ferait un philosophe persuadé d’avoir découvert un concept révolutionnaire génial qui bouleverse l’histoire de la pensée, mais comme un corpus relevant de la tradition la plus lointaine, non-humaine, la quintessence de la sophia perennis qui remonte aux temps originels de notre Cycle et appartient à ce que l’intuition intellectuelle de chacun peut saisir s’il se met en état de le faire, c’est-à-dire en s’en « ressouvenant » à la manière de Platon. 
Sans doute René Guénon estime-t-il aussi qu’il importe de réaliser un travail intérieur qui requiert, pour parvenir à saisir les linéaments de cette métaphysique qu’il nomme intégrale, un énorme effort de concentration et une disposition particulière de l’âme et de l’esprit. Relevant le défi qui m’est proposé, je vais tenter d’un brosser la synthèse la plus exacte possible en usant d’un minium de mots. Attachez vos ceintures, nous décollons !
Tout commence par l’Être. Dans la métaphysique classique, celle initiée par Aristote, l’Être pur est le principe de la Manifestation (la « nature ») ; depuis lors, les métaphysiciens dits réalistes ont tenté de cerner les qualités de cet Être fameux. L’effort de Guénon consiste au contraire à dévoiler que cette recherche multiséculaire, qui a certes montré ses mérites pour la zone qu’elle explore, limite notre compréhension de la Totalité et nous sépare de l’essentiel qui doit être atteint : la contemplation de l’Absolu. L’Être convient ainsi d’être dépassé. Pourquoi ? Parce que l’Être, qui s’offre comme le déterminant suprême, contient encore une détermination en ceci qu’il se détermine lui-même. Se déterminant, il est limité par cette auto-détermination. Ainsi l’Infinité ne peut lui être attribuée, car elle ne saurait être limitée, et par conséquent l’Être ne peut en aucune manière être considéré comme le Principe suprême. Pour accéder à ce Principe, il faut s’ouvrir à un au-delà de l’Être : le Non-Être ! 
Qu’est-ce que le Non-Être ? Le Néant ? Pour la créature, oui. Pour l’Être, absolument pas, puisqu’on va voir qu’il dépend de lui. Inconcevable pour l’esprit, le Non-Être est une convention de langage qui nous permet d’accéder à un stade supérieur de notre intellect définissant un Point suprême, un rien suressentiel au fondement de tout ce qui est et qui contient l’Être ainsi que la Non-Manifestation – celle-ci pouvant être assimilée « au silence qui comporte en lui-même le principe de la parole » (Guénon). Cet Être et ce Non-Être, associés, sont les deux faces de ce que Guénon nomme la Possibilité universelle, qui seule est vraiment totale. 
Le Non-Être peut être considéré comme le Zéro métaphysique ou encore l’Unité non-affirmée, antérieure à l’Unité, qu’il comprend ; doté d’une potentialité fondamentale, il ouvre la voie à l’Infinité. Or la notion primordiale, vierge de toute détermination, est précisément cet Infini, qui, lui, n’est réductible à aucune Manifestation car il est illimité. C’est sur cette notion que notre intuition intellectuelle (« l’Intellect pur » d’Aristote, non discursif, coïncidant sans médiation avec la Vérité) doit se relier si nous sommes en état de réceptivité et d’ascèse : l’idée se trouve ancrée dans notre esprit même s’il ne la cerne pas puisqu’elle n’a ni définition ni accessibilité. Ancrés dans la Manifestation, nous ne pouvons qu’oeuvrer à dire l’impossibilité de parler de l’Infini, concept inexprimable qui s’apparente à une non-connaissance, un non-savoir, comparable à une lumière qui ne se donnerait que par son absence.
Guénon ne s’arrête pas à cette étape, à la radicalité pourtant vertigineuse. Dans ce fantastique voyage ascensionnel, il pulvérise toutes nos frontières mentales et dynamite les formules et les concepts avec lesquels nous sommes habitués à penser dans la philosophie occidentale qu’on nous a enseignée, pour nous faire accéder au coeur du réacteur nucléaire de la doctrine. Il s’agit pour lui de nous faire saisir que la Manifestation, notre « monde », n’est rigoureusement rien au regard de l’Infini. Il importe de se situer hors du temps et de la soumission au monde des phénomènes pour se diriger vers le Principe, dépouillé de toute qualité. 
Mais le Principe lui-même n’est pas tout ! Il convient d’aller au-delà et dépouiller la notion du Principe, afin de la transcender pour la vider de son essence dans une sorte de grande négation purificatrice rendant possible la Délivrance de toute illusion phénoménale. 
Cette tension spirituelle est ce que Guénon nomme « la Réalisation ». Nous sommes là dans l’aspect pratique de sa métaphysique. Son objectif principal est de nous faire « sentir » que l’individu n’est qu’une manifestation transitoire de l’Être. C’est en accédant à ces hautes cîmes que nous pourrons retrouver en nous l’Homme véritable, celui qui a le sens de l’éternité ; que nous serons en mesure d’accéder à des états supra-individuels libérés de toute limitation ; et de nous diriger, au-delà encore (grimpons, grimpons dans le supra-rationnel !), vers l’état inconditionné et inexprimable. 
C’est l’accession à ce dernier état qui constitue la vraie Délivrance, la totale universalisation nous permettant de dépasser la dualité (vie, mort…) et de percevoir l’illusion des formes. Une fois parvenus à ce stade, nous savons que le Soi est sans cause, qu’il n’y a ni naissance, ni mort, ni temps ni même éternité !
Délire ? Fantasme ? C’est la première réaction des néophytes, et même (et surtout ?) des universitaires formés à l’école classique, qui prennent connaissance de ce processus intellectuel. Incendairie mise en abîme de l’esprit humain, lequel est prié de se détacher de tout ce qu’il croit connaître, cette métaphysique abrupte traverse pourtant toutes les traditions de notre Cycle : doctrine hindoue du maître indien Shankara, bouddhisme, soufisme, mystique rhénane, approches de saint Grégoire de Naziance, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Damascène, qui s’exclamera : « De Dieu il est impossible de dire ce qu’il est en lui-même, et il est plus exact d’en parler par le rejet de tout : il n’est en effet rien de ce qui est… Il est au-dessus de tout ce qui est, et au-dessus de l’être même » ! 
René Guénon, et après lui les « traditionistes » Julius Evola, Ananda Kentish Coomaraswamy, Frithjof Schuon, Georges Vallin, Titus Burckhardt, Michel Vâlsan et tant d’autres, n’ont cessé de démontrer, de diverses façons, dans leurs travaux, l’existence de cette métaphysique traversant les siècles.  
Rien n’est plus normal que d’être déboussolé, désorienté, affolé ou scandalisé par cette métaphysique ultime. C’est la mise en condition mentale nécessaire pour accéder à une connaissance supérieure et sacrée. Ce n’est pas par hasard que nos ancêtres avaient institué de sévères initiations (devenues aujourd’hui parodiques dans les loges maçonniques), qui avaient pour but, étapes par étapes, de faire progresser l’esprit vers ces lumières salvatrices et ineffables.
Je vous laisse y réfléchir ; nul n’est contraint de donner son assentiment à cette perspective métaphysique sans l’avoir comprise et absorbée complètement. Le plus important est de la méditer, de se sentir stimulé voire provoqué dans nos certitudes, et de faire des expériences pour en savourer (ou non) les fruits. 
En attendant, j’espère avoir répondu à la question qui m’a été posée par quelques lecteurs désirant aller plus loin que la vulgate et que je félicite pour leur saine curiosité en ces temps de crétinisme généralisé.
Paul-Éric Blanrue
POUR ALLER PLUS LOIN :
- René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Véga, 1983.
- I, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions traditionnelles, 1981.
- Id°, Les États multiples de l’être, Véga, 1980.
- Id°, La Métaphysique orientale, Éditions traditionnelles, 1970.
- Jean-Marc Vivenza, Le Dictionnaire de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2002.
- Id°, La Métaphysique de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2004.
- Georges Vallin, La Perspective métaphysique, Dervy, 1977.
- Michel Vâlsan, L’Islam et la fonction de René Guénon, Les Éditions de l’Oeuvre, 1984.

Karim Achoui: « Pour la justice, Achoui victime ou accusé, c’est pareil! »

Karim Achoui:

Karim Achoui au tribunal de Paris © Maxppp

Avocat franco-algérien, Karim Achoui est connu pour ses liens supposés avec le milieu et pour son implication dans plusieurs affaires, ce qui lui a valu le surnom d’ »avocat des voyous » dans les médias. Il est également le fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans et vient de publier son nouveau livre aux éditions Hors Lignes: « Musulmans quels sont vos droits ? « .

Peut-on porter le voile à l’université ? Puis-je demander de la viande halal à la cantine scolaire? Mon employeur peut-il m’interdire de prendre des pauses afin d’effectuer mes prières ? Sous-titré « 101 réponses pratiques aux questions que vous vous posez » cet ouvrage a pour seule ambition de répondre à des questions de droit. Mais au-delà, son auteur aimerait que ce petit livre contribue à la compréhension mutuelle et à la tolérance ainsi qu’au respect de la liberté de religion dans une société moderne et ouverte.

Dans cette série d’entretiens Karim Achoui revient également sur sa radiation du barreau de Paris en 2010, sur les attentats à Charlie Hebdo, ou encore sur son engagement contre le Front National.

http://www.franceinfo.fr/emission/tout-et-son-contraire/2014-2015/karim-achoui-pour-la-justice-achoui-victime-ou-accuse-c-est-pareil-31-03-2015-04-25

 

Un islam et trois musulmans

 

L’âme qui repose sur l’amour du Créateur et de toutes ses créatures… la pure tout aussi bien que l’impure !
Elle est tout simplement intelligente, divinement intelligente.
L’âme du troisième musulman qui ne vous demande pas de lire son LIVRE mais de chercher avec lui, une autre raison de vivre que celle qui divise l’homme avec l’homme. UNE RAISON, PAS DEUX… Que même les mécréants appellent Dieu.

L’Orgueil … outil de l’égo

L'Orgueil ... outil de l’égo

L’orgueil est un des outils de l’égo …

Vous avez beaucoup de mal à le percevoir, à le voir et à l’entrevoir …

L’orgueil vous mène dans sa danse depuis la nuit des temps …

L’orgueil est un des traits de caractère de la personnalité humaine.

L’orgueil est une forme d’égocentrisme directement lié à un sentiment d’infériorité ou de supériorité.

L’orgueil est composé de multiples facettes : vanité, arrogance, inefficience… liées à l’ignorance.

Les aspects en sont difficiles à découvrir, car leurs expressions vont des plus grossières aux plus subtiles.

On dit que l’orgueil bande les yeux …  Vous rappelez-vous le jeu  de colin-maillard … ?

Vous bandiez vos yeux et vous étendiez les bras vers une personne, la touchant de vos mains afin de la découvrir …  Vos mains posées sur elle, vous essayiez par des indices de reconnaitre les traits de son visage,  afin de la nommer …

Vous pouvez faire de même pour découvrir les traits de l’orgueil, lorsqu’il vous cache les yeux afin de vous empêcher de voir ce qui vient à vous …

Jouez à colin-maillard avec l’orgueil, amusez-vous à le découvrir dans toutes ces facettes …

Grandes seront vos surprises …

Paroles reçues de l’Akasha.

Abou Houdeyfa: agent de décérébration de la communauté musulmane?

Dans la vidéo d’un de ses derniers prêches du vendredi (9 mai 2015), l’imâm Abou Houdeyfa s’en prend à ceux qui « prétendent réformer l’islam au nom de la raison », probablement celles et ceux réunis au sein de la Fondation al-Kawakibi, sans qu’il ne les nomme précisément d’ailleurs. 
Bien que l’audition de cette vidéo soit un véritable supplice pour l’esprit et l’intelligence, elle vaut cependant que l’on s’y arrête un instant. En effet, reconnaissons-lui ce mérite, l’imâm Abou Houdeyfa, tout en prenant manifestement son auditoire pour une foule de demeurés, parvient à concentrer la quintessence de l’opposition salafiste à toute idée de réforme, n’hésitant pas non plus, pour quelqu’un qui se revendique d’une haute éthique, à utiliser les plus sales procédés rhétoriques de disqualification de son adversaire.
Passons sur les images simplistes de la relation père-enfant pour faire comprendre que l’enfant (l’homme en l’occurrence) doit s’incliner devant ce que ça raison ne peut saisir. Passons aussi sur les comparaisons à deux francs six sous avec la question des ablutions sur les chaussettes et celle de l’exemption du rattrapage de la prière et non du jeûne en cas de règles, comme possibles « contradictions » entre révélation et raison. Passons encore sur la confusion de son discours entre ‘aql et ra’y (raison/intellection et raison/opinion) qu’il utilise comme équivalents et oppose systématiquement à l’idée de naql (révélation) pour discréditer bassement l’idée même de raison.
Le cœur même de son discours est qu’une fois la révélation descendue sur l’humanité, le naql, comprenant le Coran et la sunna du Prophète, il n’y a plus rien à ajouter, la raison doit se soumettre et obéir, et suivre sans contester les injonctions de la révélation, la raison étant par essence incapable de découvrir les plus hautes vérités. C’est si simple. Il dénonce ensuite plusieurs fois celles et ceux qui, selon lui, voudraient faire passer la raison (‘aql) AVANT la révélation (naql).
On ne s’étonnera peut-être pas trop que le cursus de l’imâm Abou Houdeyfa ait eu quelques lacunes. Il n’a probablement rien lu sur le motif du tabernacle des lumières du prophétat (mishkat al-anwâr) qui explique que les philosophes et les savants (en passant par Platon, etc.) sont tous parvenus à un niveau de compréhension du monde proche de ce qui est obtenu par la révélation, et ce de par leur seule intelligence (guidée par Dieu, certes). Ni non plus le fameux roman de Hayy b. Yaqzân qui, perdu sur une île, induit les principes autrement révélés par le seul usage de sa raison et de l’observation. Bref, la civilisation islamique a une longue tradition de conciliation entre raison et révélation qui dépasse largement le simple rapport de soumission ou de guidance.
Pour en venir à l’essentiel, le discours de l’imâm Abou Houdeyfa expose en vérité l’angle mort, ou plutôt le trou noir, de la pensée salafiste. A savoir le rôle du lecteur, du savant, de l’herméneute dans le rapport à la révélation.
Les principologues du droit musulman (usûliyyûn) savent que la Loi a deux sources : le khabar (Coran et sunna, le naql) et le nazar (le regard, l’intelligence, la raison du savant). Ils avaient compris très vite, dès l’époque classique, que le Texte ne dit rien. C’est un paquet muet de pages remplies de signes. Rien de plus. Seul le regard, l’intelligence, de chaque lecteur ou lectrice fait émerger un sens hors du texte.
Il est probable que le fait que le Coran soit en arabe classique offre aux arabophones une dangereuse impression d’immédiateté dans l’accès à la révélation divine, faisant disparaître la nécessité d’une interprétation, d’un effort herméneutique. Cela donne à croire que, si l’on maîtrise l’arabe, et plus encore si l’on est un arabophone natif connaissant (ou pas) l’arabe classique, on peut accéder sans médiation à la Parole de Dieu. Dangereuse illusion d’optique de laquelle sont préservées en partie aujourd’hui d’autres religions du Livre, dont le judaïsme et christianisme : l’hébreu biblique, l’araméen, le latin, le grec ancien, langues de la Bible et des Evangiles imposent la notion de l’éloignement dans le temps, de la nécessité de l’histoire, du contexte, de la linguistique, de la philologie, de la sémiologie… et donc une certaine modestie dans le rapport au Livre. En tous cas, aucun-e théologien-ne de ces religions, à part quelques illuminé-e-s, ne prétend faire l’économie de son propre rôle dans son approche des textes révélés.
C’est tout le contraire dans la pensée salafiste : le rôle médiateur de l’herméneute est nié, que ce soit pour aujourd’hui ou pour le passé – une compréhension directe de l’essence même du texte est toujours posée comme axiomatique, qu’il s’agisse du Coran ou d’une somme classique. Comme si le lecteur (arabophone, s’entend) était un pur esprit, hors du temps et de l’espace, hors des contingences matérielles, hors de toute culture et société, hors de rapports de domination, de pouvoir, et accédait à l’essence du naql, de la révélation.
Or, c’est précisément là que porte l’effort de réforme, contrairement au mauvais procès que lui fait l’imâm Abou Houdeyfa. Ce n’est pas sur le naql (le Coran, Texte révélé ; je laisse de côté la sunna ici qui pose trop de problèmes méthodologiques) que l’on veut porter réforme, mais sur le nazar, l’intelligence, la raison de l’herméneute, le deuxième terme de l’équation indispensable à la production de la Loi. Sans nazar, le khabar est profondément, désespérément, muet et inutile.
Procédant typiquement selon l’approche salafiste, l’imâm Abou Houdeyfa saute allègrement par-dessus les 14 siècles de tradition herméneutique musulmane et tente de nous faire croire que les Compagnons du Prophète recevaient le Texte de manière pure, sans médiation, et qu’il conviendrait de se soumettre à leur propre approche. Or, contrairement à ce préjugé, ces derniers eux-mêmes ont dû développer leur propre démarche interprétative pour faire face à l’infini des situations humaines auxquelles le Texte ne pouvait ou ne voulait pas répondre, l’exemple le plus connu étant celui de ‘Alî partant au Yémen avec une première méthode d’ijtihâd. Tout n’allait donc pas de soi, y compris durant le moment coranique.
Inspirés par cette réalité, les oulémas n’ont eu de cesse de s’efforcer de développer des méthodologies pour tout, n’hésitant pas à emprunter aux sciences de leur temps (philosophie, linguistique…) pour les porter vers de nouvelles hauteurs et faire émerger des sens encore cachés du khabar : collecte des hadîths, linguistique, métaphysique, kalâm, droit… Bref, à développer, équiper, renforcer, le nazar, car ils avaient conscience, au moins jusqu’à l’époque classique et la fin des Abbassides, qu’ils portaient un regard sur le texte, qu’ils interprétaient et que, pour réduire l’arbitraire, il fallait des outils, des méthodes. Non pas pour nier la raison, mais pour la rendre plus performante encore.
Les croisades, la chute de Bagdad, la perte de l’Andalûs ont fait plonger le monde musulman dans une longue léthargie intellectuelle. Entre temps, dans d’autres endroits du monde, des savants de toutes sortes ont continué à réfléchir, développant l’héritage qui leur avait été transmis.
Le travail de réforme s’impose donc de nouveau aujourd’hui. Non pas pour retirer ci ou là des versets qui seraient embarrassants, mais pour profiter de l’immense essor des sciences sociales, humaines et techniques de ces deux derniers siècles qui, de facto, contribuent à modifier un nazar – lui-même situé dans un autre temps, un autre espace – et donc permettent de faire émerger, à nouveau, des sens inédits, de réordonner les priorités, de déconstruire, de re-situer et de réarticuler les lectures de ces 14 derniers siècles par rapport aux besoins du nôtre.
La réforme en islam porte en vérité sur l’herméneute et ses méthodes, et donc fait inévitablement surgir du neuf hors du Texte, des potentialités contenues depuis l’origine en Celui-ci et qui n’attendent qu’à être exprimées et se déployer. C’est pour cela que le Coran, comme d’autres textes sacrés, est en quelque sorte « garanti par Dieu » pour les siècles des siècles, car sa lecture n’est jamais terminée, ni épuisée, ni figée, chaque époque apportant son innovation herméneutique et son regard réjuvéné sur un Texte immuable.
Nul besoin donc de discourir sur l’antécédence du naql ou du ‘aql, le débat n’est pas là, mais sur la reconnaissance du rôle médiateur du savant, ce que refuse obstinément la pensée salafiste dont l’imâm Abou Houdeyfa se fait le chantre.
Pourtant, à l’entendre, on se dit qu’il en devine les contours, mais préfère s’enfermer dans sa condamnation, jouant la carte de l’establishment, de la structure, du maintien du pouvoir de certains clercs sur des masses qu’ils abrutissent de discours simplistes. En effet, parlant des « réformateurs », il lance qu’ils ne seraient même pas soutenus par des savants connus, ou encore qu’ils ne seraient même pas ‘âlim, ou mujtahid muqayyad, ou mujtahid mutlaq. Ce faisant, il démontre surtout qu’il se fait le porte-parole d’une caste qui veut préserver son pouvoir en profitant pleinement de leur investissement personnel à « maîtriser » une méthodologie très particulière d’accès au texte et des privilèges matériels et symboliques qui en découlent. Si demain, l’approche salafiste devait être mise « hors-service » par la réforme en gestation, ce qui arrivera inéluctablement, ils seront « sur la paille » s’ils n’accomplissent pas le « bond quantique » que cela va impliquer pour eux.
Comme quoi, derrière le discours anti-réforme, il y a également des enjeux de pouvoir, y compris géostratégiques, très, très, humains.
Où la parole de Dieu (naql) est une fois de plus détournée sous prétexte de la respecter.
A ce titre, les réformateurs, travaillant sur nazar et non sur le khabar, démontrent bien plus de respect de la Parole que ceux qui prétendent en être les porte-paroles exclusifs.
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LE CAIRE BÂTIE PAR LES BERBERE SUR LES TRACES DU MAÇON DE JIJEL

 

La  confrontation footballistique entre l’Algérie et l’égypte, en dépassant le cadre sportif, a néanmoins permis à beaucoup  de replonger dans les méandres de l’histoire.“Grâce“ aux déclarations tapageuses des médias cairotes sur ce que notre pays leur “doit”,

 le passé a ressurgi sur plusieurs registres. L’histoire, avec un grand H, est pourtant bien là pour montrer que s’il faut parler de contributions, c’est plus de l’ouest vers l’est.    L’Algérie, et le Maghreb en général, ont, depuis des millénaires, marqué de leur empreinte le pays des Pharaons. Il suffit de marcher dans Le Caire, surtout la partie ancienne, pour s’en convaincre. Pour ceux qui ne le savent pas, la capitale égyptienne a été bâtie grâce à des… Algériens. Une réalité historique que beaucoup parmi les égyptiens rencontrés au Caire ne connaissent pas et surtout n’arrivent pas à croire.

 Par Salim Koudil (Liberté)

Al azher

LE CAIRE BÂTIE PAR LES BERBERE SUR LES TRACES DU MAÇON DE JIJEL  dans histoire culture moz-screenshotcaire


Presque tous se contentent d’affirmer qu’elle a été créée au temps des Fatimides sans pouvoir (ou vouloir) en dire plus. Les faits sont là. C’est en 969 que la terre des Pharaons a été conquise par les armées fatimides venant d’Algérie, et ces dernières étaient constituées essentiellement de guerriers venant d’une région appelée Ikjan, du côté de Jijel, appartenant à la tribu berbère de Koutama. Plusieurs historiens affirment qu’en plus d’avoir conquis le pays, la construction du Caire, qui aurait duré quatre ans, a été également l’œuvre des Amazighs. On est arrivé même à parler du fameux maçon de Jijel, bâtisseur de la grande Qahira. Les vestiges de la dynastie fatimide existent toujours.
Ce sont des endroits très prisés par les touristes. La rue d’El-Moez Eddine Allah El Fatimi est considérée comme le plus grand musée ouvert des monuments islamiques au monde. On y trouve, entre autres, de nombreux mosquées et palais. Il y a également la magistrale “porte”, immense bâtisse datant de la même époque et dont le nom, Bab Zouila, représente celui d’une tribu berbère.  En outre, il y a également la très connue mosquée d’El-Azhar, du côté du quartier touristique de Khan Khalili, qui englobe en son sein la deuxième plus ancienne université encore active au monde.
Fondée en 970 par les enfants de Koutama, son imam (actuellement Mohammed Tantaoui) représente la plus grande autorité islamique en égypte. On peut aussi revenir encore plus en arrière dans le temps pour retrouver d’autres indices de la présence de nos aïeux. Le plus connu est le fondateur de la 22e dynastie pharaonique, le Berbère Chechonq Premier. “Le Obama des temps anciens, c’est lui”, nous dit un membre de l’ambassade d’Algérie au Caire, en précisant qu’“il a en quelque sorte beaucoup de points communs avec le président américain. Il n’a pas conquis le pouvoir avec une armée comme beaucoup le pensent. Tout simplement son grand père est venu vivre en égypte et s’est retrouvé, au fil des années, au poste de grand prêtre. Il a ainsi placé son petit-fils, et ce dernier a pu devenir pharaon, après avoir été général en chef des armées et conseiller du roi dont il a épousé la fille”. Une visite au musée égyptien du Caire permet de retrouver les traces de cette dynastie (-945) – (-660). Le plus connu est le masque funéraire de Chechonq II. Une autre “histoire” égypto-algérienne a été construite par Juba II. Ce roi de la Numidie avait épousé la fille de la reine Cléopâtre, Séléné. Mais là, “l’empreinte” la plus visible n’est pas au pays des pharaons, mais tout simplement à 70 kilomètres d’Alger, à Tipasa. Le tombeau de la Chrétienne n’est que celui de la femme du aghelid amazigh.

Jacques Antonin : Nourrir notre âme

Un être qui à su faire la synthèse (Emile Pinel, jacqueline Bousquet et bien d’autres études des champs morphogénétiques) de bien des travaux, sur la vie elle-même son fonctionnement avec une grande humilité et néanmoins de grandes connaissances sur les cycles du vivant, le fonctionnement d’un corps humain par delà les apparences…Un grand homme, de grandes connaissances, une compréhension des mécanismes subtils de notre monde visibles et invisibles

 

Le saviez-vous  ? Le pape Sylvestre II a étudié à la Qaraouiyine

 

Le saviez-vous  ? Le pape Sylvestre II a étudié à la Qaraouiyine dans histoire culture

 

Alexandre II Image illustrative de l'article Alexandre II (pape)

Aux IXe et Xe siècles, l’Occident musulman est probablement la région qui concentre le plus de connaissances sur les mathématiques et l’astronomie. Les chrétiens d’Europe accusent un retard conséquent en la matière et ceux qui désirent combler leurs lacunes trouvent en Andalousie, et plus particulièrement à Cordoue, le lieu d’érudition par excellence. En 967, Gerbert d’Aurillac, un jeune moine français, qui deviendra en 999 le Pape Sylvestre II, se rend en Catalogne pour parachever ses études. Il se passionne pour les mathématiques et suit probablement des cours à Cordoue, alors à l’apogée de l’empire omeyyade, qui dépend de l’université Qaraouiyine de Fès. La capitale de l’empire des Maures apparaît comme l’étape ultime du cheminement de Gerbert. Même si aucune trace écrite ne témoigne de ce voyage, les recherches des historiens confirment l’hypothèse. Les orientalistes européens du XIXe siècle évoquent par erreur l’abbaye catalane de Vich (phonétiquement proche de Fès) pour retracer la formation mathématique de Sylvestre II. Quoi qu’il en soit, le premier pape français de l’Histoire a grandement contribué à faire connaître les chiffres arabes dans le monde chrétien, d’ailleurs on lui attribue aussi à tort l’introduction du zéro.

La véritable histoire de Charles Martel : celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen ignorent

Avatar de Salah Guemriche

Par 
Écrivain

LE PLUS. Cette figure historique est fréquemment invoquée, en particulier par l’extrême droite. Mais qui était vraiment Charles Martel ? Quelle est la part de mythe et celle de vérité ? Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien, auteur notamment de « Abd er-Rahman contre Charles Martel », partage ses connaissances.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

La véritable histoire de Charles Martel : celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen ignorent dans histoire culture 6491432292056

Une gravure de la bataille de Poitiers, le 10 octobre 732 (MARY EVANS/SIPA)

 

Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une « Journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme », le nom de Charles Martel, « sauveur de la chrétienté », est venu, dans bien de réseaux liés à l’extrême-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France « pays des droits de l’homme », mais de la France « fille aînée de l’Église ».

 

Comme si la théorie du « choc des cultures » s’était muée en celle d’une « guerre de religions », ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a résumé d’un cri : « Je suis Charlie Martel ! »

 

C’est précisément dans cette mouvance lepéniste que Robert Ménard a lancé sa énième provocation, en commençant par criminaliser les petits écoliers biterrois sur la seule base de la « consonance musulmane » de leurs prénoms ! Dans ma tribune, publiée sur Le Plus de l’Obs le 12 mai (« Robert Ménard, changez vitre de patronyme »), j’ai dit ce que je pensais de ce forfait antirépublicain. Cela m’a valu nombre d’incriminations avec, à l’appui, des arguments puisés dans les pages d’un Deutsch métronome promu rewriter du roman national. Comme tant d’autres thèses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leçon de Marc Bloch (dans son « Apologie pour l’Histoire ») :

 

« Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes […] C’est d’un bout à l’autre de l’Europe, comme une vaste symphonie de fraudes. Le moyen âge, surtout du VIIIe au XIIe siècle, présente un autre exemple de cette épidémie collective… Comme si, à force de vénérer le passé, on était naturellement conduit à l’inventer. »

 

Charles Martel, « dilapidateur et enragé tyran »

 

C’est pour répondre à ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme à notre « rapporteur-sans-frontières » des thèses d’extrême droite, que je tiens à fournir, ici, quelques éléments d’information sur la véritable nature du « tombeur des Sarrasins », et, par la même occasion, sur l’histoire de Béziers (ville dont Robert Ménard a chargé Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, d’écrire l’histoire)…

 

Pour en finir, donc, avec cette légende qui fait de Charles Martel le « sauveur de la chrétienté », précisons d’emblée que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand « spoliateur des biens de l’Église », n’a jamais bouté les Arabes hors de « France », pour trois raisons : primo, ce pays n’existait pas encore en tant que tel ; secundo, c’est son fils qui réussira à reprendre Narbonne, trois décennies après la mythique bataille ; tertio, la présence sarrasine est attestée dans les Alpes et dans le Jura au moins jusqu’au du Xe siècle.

 

Tout comme la légende du « Marteau de Dieu », celle du « spoliateur des biens de l’Eglise » aura, en son temps, la peau dure. De Liège (ou plutôt, la ville n’existant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du père de Charles, Pépin d’Herstal, et dont l’évêque, saint Lambert, fut assassiné sur ordre de l’oncle maternel de Charles) à Nîmes, en passant par Toulouse et Narbonne, l’homme est dénoncé comme aucun grand de ses contemporains ne l’aura été : « Ô Charles Martel, dilapidateur et enragé tyran ! », s’écriera Jean Boldo d’Albenas, l’un des pères du protestantisme nîmois [1]. Sans doute, cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruiné sa ville (Nîmes) avant d’y mettre le feu : c’était en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dépité de n’avoir pas réussi à en déloger les Sarrasins, malgré un long siège éprouvant…

 

Plus cohérente est la thèse de Nicolas Germain Léonard, historien de la ville de Liège, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel méritait une telle charge : « Il donnait à ses officiers les évêchés et les abbayes. Les biens de l’Église devenaient héréditaires ; on en formait la dot des filles qu’on mariait. Pépin d’Herstal avait enrichi le clergé, Charles le dépouilla. » [2]

 

Evidemment, après la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de l’Église furent « l’instrument de la délivrance de l’Europe, et de la victoire de l’Évangile sur le Coran » ! [3]. Mais que durant toute l’existence de Martel (688-741), à Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Béziers, Nîmes, Lodève, Uzès, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des évêques ; voilà qui en dit long sur l’état d’abandon de la « Fille aînée de l’Église » !

 

Désordres, ruines, assassinats 

 

D’autres griefs ternissent la renommée de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le persécuteur d’Eucher, l’évêque d’Orléans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abbé de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprême pour une imaginaire conspiration… Désordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu’à sa mort.

 

Mais c’est le sort réservé à l’évêque d’Orléans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renommée. Accusé d’avoir comploté contre Martel, l’évêque « fut envoyé en exil avec tous ses proches, (puis) transféré dans le monastère de Saint-Tron où il mourra en 738″ [4]. Conclusion de Flodobert, l’évêque de Noyon et de Tournai (894-966) : « Ce bâtard né d’une servante n’était audacieux qu’à faire le mal envers les Églises du Christ. »

 

De ce martyre de saint Eucher, une légende naîtra plus d’un siècle après, qui sera consignée dans le compte-rendu d’un concile tenu en 858 à Quierzy, où il est fait mention d’un songe d’Eucher. Extrait :

 

« Nous savons en effet que saint Eucherius, évêque d’Orléans fut entraîné dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl exposé aux tourments dans le plus profond de l’enfer. » Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : « Le texte ne laisse place à aucune équivoque. Karl, spoliateur résolu des biens de l’Église, est reconnu coupable à part entière. » [5]

 

La même justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui « les agressions de Karl contre le patrimoine de l’Église faisaient douter qu’il fût chrétien » ! [6]

 

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et après tout, des spoliations, quel envahisseur n’en commet pas ? Du IXe au XIe siècles, la renommée de Charles en souffrira. Etrangement, c’est aux siècles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de… sauveur de la chrétienté : comme si, écrira Chateaubriand, « Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades ! » [7].

 

Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

 

Sur le terrain, la réalité était tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, c’est la conquête de l’Aquitaine (dont la capitale était alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette région était menacée par les Sarrasins, il s’était contenté d’attendre son heure. Mais en apprenant avec stupéfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc d’Aquitaine, Martel comprit très vite le risque que pouvait représenter une telle alliance. Celle-ci n’arrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le maître de Cordoue (l’Espagne arabo-andalouse était déjà minée par les révoltes berbères contre le pouvoir arabe), ce qui l’amena à supprimer le « traître » gouverneur, un Berbère, avant d’offrir la fille du duc au calife de Damas… Si Charles Martel arrêta effectivement les Arabes à Poitiers, il ne réussit donc pas à les déloger de la Narbonnaise, qu’il attaqua par deux fois, sans succès.

 

La légende qui colle au nom de Martel doit être revue et corrigée sur un autre point : jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme « gallo-romain », et particulièrement le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus.

 

Furieux d’avoir échoué par deux fois à Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrétiennes) à qui il reproche de ne pas l’avoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Béziers, Maguelone, Nîmes (dont il brûle les arènes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Béziers :

 

« Les Franks pillent à outrance dans tous les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux sont démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles-Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays. » [8]

 

Ces dévastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-siècle plus tard la mort de Roland à Roncevaux (des historiens ont, enfin, démontré que l’attaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq siècles plus tard d’autres exactions, et là, c’est toujours l’historien de la ville de Béziers qui témoigne : « Plusieurs dépôts ont éprouvé des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont j’aurais pu profiter. Les anciennes archives de Béziers furent, elles, consumées par l’incendie qu’y allumèrent les croisés en 1209… » !

 

Plusieurs chroniques l’attestent (Continuation de Frédégaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cités susceptibles d’être ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravagées. Maguelone est rasée, Montpellier n’est pas épargnée, et encore moins Nîmes :

 

« Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles démolit les portes, abat les murailles et tente d’incendier les Arènes sous prétexte qu’elles sont aménagées en ouvrage défensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une forêt dans l’Amphithéâtre et y mettent le feu » [10] 

 

Un retour du refoulé historique

 

Voilà la vraie nature et l’œuvre du héros de tant de générations d’écoliers de France ! Celui-là même dont le nom figura jusqu’à la veille de l’élection présidentielle de 2002, sur une affiche électorale : « 732 Martel, 2002 Le Pen ». En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Béziers, à l’approche de 2017 ?…

 

Mais comment peut-on imaginer que Béziers puisse, aujourd’hui et en connaissance de cause, dire merci à celui qui mit toute la région à feu et à sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoulé historique, des Biterrois de souche décidaient, un jour, de répondre à Robert Ménard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mémoire de leurs ancêtres : « Je ne suis pas Charlie Martel ! » ?

 

 

 

[1] Jean Boldo d’Albenas, Discours historial de l’antique et illustre cité de Nîmes, Nota bene : toutes les références, accompagnant cette tribune, se trouvent  détaillées dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

[2] N. G. Léonard, Histoire ecclésiastique et politique de l’Etat de Liège, 1801.

[3] François Laurent, Le Moyen-âge et la réforme, 1866.

[4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n°8 et 10, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum synodi Carisiacensis, année 858, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel.

[5]  Cf. J. Deviosse, Charles Martel.

[6] Michelet, Histoire de France, cité dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[7] Chateaubriand, Génie du christianisme, dans Oeuvres complètes, éd. Furne, 1865.

[8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des évêques de Béziers, Paris 1854, cité dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, réf. dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.

[10] Jean Deviosse, Charles Martel.

Philippe Cornu – Le bricolage spirituel, soyez zen ou le bouddhisme instrumentalisé

Pour changer un peu de l’islam, des cathos et des juifs, une intervention intéressante de Philippe Cornu sur l’instrumentalisation du bouddhisme en Occident. Loin de la sclérose fondamentaliste et de la bouillie syncrétiste. Je renvoie à « La Doctrine de l’Éveil » d’Evola, à Coomaraswamy ou aux livres de Suzuki sur le bouddhisme zen.

 

https://vimeo.com/75001105

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