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Voyages aux sources du Saint Coran (partie 4 et fin)

Vous avez été particulièrement nombreux à avoir lu la passionnante étude du Dr Abdallah intitulée « Voyages aux sources du Saint Coran ». Nous publions la dernière partie de cette série à travers un entretien avec l’éminent Professeur François Déroche qui est directeur d’études d’histoire et codicologie du livre manuscrit arabe à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Autant l’historique des manuscrits du Coran référencé BNF, Arabe 328 à la Bibliothèque nationale de France (partie de la collection de Jean Louis Asselin de Cherville) est connue et publiée, autant l’histoire de son homologue de la British Library référencé OR 2165 est mystérieuse et n’a fait, à ma connaissance, l’objet d’aucune publication. Existe-t-il une explication à la pudeur dont font preuve les conservateurs de la British Library ? Pouvez-vous nous éclairer sur l’histoire du manuscrit OR 2165 ?

Je pense que c’est une difficulté réelle. À l’époque où j’avais commencé à travailler sur ce manuscrit, nous avions demandé à mes collègues de la British Library des compléments d’information sur le vendeur, puisqu’on a un nom d’un pasteur anglais qui l’a vendu aux trustees de la British Library. Ils ont cherché dans les sources britanniques sur la question, mais n’ont pas identifié le personnage et, à fortiori, où il l’avait acheté.

Cela dit, dans la collection de la BnF, nous avons quelques feuillets qui semblent être de même origine que le manuscrit de Londres. Dans un scénario possible, ce coran aurait été, lui aussi, conservé dans la mosquée de Amr, à Foustat (le vieux Caire), et aurait été acquis dans le courant du dix neuvième siècle, de la même manière qu’Asselin de Cherville a fait l’acquisition de ses feuillets avant 1820.

Le codex référencé BnF, Arabe 328 est-il un ouvrage unique, recopié par différents copistes ou est-il une reconstruction tardive provenant de Corans différents ? Combien alors et à quelle date se serait opérée la reconstruction ?

C’est un Coran qui est le résultat d’une coopération de deux, voire trois copistes, puisqu’il n’est pas exclu qu’une autre partie de la cote Arabe 328 fasse également partie de cela mais comme il n’y a, pour ces feuillets de la fin du Coran, une lacune codicologique, il est difficile d’être complètement affirmatif.

Je veux dire la chose suivante : dans le 328 a, nous avons deux mains, A et B. Et certains feuillets sont, au recto de la main A et au verso de la main B. Donc nous savons qu’ils ont travaillé ensemble parcequ’on voit bien les changements de mains. En revanche, l’éventuel copiste C intervient sur des feuillets qui ne font pas partie d’un cahier où l’on aurait une autre main et où l’on pourrait alors dire qu’ils étaient en entrain de travailler en même temps. Donc c’est pour ça qu’il y a un point d’interrogation.

Ce manuscrit était à l’origine entier puisque les grandes divisions classiques en moitié, en quart, et cætera, ne sont pas indiquées de quelque façon que ce soit, en tout cas ne donnent pas lieu à une interruption dans la structure des cahiers. Par ailleurs, il semble, d’après les commentaires de l’imam Malik, au cours du deuxième siècle de l’hégire, que cette pratique était à ses débuts mais n’était pas encore admise, puisqu’il la condamne ; on peut penser qu’un siècle plus tôt, une période qui sert de référence à Malik, elle n’existait pas.

Pour faire simple, votre sentiment serait qu’on aurait affaire à un seul codex ?

Je pense que le 328 a est bien un seul codex et il est possible que le 328 b fasse partie du même volume mais on mettra, par prudence, un point d’interrogation. Les catalogueurs précédents avaient tout rassemblé. J’ai préféré réserver la réponse dans la mesure où je crois qu’il faut être prudent dans cette affaire.

Le format vertical des deux codex BnF, Arabe 328 et Or 2165, format très inhabituel pour l’époque, ne suggère-t-il pas une origine commune ? Ainsi, l’existence d’un scriptorium à Médine au premier siècle de l’hégire conforterait la tradition musulmane de transmission du texte coranique dont la compilation se serait faite sous la responsabilité de Zaïd Ibn Thabit ?

Le format vertical est en fait le format retenu au départ. Il semble qu’à l’arrivée de l’islam, face à la nécessité très urgente de noter par écrit le Coran, les considérations prioritaires aient été de l’écrire et que par la suite, d’autres questions ont été abordées, en particulier celles du format.

Nous n’avons pas de texte pour nous renseigner sur la façon dont les choses se sont passées et d’ailleurs, dans l’ensemble la tradition musulmane est muette sur un certain nombre de points importants de l’histoire ancienne du texte du Coran. Ce que je dis ne concerne pas la toute première mise par écrit, qui elle, est relativement bien documentée. Aussi est-il seulement possible de faire des hypothèses à partir de l’observation des manuscrits les plus anciens.

Il semble donc que les autorités ont adopté le codex de l’Antiquité qui à l’époque est la forme dominante du livre, et ont écarté la forme du rouleau qui était un candidat possible : il y avait en effet des communautés juives à Médine, lesquelles possédaient peut-être des Torahs, mais sur ce point également, nous ne possédons aucune indication. Il est vrai que dans un texte de polémique entre chrétiens et musulmans du quatrième siècle de l’hégire, un auteur chrétien dit aux musulmans : « mais vous avez bien commencé par écrire le Coran sur des rouleaux… ». Le reproche fait à l’époque était-il fondé ? Est-ce qu’il ne l’était pas ? Je n’en sais rien, je n’ai pas les moyens de le savoir, mais je pense qu’effectivement, la possibilité de faire un choix entre les deux a existé.

Le choix a en tout cas été fait en faveur de la forme qui était devenu la norme et qui était, du point de vue de la commodité, sans doute la plus efficace. Il faut penser que quand vous faites un rouleau, vous n’écrivez que d’un côté et vous n’utilisez que la moitié du matériau. Nous sommes encore dans des périodes où on ne peut pas se permettre de gaspiller. Je crois que c’est, sans doute, un des éléments qui a dicté le choix qui a été fait à ce moment là.

Pour revenir à la question de départ, le format vertical est donc tout à fait la règle à l’époque ancienne. Nous avons d’autres fragments Higazis de ce format. En revanche, l’existence d’une norme technique unique, liée en particulier à un scriptorium, ne me paraît pas très probable dans la mesure où, dans la façon de fabriquer les cahiers, la plus grande diversité prévaut, de même qu’elle est manifeste dans les variations de l’écriture. Or, si nous avions un scriptorium unique qui aurait travaillé à diffuser des Mus’hafs vers les différentes régions, on retrouverait, je pense, une formule dominante. Or ce n’est pas le cas, on a vraiment différentes façons de faire qui peuvent aussi s’expliquer par des influences locales qui ont été reprises et transférées au Coran.

Dans l’ouvrage « Sources de la transmission manuscrite du texte coranique » que vous avez co-signé avec Sergio Noja Noseda en 2001, vous présentez les manuscrits de style Higazi BnF, Arabe 328 et OR 2165. Selon votre datation, ils sont du premier siècle de l’hégire. Alors que Martin Lings, ancien conservateur des manuscrits arabes anciens du British Museum affirmait dans son catalogue de l’exposition à la British Library pour le World of Islam Festival de 1976, qu’il datait le frère jumeau de ce manuscrit (OR 2165) du début du deuxième siècle. À quoi attribuez vous cette différence d’appréciation qui, pour les musulmans, est plus qu’un détail ?

Dans la mesure où nous avons affaire à des documents non datés, tout cela comporte une partie d’approximations. Initialement, j’ai été très prudent et dans le catalogue de la BnF, je ne propose pratiquement pas de datation parce qu’à l’époque, je ne considérais pas que j’avais les moyens de dater précisément les manuscrits.

Ce qui m’a fait changer un peu d’opinion, c’est le fait d’avoir découvert depuis des manuscrits qui sont très certainement d’époque Oumeyade, pour des raisons qui tiennent à l’histoire de l’art et à la paléographie, et qui forment, pour parler en termes archéologiques, une sorte de couche supérieure. Donc, par déduction, j’en conclus que des manuscrits présentant une graphie qui explique celle de l’époque Oumeyade sont antérieurs.

Cela dit, on peut aussi imaginer un autre scénario dans lequel on aurait une école, disons plus traditionaliste, qui, pendant plus longtemps, serait restée fidèle à la graphie ancienne. Dans ce cas, certains des manuscrits Higazi pourraient avoir été copiés au deuxième siècle. On m’a même dit : « mais ça pourrait être copié au troisième siècle  ». Je ne le pense pas ; à mon avis, d’autres arguments laissent à penser que le Higazi a été assez vite abandonné pour des raisons disons, de prestige.

Dans le même ouvrage, vous présentez vos travaux sur les manuscrits BnF, Arabe 328. Vous arrivez à la conclusion passionnante que ce Coran presque complet du premier siècle de l’hégire contient 16 mots qui sont orthographiés différemment de la version officielle actuelle du Coran qui est celle du Roi Fouad d’Égypte de 1919, (après correction des différences incluses dans le texte suites aux différentes réformes grammaticales.). Les musulmans sont donc les seuls monothéistes à posséder des exemplaires du premier siècle de leur texte sacré original ?

Il est certain que, par rapport au christianisme et à fortiori par rapport au judaïsme, le laps de temps qui s’est écoulé entre la révélation et la mise par écrit est effectivement extraordinairement court. J’écarte bien sûr la théorie de Wandsborough qui voit dans le Coran une série de logia prophétiques dont la mise par écrit remonterait au mieux à la fin du deuxième siècle et au plus probable dans le courant du troisième siècle (de l’hégire).

En revanche, pour les questions d’orthographe,je crois qu’il faut attendre, ce sont les résultats d’un sondage qui a été fait et qui a permis d’identifier un certain nombre de variantes. L’étude a besoin d’être poursuivie pour une raison très simple : c’est que nous avons à faire à un « Rasm » (un « squelette consonantique ») à l’état pur si j’ose dire. Avec un minimum de points diacritiques.

Nous sommes partis, dans un premier temps, pour faire simple, du Rasm moderne et nous avons re-ponctué le Rasm d’Arabe 328 comme il le serait maintenant. C’est un parti pris et personnellement, je suis assez ambivalent face à ce choix initial qui était surtout conditionné par la technique. J’aurais préféré que nous publions une transcription qui aurait été exactement fidèle au manuscrits et je crois qu’elle serait beaucoup plus intéressante pour les historiens ; bien sûr, ils ont, en fac-simile, les clichés en face donc ils peuvent très bien voir ce qui se passe, mais il me semble que ce serait scientifiquement beaucoup plus cohérent de suivre totalement l’original.

Dans la pratique, dans le premier volume, qui contient l’arabe 328, la typographie avait été aménagée, c’est-à-dire que sont indiqués en caractères gras les points qui figurent sur l’original, le reste est en typographie normale. Le résultat était esthétiquement assez mitigé et pas très lisible, il faut bien le reconnaître. Le deuxième volume, qui est consacré à la première moitié de l’OR 2165, a donc été publié avec la même graphie partout et ça n’est pas, à mon avis, une voie sur laquelle il faut continuer, il faut essayer, et l’informatique devrait le permettre, de donner une édition avec la transcription fidèle à la photo.

Toujours dans cet ouvrage, sous le titre « QUELQUES IDEES POUR UNE CONCLUSION PROVISOIRE », Sergio Noja Noseda écrit : « Le Coran du premier siècle que nous avons devrait, pour être complet, comporter 547 pages, mais nous n’en avons que 520. Il manque 27 pages de la sourate 78 soit l’équivalent de 5% du texte total. En réalité, pour compléter ce Coran, nous avons puisé dans un manuscrit qui est gardé à Istanbul mais qui est lui-même incomplet, il y a un trou entre les sourates 50 et 65. Donc c’est 17% du texte total qui serait manquant sans cet apport« . Les mêmes différences sont-elles constatées dans le manuscrit OR 2165 de la British Library ? Les mêmes différences orthographiques s’y retrouvent-elles également ? Où s’agi-t-il d’une conclusion globale à l’étude des deux codex ?

La conclusion en fait est beaucoup plus vaste puisque c’est d’après un sondage sur l’ensemble des Corans Higazis qui existent, tous confondus. Aucun n’est complet, pour une raison très simple : ce sont des manuscrits très anciens et si on cherche dans le monde pour d’autres traditions manuscrites, on verra que beaucoup de textes sont lacunaires.

Ils sont lacunaires surtout au début et à la fin pour une raison très simple : c’est ce qu’on touche le plus donc c’est ce qui s’abîme le plus vite. Alors effectivement, il nous manque le début du texte et la fin. Non pas que ce début et cette fin aient été ajoutés par la suite, c’est simplement que nous n’avons pas de témoins manuscrits de la seconde moitié du VIIe siècle pour nous aider. Mais naturellement, ceci n’est qu’une photographie de l’état de la tradition manuscrite en 2001.

Cet ouvrage est accompagné de deux cédéroms contenant la retranscription électronique en arabe (format Word arabe 98) des deux codex. Est-il possible de se procurer ces cédéroms ? Est-il possible de les publier sur Oumma.com de manière à ce que tout le monde puisse y avoir accès ?

C’est une question à poser à l’éditeur des deux volumes. En principe, je ne pense pas qu’il y ait d’opposition fondamentale, dans la mesure où c’est une transcription que tout un chacun pourrait faire aisément. Il ne s’agit pas de mettre en circulation des images des manuscrits qui eux sont visés par des copyrights.

Sur la totalité des lettres de la vulgate expurgée des modifications grammaticales tardives, quel pourcentage retrouve-t-on dans le codex Bnf Arabe 328 ? À combien passent ces chiffres si on y ajoute le codex OR 2165 ? À partir de ces chiffres, est-il possible d’estimer un pourcentage statistique de fiabilité, par rapport à la révélation, de la version actuelle du Coran ?

Si l’on prend l’ensemble des Corans Higazis, on arrive à 95 pour cent du texte coranique complet (dont environ 20 par un seul manuscrit). C’est une vue statistique et, comme toujours, les statistiques ne veulent pas dire grand chose. Dans la mesure où nous avons sans doute, dès cette époque des qir’ats (des façons de lire) différentes, on ne peut pas en fait se permettre d’additionner les manuscrits. On ne peut pas prendre Or 2165 pour compléter Arabe 328, dans la mesure où il faudrait démontrer qu’ils représentent la même transmission manuscrite. Chaque manuscrit nous donne un renseignement mais un renseignement sur ce manuscrit là seulement. Faire un fac similé où l’on reprendrait des photos de différents manuscrits pour arriver à un Coran complet, c’était un projet qui avait été agité et qui m’avait profondément choqué, à mon avis, ce serait un monstre.

On peut faire une méta-analyse, éventuellement ?

On peut faire une méta-analyse, mais c’est assez difficile parce que, par exemple, dans Or 2165, le copiste n’est pas toujours cohérent : il y a des endroits où, pour revenir à mon « qaala » de tout à l’heure, il écrit « qaala » avec le alif, et d’autre où il ne l’écrit pas. Et pourtant c’est la même main. Et j’ai un manuscrit Oumeyade où c’est encore plus extraordinaire parce que là, c’est à trois lignes d’intervalle sur la même page ou il écrit « qaalou » avec le alif et la deuxième fois sans le alif. On ne peut pas avoir de doute sur le sens du mot. Ce n’est pas quelque chose qui remette en cause le texte lui-même, mais ça montre cette progression de l’orthographe coranique, parce que le Coran que nous avons aujourd’hui, même s’il se présente, dans la post-face de l’édition du Caire comme une reconstruction du Mus’haf othmanien, n’a rien à voir sur le plan de l’orthographe avec ces Corans Higazis qui sont vraiment quelque chose de très particulier, au point de déconcerter le lecteur arabophone. Il ne faut pas se voiler la face, le Coran a, au moins sur ce plan une histoire.

Lorsqu’on interroge les savants musulmans sur le lieu actuel de conservation des codex coraniques les plus anciens, ils nous parlent du codex de Tachkent (Ouzbékistan) et celui du palais du Topkapi à Istanbul (Turquie). Avez-vous étudié ces deux codex ? De quelles époques les datez-vous ?

Les deux manuscrits sont vraisemblablement des manuscrits du deuxième siècle de l’hégire. Je sais que c’est un point qui est sensible et un certain nombre de musulmans sont attachés à ce genre de relique, de même que les chrétiens sont attachés au saint suaire de Turin, par exemple. Donc il faut bien distinguer ici la piété et l’histoire.

Pour l’historien du livre, il est absolument exclu de pouvoir prouver de manière sûre avec ses méthodes que l’un ou l’autre de ces manuscrits remonte à Othman. Alors on pourrait faire une analyse au carbone quatorze, ce serait intéressant, mais ça risquerait d’être extrêmement décevant dans la mesure où on pourrait avoir des résultats qui divergeraient considérablement de ce qu’on attend.

La découverte de milliers de fragments de Corans anciens provenant de 926 Corans différents, lors de la rénovation de la grande mosquée de Sanaa (Yémen) en 1972, a été suivie, en 1999 de déclaration fracassantes de la part d’un chercheur… Plusieurs années après, l’étude de ces fragments a-t-elle amenée quelque chose à la connaissance de la transmission primitive du texte sacré ?

Je dirais malheureusement non, ou trop peu ! Les pistes qui s’ouvrent actuellement sont intéressantes, nous avons toute une série de recherches qui sont entrain de se mettre en place. Le problème, c’est qu’il aurait peut-être fallu commencer par publier les documents pour après proposer des interprétations. Là, en revanche, nous nous trouvons avec les interprétations sans avoir les documents sur lesquelles elles sont supposées reposer.

Je crois que nous avons perdu du temps et peut-être que ce temps ne sera jamais rattrapé. Parce que la controverse est devenue tellement brûlante qu’elle peut rendre l’accès à cette information plus difficile.

En fait, d’après ce que j’ai compris par la suite, Monsieur Puin avait fait des microfilms de ces documents et certains de ces microfilms se sont avéré être voilés.

C’est ce que j’ai entendu dire également. On ne peut en tous les cas pas utiliser ces copies semble-t-il. J’espère qu’on aura une autre façon de procéder.

A-t-on accès aux originaux à l’heure actuelle ?

J’ai pu avoir accès aux originaux, j’ai été très bien reçu au Yémen par les autorités locales, j’ai pu consulter les manuscrits. J’avoue que je pense que les Yéménites peuvent êtres intéressés par la possibilité que ces manuscrits soient étudiés, mais ils ont besoin d’être sûr qu’on n’en fasse pas n’importe quoi. Les polémiques sont venues trop tôt, avant que toutes les informations sérieuses ne soient disponibles ; en outre, et ce n’était peut-être pas très sain, les autorités yéménites ont eu connaissance de tout cela non pas directement, mais disons, indirectement.

Qu’en est-il des collections de Corans anciens dans les bibliothèques des pays musulmans ? Vous citez un codex partiel du premier siècle à Istanbul… Avez-vous eu accès à des collections privées ?

Non, je n’ai pas eu accès à des collections privées, j’ai seulement travaillé sur les collections publiques et, pour faire simple, j’ai essentiellement travaillé en Turquie. Malheureusement, l’accès aux collections du Caire est un peu problématique, on peut se consoler en se disant qu’un certain nombre de manuscrits qui viennent d’Egypte se trouve dans des collections plus accessibles de par le monde.

Où va la recherche dans le domaine de la compilation du texte sacré musulman et dans la datation des Corans du premier siècle ?

La datation des Corans a quand même progressé. On a maintenant une vision plus nette de cette histoire. En Grande Bretagne, certains collègues travaillent sur les lectures : c’est une étude qui est difficile dans la mesure où ce sont des Corans qui ne sont pas vocalisés, donc tout repose sur le Rasm.

Yasin Dutton a néanmoins fait des découvertes intéressantes. Certains nouveaux problèmes sont apparus auxquels je n’avais pas pensé au début, par exemple la question de la division en versets. Les versets sont très exactement indiqués sur les copies anciennes, mais apparemment, comme on le sait depuis longtemps pour le troisième siècle, les divisions en verset ne correspondent pas aux systèmes que nous connaissons maintenant. Il y a en fait une préhistoire de ces théories de la division des versets qui reste à étudier. Ce qui est tout à fait intéressant, ça montre que beaucoup de domaines doivent être abordés, mais ça fait beaucoup pour un seul homme.

Voyez-vous une question importante dans ce domaine que nous ayons oublié de vous poser ?

Pour moi, maintenant, les problèmes sont plutôt ceux du deuxième siècle que ceux du premier. Pour le premier siècle, nous avons maintenant déblayé un certain nombre de questions ; nous ne les avons pas résolues, mais nous avons proposé un certain nombre de théories qui sont contestables et qui seront sans doute contestées. Elles sont là justement pour offrir le point de départ d’une discussion. En revanche, par comparaison, le siècle suivant, qui est un siècle important pour l’histoire de l’islam, est un peu une « Terra Incognita » dans laquelle, pour l’instant, nous n’avons pas de point de repère.

Pas de documents donc ?

La fin des Oumeyades et le début des Abbassides, qui a dû donner lieu à des créations importantes, est assez mal documentée. J’ai bien sûr des hypothèses, mais elles ne reposent que sur le fait que des documents du troisième siècle présentent telle et telle apparence ; ils sont datés par des colophons et par différents moyens, tandis que le deuxième siècle, c’est un petit peu le siècle où l’on met ce que l’on ne réussit pas à caser ailleurs. C’est une façon disons un peu simpliste de travailler. J’aimerais donc par la suite pouvoir d’avantage élaborer et voir, justement, quelles ont été les solutions progressivement mises au point pour la transmission du texte coranique.

Donc, pour le premier siècle (de l’Hégire), est-ce que pour vous, les choses correspondent à peu près à la tradition musulmane, ou quelles en sont les différences principales.

Je ne peux pas aller aussi loin que la tradition musulmane. Pour moi, ce que je peux dire à l’heure actuelle c’est que nous avons des témoins anciens que l’on peut dater prudemment de la seconde moitié du premier siècle de l’hégire, fin du septième siècle de l’ère chrétienne. Des témoins anciens d’un texte coranique qui est grosso modo celui que nous avons maintenant existent bien. Je dis grosso modo, non pas tant pour le contenu mais pour l’orthographe, pour la division en versets, qui sont légèrement différents.

Certaines des trouvailles de Sanaa montrent une organisation différente des sourates, dans une des rares publications que nous ayons. Mais ça montre bien, justement, que ce que nous savons par les textes a été une réalité : des sources signalent qu’il y a eu des classements concurrents des sourates, que le classement que nous connaissons maintenant l’a emporté mais qu’il n’était pas le seul au départ.

Mais dans l’ensemble, je dirais que la silhouette du codex Higazi, pour l’appeler de manière un peu simpliste, même s’il a été copié à Foustat, à Damas ou a Couffa, a quand même pas mal pris tournure.

Je vous remercie, au nom des lecteurs d’Oumma.com, pour l’attention que vous avez porté à nos questions, pour le temps que vous avez passé à y répondre, et pour vos réponses qui nous ont passionnées.

Conclusion

J’ai vécu ce voyage aux sources du Coran d’une manière particulièrement intense, presque mystique. Une sorte de « quête du Graal », version musulmane bien sûr… Au cours de mes recherches, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens formidables, passionnés, que pour des raisons de place je n’ai pas tous cité. Qu’ils soient ici tous remerciés pour leurs précieuses contributions.

J’ai toujours considéré que les musulmans ne devraient pas avoir peur de confronter leurs convictions aux réalités de ce bas monde. C’est par cette méthode que les convictions s’affinent et se renforcent.

Je pense pouvoir considérer que mes recherches ont été couronnées de succès ce qui me procure une grande satisfaction : les données actuelles de la science confirment une grande partie de la conviction des musulmans de détenir le texte original du Coran, d’inspiration divine.

Ce n’est pas la première fois que je constate, après étude approfondie, qu’il n’y a pas de contradiction majeure entre les données actuelles de la science et ma foi musulmane. L’islam est du domaine de la foi, la science est du domaine de l’expérimentation, ma foi ne dépend pas de la science mais il est intellectuellement satisfaisant de vérifier que les deux ne sont pas en opposition. Dans ce cas précis, je peux affirmer que l’étude de la science a fait croître ma foi.

Mes recherches m’ont mis en contact avec des exemplaires publics des corans anciens. Je reste convaincu qu’il ne s’agit que de la face apparente d’un iceberg dont la face cachée se trouve, à l’abri des chercheurs, dans des collections privées.

« Allez chercher la science, même si elle est en Chine » dit un célèbre hadith prophétique. Mon expérience me prouve que cet ordre pouvait être la source de grands bonheurs. Et à propos de la Chine et de corans anciens, il me faut rappeler qu’une dépêche récente de l’agence Xinhua, reprise par le « Quotidien du peuple » du 11 octobre 2004 tirait la sonnette d’alarme sur l’état désastreux des plus anciennes copies du coran conservées en Chine et qui nécessitent des restaurations d’urgence. Une perspective de nouvelles aventures ?

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 3/4)

Cet entretien avec l’éminent Professeur François Déroche constitue la troisième partie de l’étude du Dr Abadllah intitulée « Voyages aux sources du Saint Coran ». François Déroche est directeur d’études d’histoire et codicologie du livre manuscrit arabe à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Vous êtes le titulaire de la chaire de paléographie et de codicologie à l’université de La Sorbonne (Paris) pouvez-vous brièvement présenter à nos lecteurs votre spécialité, tellement savante que les termes qui la désignent ne sont même pas dans mon dictionnaire « Petit Larousse » ?

D’abord je suis plus exactement dans les bâtiments de la Sorbonne, mais au sein de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (E.P.H.E.) ; il s’agit d’une institution dont les origines remontent au second empire et qui a toujours manifesté son orientation dans le domaine des sciences un petit peu pointues que sont notamment les sciences auxiliaires de l’histoire.

La paléographie est une spécialité française, si j’ose dire, dont le nom a été inventé au XVIIIe siècle par Bernard de Montfaucon et il existe une longue tradition de cette discipline à l’E.P.H.E.. La paléographie c’est l’étude et la connaissance des écritures anciennes. La capacité de déchiffrer des textes écrits dans des écritures qui n’ont plus cours de nos jours.

La codicologie en revanche est une discipline plus récente. Elle a été « inventée » dans les années soixante. Elle pourrait être définie comme une archéologie du codex (le codex étant le livre tel que nous le pratiquons encore de nos jours, c’est-à-dire un volume avec des pages que l’on tourne et non pas un rouleau tel qu’on les utilise parfois ou un livre en éventail ou tout autre type de support de l’écrit).

Ainsi, la datation des codex anciens se fait surtout sur l’analyse du style d’écriture. Que donnent les procédés physiques de datation dont le plus connu utilise le carbone quatorze ?

Effectivement l’écriture est un très bon critère pour dater les manuscrits, mais pour arriver à cela, il faut commencer par mettre au point un système qui repose sur l’existence de manuscrits datés. Chose qui n’est pas toujours possible. Il y a des périodes de la tradition manuscrite pour lesquelles nous ne disposons plus de témoins datés. Dans ces cas-là, on est obligé de travailler d’après des appréciations qui sont parfois personnelles.

Nous avons la chance d’avoir des manuscrits datés pour le monde musulman à partir du troisième siècle de l’hégire, neuvième siècle de notre ère : il s’agit alors de manuscrits pourvus d’une note plus ou moins proche chronologiquement de la date de fabrication du manuscrit, ce qui permet la datation. Il faut mettre de côté, pour le moment, tous les manuscrits qui sont signés d’un des grands personnages du début de l’islam, dans la mesure où leur statut est un petit peu à part et l’historien a quelque réticence, fondée sur des éléments précis, à admettre spontanément leur valeur de témoignage historique.

Le carbone quatorze est effectivement une ressource, qui maintenant devient d’autant plus intéressante pour le manuscrit ancien copié sur du parchemin, que les échantillons dont on a besoin ont considérablement diminué de taille. Il y a de ça une trentaine ou une quarantaine d’année, il fallait une demi-page de parchemin pour obtenir une datation, actuellement, un centimètre carré permet d’obtenir le même résultat. Il devient beaucoup plus facile d’y recourir car on peut convaincre un conservateur de sacrifier un tout petit morceau de marge, sans que le manuscrit en souffre énormément.

La précision de la datation au carbone quatorze sur ces manuscrits, c’est de l’ordre de l’année, de la décennie, du siècle, des cinq siècles ?

La précision du carbone quatorze est variable, en fait on vous donne une fourchette avec des pourcentages de probabilité, exprimés en écart-type. L’éventail le plus mince représente une trentaine d’années en entre les deux extrémités de la fourchette, avec une probabilité de cinquante à soixante pour cent ; puis on va arriver à des datations beaucoup plus imprécises, pour lesquelles on peut avoir trois siècles d’écart type ! Dans la présentation des résultats, des laboratoires peuvent placer en évidence une date précise, mais il ne faut pas se hâter de conclure que la méthode permet de déterminer l’année exacte de production du manuscrit.

On a comme ça des Corans sur lesquels des datations ont été faites et pour lesquelles, par exemple, les physiciens proposent pour une extrémité de la fourchette la plus large une date de 550 de l’ère chrétienne, ce qui, bien sûr, est totalement impossible ! Mais il faut savoir que la manipulation des dates du carbone quatorze est également un petit peu difficile pour le proche orient dans la mesure où les corrélations avec la dendrochronologie, c’est à dire la datation avec les cercles de l’aubier du bois n’ont pas été toutes réalisées.

Les premières datations réalisées avec le carbone quatorze et que je vois arriver, me paraissent un peu trop vielles, d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, par rapport à mes propres estimations. C’est le cas, par exemple, pour le Coran de Sanaa (Inv. 20-33.1) que les Allemands avaient fait dater : eux-mêmes reconnaissent qu’il est probablement un peu plus tardif que la première fourchette donnée par le carbone quatorze. Et puis, bien sûr, il y a d’autres types d’analyses qui sont possibles, on peut penser à la palynologie, qui peut donner des résultats.

La palynologie, excusez-moi, je ne vais pas trouver ce terme dans mon Petit Larousse…

La palynologie consiste à relever sur un document les pollens qui ont été capturés en surface, ou en profondeur. S’il s’agit de papier, par exemple, le pollen peut être tombé dans la pâte et à ce moment-là, il peut fournir un moyen de localisation. Si l’on trouve, par exemple, du pollen d’un palmier, on saura qu’il vient plutôt d’une région où ce palmier pousse, en revanche, si l’on trouve des arbres qui sont plus septentrionaux, on s’acheminera vers une autre région. Et puis on peut éventuellement le corréler avec des phénomènes climatologiques et aboutir à une datation de cette manière.

On rattache en général le style coufique ancien à la ville de Couffa. En dehors de l’étymologie du terme qui désigne ce style, y a-t-il des éléments matériels faisant penser que ce style est forcément postérieur à la création de cette ville ? Ne peut-on pas imaginer que les scribes Couffa se soient appropriés un style qui leur était antérieur ?

Je suis, depuis longtemps, très réticent face à cette terminologie dans la mesure où elle a longtemps vécu. Le coufique est connu par les auteurs arabes et dans les différents dictionnaires depuis une date assez ancienne et jusqu’à une date assez récente. On rencontre cette définition qui fait du coufique la plus ancienne écriture du monde musulman. Ce qui est, du point de vue de l’historien, une aberration puisque de toute façon, la ville de Couffa n’existait pas au début de l’islam, mais a été fondée en 17/638. Donc, cette explication n’est pas très saine.

Ensuite, il est d’un côté absolument certain, grâce aux sources textuelles, qu’il y a eu un style coufique. Le seul problème, c’est que nous n’avons aucun manuscrit où le copiste ait jugé bon de dire : « et moi, untel, j’ai écrit ceci dans le style de Couffa« . Si tel était le cas, on pourrait dire : ça, c’est du coufique ! Mais malheureusement, nous n’avons pas ça. Donc je suis réticent face à cette terminologie, d’autant qu’elle sert un peu de fourre-tout : je me suis déjà livré à ce divertissement qui consiste à passer une série de diapositives avec les différents styles qu’on qualifie traditionnellement de coufique, les spectateurs se rendent très vite compte qu’il y a tout et n’importe quoi.

Vous êtes l’auteur de très nombreux ouvrages et conférences, en particulier sur les manuscrits coraniques de type Higazi, et sur les Corans des premiers siècles de l’hégire. Pouvez-vous nous faire une brève description des Corans les plus anciens connus à ce jour ? Comment sont-ils parvenus jusqu’à nous ? N’y a-t-il pas, de la part des chercheurs liés aux différentes collections, une tendance à prétendre que leur Coran est plus ancien que celui du voisin ?

Les Corans les plus anciens sont de format vertical, c’est-à-dire qu’ils se présentent comme les livres que nous connaissons, comme le livre moderne arabe. Ils sont copiés sur parchemin ; nous avons quelques fragments copiés sur du papyrus, mais on ne sait pas s’il s’agissait de copies partielles, en particulier à vocation d’amulettes, où s’il y avait de véritables manuscrits copiés sur du papyrus. Il est possible que l’on ait pensé qu’il était un peu trop fragile pour servir de support au Coran. On va le laisser pour le moment.

Les manuscrits sont de format vertical, l’écriture est d’un type extrêmement particulier qui est penchée du côté droit de la main, assez élancée, assez fine. Elle a surtout une particularité orthographique : les longues de l’arabe classique, l’exemple traditionnel, le A long de « qaala » (il a dit), ne sont pas indiqués et l’on écrit qof, lam, pratiquement comme si on écrivait « qoul », c’est à dire l’impératif de ce même verbe (dis).

Outre cette spécificité, il en existe une deuxième qui est le caractère extrêmement mobile de l’écriture : les scribes n’ont pas de référence claire en matière de calligraphie, il n’y a sans doute pas d’école où l’on apprend à calligraphier, chacun écrit à sa façon. On connaît plusieurs manuscrits qui ont été copiés par deux copistes, qui ont grosso-modo la même orthographe, qui écrivent en inclinant les lettres vers le côté droit de la main : l’on reconnaît très bien le travail de A du travail de B sans risque de confusion. Alors qu’ultérieurement, tout l’effort de l’enseignement de la calligraphie visera à gommer toute différence, de manière à ce qu’on ne reconnaisse plus l’individu derrière une écriture donnée.

Les collections nous sont parvenues du fait de la piété des musulmans vis-à-vis de la chose écrite. Nous avons des traités qui montrent que le monde musulman médiéval, et jusqu’à une époque assez récente, avait pour l’écrit une révérence qui n’était pas très éloignée de celle que l’on constate dans les milieux juifs. En particulier la notion de « guéniza » (sans le nom) semble avoir été connue des musulmans.

Des traités de droit hannafite en particulier montrent bien qu’il était recommandé de recueillir les écrits anciens pour les mettre dans un endroit à l’abri ou les détruire par le feu de manière à éviter qu’ils ne soient souillés. Des fatwas médiévales examinent également tous les problèmes que peuvent poser les papiers qui traîneraient et sur lesquels on risquerait de marcher, alors que dessus se trouvent par exemple le nom de Dieu ou le nom du prophète.

Donc cela a réellement été un sujet de préoccupations et l’on a vu apparaître dans différents points du monde musulman des sortes de dépôts à vieux manuscrits. On en connaît un à Sanaa, bien médiatisé récemment, on en connaît un à Foustat (le vieux Caire), on en connaît un autre à Kairouan et un dernier à Damas ; enfin, il n’est pas impossible qu’à Machhad, on ait une structure de ce type. Il y a donc une habitude qui est très diffusée et qui est assez œcuménique puisque dans le fond de Damas, que je connais le mieux, il y a également de l’hébreu, du latin, du syriaque, de l’arménien, bref, toute sorte de document écrit que, par précaution pour ne pas courir de risque, les gens mettaient de côté.

Bien sûr, entendons nous bien, ce n’était pas systématique : il y avait ceux qui avaient très fortement conscience de cela et ceux qui ne le faisaient pas. Une petite anecdote pour conclure, à l’époque où je commençais à enseigner ces choses-là, une de mes étudiantes, une algérienne m’avait dit : « mais Monsieur, en Algérie, on fait la même chose, on n’utilisera pas le journal en arabe pour envelopper les légumes alors qu’on le fera avec celui qui est en caractères français… » Cette attitude est donc encore vivante de nos jours ; je ne sais pas si elle se perpétue mais, en tout cas, il y a encore quelques années c’était bien le cas.

Je n’ai pas répondu à la question concernant « l’esprit de clocher » des conservateurs, ou « de bibliothèque », mais il existe, c’est certain ! On cherche à avoir le plus et le mieux.

L’état de conservation des manuscrits de style Higazi est étonnant, ils sont souvent parfaitement lisibles. On peut supposer qu’aucun livre de papier ne se serait conservé de cette manière durant quatorze siècles, ont-ils bénéficié de restauration ? Quelles techniques ont alors été utilisées ? Leur conservation nécessite-t-elle des conditions particulières ?

Le parchemin est un matériau qui est résistant, il traverse les âges. Un ennemi c’est bien sûr le feu ; le parchemin ne brûle pas très bien, mais dès qu’il y a un incendie, ça brûle. L’humidité, en revanche, est beaucoup plus ennuyeuse. L’expérience de Sanaa montre qu’un restaurateur moderne peut réussir à retourner une situation qui a l’air désespérée : Ursula Dreibholtz qui travaillait sur cette collection a mis au point des techniques qui permettent de redonner leur jeunesse à des fragments qui étaient complètement recroquevillés sur eux-mêmes à la suite de longues séries d’écarts d’humidité importante comme on en a au Yémen où il pleut et après ça il fait très sec.

Ces manuscrits sur parchemin se conservent donc bien, l’encre peut avoir tendance à s’effacer. Tout dépend de la recette utilisée. À l’époque on utilise plutôt des encres avec un mélange de tanin avec un sel minéral, qui s’accroche relativement bien au parchemin, mais pas totalement. Dans certains cas, l’écriture a pâli, et dans le cas du fragment de la Bibliothèque Nationale Arabe 328 a, on remarque que des gens, un ou deux siècles après, ont repassé certains mots pour les rendre plus lisibles. Donc il y a une possibilité d’effacement. L’état de conservation est extrêmement variable, mais je dirais, à tout prendre, en ce début de troisième millénaire, la santé de ces fragments est meilleure qu’il y a de ça un siècle.

Ces manuscrits sont désormais à l’abri dans des colletions. À la BNF, les efforts de restauration ont surtout visé à nettoyer le parchemin, à le mettre à plat ; la collection Asselin de Cherville qui constitue le gros du fond de corans anciens de la BNF, a été reliée au XIXe siècle sans que les restaurateurs modifient sensiblement leur état. Plus récemment, à Sanaa et à Kairouan, le nettoyage et la remise à plat ont représenté l’essentiel d’une intervention très respectueuse du matériel. Il faut cependant noter qu’un nombre important de copies du Coran de cette période ont disparu au cours des âges : j’en veux pour exemple, toujours dans la collection de Paris, des petits bouts de parchemins conservés sous les cotes Arabe 7191 à 7203.

Propos recueillis par le Dr Abdallah

A suivre…

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 2/4)

Le Coran du musée du Palais du Topkapi à Istanbul (Turquie)

La plupart des musulmans considèrent que l’original othmanien de la vulgate coranique (Le Coran d’Othman) est conservé au musée du Palais du Topkapi d’Istanbul. Il se trouve que j’avais eu l’occasion de faire une visite approfondie de ce merveilleux palais au cours de l’été 2000 en compagnie d’un ami conservateur de ce musée.

J’avais pu constater que le « Coran d’Othmann » ne s’y trouvait pas exposé. Interrogé sur ce fait mon ami m’avait répondu que, pour des raisons de conservation du précieux manuscrit, il n’était exposé que durant le mois sacré de Ramadan, et encore, pas chaque année. Rendez-vous avait été pris pour le ramadan suivant.

En préparation de ce rendez-vous exceptionnel, il était utile de m’interroger sur la provenance historique de ce manuscrit. Selon la tradition ottomane, cet original du Coran arriva à Istanbul sous le règne du Sultan Yavuz Selim avec d’autres reliques considérées comme les signes du Khalifat musulman.

Sultan Yavuz Selim (Yavuz 1er) était l’un des fils du sultan turc Bayazid le second. Né en 1470 après J.C. (H 875), il était d’une forte stature. Il est éduqué par les meilleurs maîtres musulmans de l’empire ottoman et est nommé gouverneur de Trabzon par son père pour parfaire sa connaissance dans l’administration de l’empire et des arts de la guerre.

L’incapacité de son père de défaire ses ennemis menaçant l’empire à l’Est, les Saffavides d’Iran, entraîne une féroce guerre de succession entre les cinq prétendants au trône dont Yavuz Selim sortira finalement victorieux en accédant au sultanat en 1512 (H 918).

La première obsession de Yavuz 1er est de reprendre l’œuvre de son père et de réduire les Saffavides. Il attaque l’Iran et les défait à la bataille de Chaldiran en 1514. Ses ennemis s’allient alors avec les rois Mamelouks d’Egypte pour le combattre. Pour contrer cette alliance menaçante, Yavuz 1er attaque l’armée mamelouk qu’il défait à la bataille de Mercidabik en 1516 ouvrant ainsi à son armée la route de la Syrie et de la Palestine.

Abandonnant momentanément ses ennemis traditionnels iraniens, Yavuz 1er décide de profiter de l’occasion pour renverser les Mamelouks. Le Caire tombe en janvier 1517, le dernier Calife, Al Mutawakil, abdique en faveur de Yavuz 1er du titre de Calife, Commandeur des croyants, Protecteur des lieux saints, le 11 Sha’ban 923 de l’Hégire (29 août 1517).

C’est à cette occasion que le « Coran d’Othmann », accompagné du sabre, du manteau, de dents et de poils de barbe du Prophète (S.W.S.), est rapatrié de La Mecque à Istanbul.

C’est donc avec une certaine fébrilité que je m’envole, en décembre 2000, à l’occasion du mois sacré de Ramadan H 1421, pour un week-end studieux à Istanbul. J’avais auparavant vérifié par téléphone que le Coran que je souhaitais voir était bien exposé.

À peine arrivé, je me précipite au Topkapi et je me retrouve bien devant ce livre magnifique écrit en écriture coufique. Le problème est qu’il est interdit de prendre des clichés et que je ne suis pas suffisamment instruit pour dater ce type d’écriture…. Heureusement, nous sommes en Orient, avec un peu d’insistance et de persuasion, un des conservateurs m’invite, tout à fait officieusement, à revenir le lendemain matin très tôt, avant l’ouverture au public de manière à prendre les photos que je souhaite…. L’image est dans la boîte et je reviens en France montrer à mes amis le résultat de mes investigations.

Ces musulmans pieux ayant reçu la meilleure éducation religieuse sont formels : le texte photographié par mes soins à Istanbul n’est pas écrit en Rasm pur de style Higazi, ce que l’on pourrait attendre de la vulgate othmanienne, il n’est même pas écrit en écriture coufique primitive ! La présence de formes consonantique condensées signe une écriture coufique évoluée datant au mieux du deuxième siècle de l’Hégire ce qui donne raison aux historiens modernes qui datent ce codex de la fin du huitième siècle de l’ère chrétienne.

Le Coran actuellement conservé par le musée du Palais du Topkapi à Istanbul n’a donc que très peu de chance d’être, comme la plupart des musulmans le croient, l’original du Coran d’Othman… Dès lors, on peut douter que l’on dispose encore de l’original complet du texte coranique accessible au public. Je me replonge dans mes chères études à la recherche d’une vérité plus complexe que la croyance populaire.

Quelques connaissances scientifiques sur la datation des corans anciens, l’affaire du palimpseste de Sanaa.

À peine revenu d’Istanbul, la version française de l’article du Gardian sur les travaux de Puin est publiée sur notre site internet favori. J’y vois un clin d’œil providentiel m’incitant à approfondir mes connaissances dans ce domaine. Pour répondre à cet article, je me plonge dans les travaux des scientifiques occidentaux. Il est question de fragments de corans anciens détenus à Londres ou à Tachkent (Ouzbékistan), comme étant les plus anciens corans du monde.

Je découvre avec étonnement que le professeur Puin ne se base pas sur ses propres observations scientifiques mais reprend à son compte les hypothèses de chercheurs occidentaux qui avaient débuté au dix-neuvième siècle par les publications d’Ignaz Goldziher remettant en cause l’historicité des hadiths considérés comme « Sahihs »(sûrs).

Ces hypothèses sont reprises au vingtième siècle par Joseph Schacht, John Wansbrough et enfin Michael Cook, Patricia Crone et Martin Hinds qui repoussent la mise au point de la version canonique du texte coranique à une période bien postérieure à la disparition du Prophète de l’islam (S.W.S.) et même des quatre premiers Califes.

Leurs théories visent à remettre radicalement en question la version musulmane de la transmission coranique, mais elles manquent cruellement de preuves scientifiques, comme des textes datables, pour être étayées… Car les écrits arabes anté-islamiques et qui nous sont parvenus sont extrêmement peu nombreux : quelques inscriptions monumentales gravées dans la pierre, quelques fragments de parchemin contenant des textes administratifs… Les écrits datables des premiers temps de l’islam sont également peu nombreux.

Après avoir publié mon analyse critique de l’article du Gardian sur les travaux de Puin, je m’attache à l’analyse de points de détails. L’insistance de Puin de parler de palimpsestes, ces parchemins recyclés sur lesquels était écrit un nouveau texte après avoir effacé le texte primitif me paraît suspecte dans la mesure où suivant les publications, ces palimpsestes sont très peu nombreux dans les milliers de manuscrits découverts à Sanaa.

En fait, un palimpseste particulier semblait intéresser le professeur Puin : il s’agissait d’un texte coranique très ancien, en Rasm de type Higazi, lui-même recopié sur un texte coranique encore plus ancien ensuite effacé.

Le professeur Puin pouvait légitimement supposer que le texte le plus ancien était une version coranique antérieure à la vulgate d’Othman (où à une unification postérieure selon lui, du texte canonique) qui, par souci d’économie n’avait pas été détruite conformément aux ordres, mais simplement effacé pour y recopier le texte canonique unifié….

Les méthodes scientifiques modernes permettant de révéler le texte sous-jacent, Puin pensait enfin détenir la preuve scientifique, le « chaînon manquant » qui prouverait, par ses différences flagrantes avec le texte coranique actuel, la véracité des thèses radicales de Wansbrough, Cook, Crone et Hinds… D’où l’importance des palimpsestes dans les déclarations tonitruantes de Puin…. Malheureusement pour lui, le texte coranique sous-jacent semble conforme à la version actuelle du Coran… Et on n’entend plus parler du professeur Puin !

En me renseignant sur son triste sort, j’apprends qu’à la suite de ses déclarations très polémiques mais peu scientifiques, le chercheur s’est brouillé avec les autorités yéménites. Comme il avait auparavant pris des dizaines de milliers de clichés des manuscrits de Sanaa, il est rentré en Allemagne avec ses microfilms, mais la plupart d’entre eux ont été voilés et sont donc inexploitables. Pour leur part, les autorités yéménites sont toujours demandeuses d’une coopération avec des chercheurs sérieux pour restaurer les milliers de manuscrits découverts à l’occasion de la rénovation de la grande mosquée de Sanaa.

En février 2003, j’ai la chance d’être au Hajj. Mon voisin de palier est le Grand Mufti de l’Ouzbékistan. Je l’interroge sur le codex de Tachkent, il m’affirme qu’il s’agit en effet d’un Coran très ancien qui est conservé, avec d’autres, dans le musée du centre islamique de la Grande Mosquée de Tachkent dont il est justement le directeur. Il m’invite à venir lui rendre visite et rendez-vous est pris pour l’été suivant à l’occasion de vacances familiales que je projette de passer dans la région… En raison des risques sanitaires liés à l’épidémie de S.R.A.S., je préfère reporter mon voyage en Ouzbékistan pour prendre des vacances plus sûres en Angleterre.

Surprises et tremblements à la British Library

Puisque mon itinéraire passe par Londres, pourquoi ne pas se renseigner sur le manuscrit détenu par la British Library ? Mes recherches préparatoires sur le site de la prestigieuse bibliothèque sont infructueuses. Pas de publication sur ce mystérieux manuscrit, pas de commentaire, pas d’histoire officielle, impossibilité d’accéder aux références de la prestigieuse collection de manuscrits orientaux si l’on n’est pas au préalable inscrit en tant que chercheur… Je suis en permanence renvoyé vers le Coran du Sultan Baydar, un coran très richement enluminé, daté du seizième siècle de l’ère chrétienne dont on peut consulter un fac-similé page par page sur le site internet de la British Library. Une œuvre artistiquement intéressante mais de peu de valeur en regard de l’objet de mes recherches… Le Coran ancien de la British Library serait-il un mythe ?

Au début septembre 2003, me voilà à pied d’œuvre. Je visite les salles d’exposition ouvertes au public, derrière des vitrines blindées, j’admire les manuscrits originaux de Léonard de Vinci, le plus ancien texte de la bible, le Codex Sinaïticus daté du quatrième siècle de l’ère chrétienne et j’aborde la section réservés aux corans. Le Coran de Baydar y est exposé en bonne place. À sa gauche, au milieu d’autres corans d’époques diverses, j’ai un choc : un coran en Rasm pur, de style Higazi, parfaitement conservé ! Exactement celui que je cherche ! La petite étiquette m’indique la référence « Or 2165 : Coran de style Higazi, l’une des plus anciennes copies du Coran« …. Les questions se bousculent alors dans ma tête : ainsi, le fameux Coran ancien de la British Library existe bel et bien… Mais alors, pourquoi tant de discrétion de la part des détenteurs de ce trésor ? D’où vient-il ? Quelle est son histoire ?

Pour avoir accès à d’éventuels ouvrages traitant du sujet et conservés dans la section « Oriental Manuscripts » de la prestigieuse bibliothèque, il faut bénéficier du statut de chercheur… Je suis reçu par un très british « Staff Officer » qui m’interroge sur le but de mes recherches puis sur mes diplômes. Je découvre alors que mon doctorat en médecine m’ouvre en grand les portes de l’honorable institution.

Grâce à ma toute nouvelle carte de chercheur, j’accède enfin à la salle de lecture de la section convoitée. Les règles sont très strictes : les bagages et les manteaux, ainsi que les appareils électroniques doivent être déposés au préalable à la consigne. Un contrôle des cartes et des affaires personnelles est effectué à l’entrée et à la sortie de la salle. Seuls les feuilles blanches et les crayons de papier sont tolérés (à l’exclusion de tout stylo), chaque chercheur se voit attribué une place numérotée, ceux qui étudient les manuscrits les plus anciens sont directement sous les yeux des bibliothécaires qui épient leurs moindres mouvements… Un silence absolu règne en maître.

Un bibliothécaire m’explique le fonctionnement de l’ordinateur pour les recherches bibliographiques. Je décide de me familiariser avec le système en commandant des manuscrits coraniques coufiques datés du deuxième siècle de l’hégire. Comme il s’agit du Saint Coran, je m’éclipse un instant pour faire mes ablutions. À peine revenu, le bibliothécaire m’amène plusieurs cartons fermés par des lacets. J’ouvre délicatement avec beaucoup d’émotions, une petite notice explicative accompagne le document, une très forte odeur de peau de mouton, j’ai dans les mains un manuscrit vieux de plus de mille ans, quelques versets du Saint Coran, de style coufique primitif avec voyelles colorées. Les larmes aux yeux, je remercie Allah de m’avoir donné le privilège de contempler et de toucher de tels trésors.

L’heure avance et la bibliothèque va fermer, je rentre auprès de ma famille pour préparer ma journée du lendemain consacrée uniquement à l’étude de l’histoire, des origines, des commentaires et des recherches faites sur le manuscrit Or 2165.

Dès l’ouverture, je me précipite dans la salle de lecture. Très rapidement, je m’aperçois qu’il n’existe aucune publication référencée sur le précieux document. Interrogé, le bibliothécaire cède sa place à un monsieur qui se présente comme étant le directeur adjoint de la section des manuscrits orientaux. J’ai enfin un interlocuteur digne de ce nom ! Je le félicite pour la richesse de ses collections puis je rentre dans le vif du sujet : quelle est l’histoire du manuscrit Or 2165 ? comment est-il parvenu jusqu’ici ? D’où vient-il ? Existe-t-il des publications à son sujet ? Comment a-t-il été daté, a-t-il fait l’objet d’études au Carbone 14 ?… Sous le feu roulant de mes questions, je sens le flegme de mon interlocuteur disparaître rapidement pour laisser la place à une certaine fébrilité qui ne cache pas sa gêne…

Ses réponses sont confuses, il en ressort le manuscrit proviendrait du Caire où il aurait été acheté par un pasteur anglais au dix-neuvième siècle puis vendu au British Museum de l’époque. Le manuscrit contiendrait les 3/4 du texte coranique, les procédés physiques de datation auxquels il aurait été soumis n’auraient rien donné. Il se dit incapable de répondre trop précisément à mes questions, n’étant pas spécialiste du sujet… Le grand spécialiste international est un de mes compatriotes, le Professeur François Déroches, qui enseigne à la Sorbonne… C’est lui que je devrait aller consulter, me suggère-t-il.

Comme je continue à le questionner sur l’absence de publication référencée et que je m’étonne de la discrétion de la British Library à détenir un tel trésor, il se souvient soudainement qu’il existe un ouvrage non référencé, auquel a justement participé le Professeur Déroche, qui pourrait répondre à certaines de mes questions. Le marché me semble clair : « Vous arrêtez de me poser des questions sur ce sujet trop sensible, en échange, je vous fais accéder à une publication qui n’est pas officiellement référencée…« 

Il disparaît alors pour revenir avec un très volumineux ouvrage, sur le « Projet Amari 2″ dédié à Michele Amari, publié à 200 exemplaires par la British Library, Londres 2001. Intitulé « Sources de la transmission manuscrite du texte coranique » de François Déroche et Sergio Noja Noseda, de la Fondazione Ferni Noja Noseda Studi Arabo Islamici.

L’introduction dit qu’au XIXème siècle, Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, un français, était professeur d’art oriental au Caire, il étudiait des papyrus de textes anciens et se basait notamment sur les travaux de Ibn al-Nadim du 4ème siècle après l’hégire qui décrivait un style particulier d’écriture dans un ouvrage nommé « Fihrist ». Il avait un étudiant, Jean Louis Asselin de Cherville, agent du Consulat de France en Égypte, qui avait réuni une collection de vieux manuscrits coraniques des 7ème au 10ème siècle après J.C. Cet étudiant avait commencé à ranger sa collection mais sa mort précoce l’empêcha de publier. Sa collection fut acquise en 1833 par la Bibliothèque royale de Paris et mise à disposition des orientalistes.

Peu après, Michele Amari, un militant pour l’indépendance de la Sicile, réfugié politique à Paris, fut chargé par Joseph Reinaux, de la Bibliothèque royale de Paris, de classer les documents de la collection d’Asselin de Cherville. Les conclusions auxquelles arriva Amari révolutionnaient les connaissances sur la transmission primitive du Coran, il fut donc organisé un concours sur ce sujet par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Les vainqueurs ex-aeco de ce concours furent Aloys Sprenger, Théodor Nöldeke et Michele Amari.

Le « Projet Amari », lancé en Italie à la fin des années 90, était d’étudier l’ensemble des manuscrits coraniques en style Higazi, en rassembler les textes pour les comparer avec la version actuelle du texte coranique pour pointer les différences éventuelles. Il ressort de ce travail que :« (Le Coran du premier siècle ainsi reconstitué) contient 16 mots qui sont orthographiés différemment de la version officielle du Coran qui est celle du Roi Fouad d’Égypte de 1919….« 

Dans le chapitre « Quelques idées pour une conclusion provisoire« , Sergio Noja Noseda écrit : « Le Coran du premier siècle que nous avons devrait, pour être complet, comporter 547 pages, mais nous n’en avons que 520. Il manque 27 pages de la sourate 78 soit l’équivalent de 5% du texte total. »

Ainsi, suivant cette très sérieuse publication de 2001, les musulmans disposeraient de manière quasi-certaine du texte coranique inchangé depuis le premier siècle de l’islam !

Le précieux ouvrage contient également les photos, grandeur nature, reproduisant les pages du Coran de la British Library référencé et de son frère jumeau, un Coran détenu par la Bibliothèque Nationale de France à Paris, référencé « Arabe 328″.

La Bibliothèque Nationale de France puis ma rencontre avec le Professeur François Déroche

De retour en France, je me plonge dans la recherche des ouvrages de François Déroche. La plupart, tirés en petit nombre sont épuisés. Je décide de m’inscrire en tant que chercheur à la Bibliothèque Nationale de France (BnF), à Paris, ce qui me donne accès aux magnifiques salles de lectures, notamment au sous-sol de la Très Grande Bibliothèque François Mitterand. Je navigue alors dans les publications sur la classification des manuscrits arabes anciens, sur la codicologie (la science des codex), les conférences sur les Corans anciens. Ainsi, je prépare l’interview que je compte proposer au Professeur Déroche pour le compte d’Oumma.com.

Parallèlement, je poursuis ma recherche du manuscrit « Arabe 328″. Il est localisé dans l’Annexe Richelieu de la BnF et pour y accéder, il faut montrer patte blanche : le statut de chercheur est indispensable, mais en plus, il faut prendre rendez-vous et motiver précisément l’objet de la recherche. Après quelques tentatives infructueuses, j’aurai l’immense privilège d’être en contact avec ce trésor le premier décembre 2003.

Ma première rencontre avec le Professeur Déroche, considéré comme le premier spécialiste mondial des corans anciens, a lieu à l’issue de son cours de codicologie à la Sorbonne. L’homme a une sympathique allure de « Professeur Cosinus », les cheveux en bataille, les pensées souvent absorbées par des réflexions qui échappent au commun des mortels que je suis…

Après une brève phase de méfiance, son œil s’éclaire rapidement de la flamme de la passion quand il parle de ses recherches sur les corans primitifs. Je lui parle de mes recherches et de mes découvertes, il accepte le principe d’une interview. Cette interview a lieu le huit décembre 2003, dans un café parisien. J’en ai longuement préparé les questions en étudiant toutes les publications disponibles sur le sujet et en particulier les ouvrages du maître.

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 1/4)

En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien. (S.15, V10)

Tout a commencé par la publication, le 20 décembre 2000 sur Oumma.com, de la version française d’un article publié au préalable dans le quotidien britannique « The Gardian ». L’article était intitulé « Le Coran revisité par la philologie : des manuscrits ’Satanique’ ? (Traduction : Courrier International) par Abul Taher du Quotidien Anglais « The Guardian »  » (http://oumma.com/article.php3 ?id_article=501)

Cet article comportait des affirmations graves concernant les sources du Coran, relayées par un scientifique allemand nommé Gerd Rudiger Puin, qui visaient à remettre en question la croyance des musulmans de posséder le texte original du Saint Coran en arabe.

Piqué au vif, j’avais publié sur le site une première réaction. Puis je m’étais attaché à tester la valeur scientifique des affirmations du professeur Puin pour découvrir une authentique supercherie, un travail de désinformation visant à faire douter les croyants de la véracité du dogme musulman.

J’achevais mes recherches sur le professeur Puin par la publication d’un article intitulé : « « Le Coran revisité par la philologie : des manuscrits ’Sataniques’ ? » Histoire d’une imposture. » (http://oumma.com/article.php3 ?id_article=163)

Au-delà des manipulations sordides auxquelles s’était prêté les auteurs du premier article, il restait une question importante pour moi : en l’état actuel des connaissances humaines, quelles sont les chances scientifiques de l’authenticité du texte coranique que les musulmans récitent dans chacune de leurs prières ?

Je tiens à préciser que je ne me considère pas comme un spécialiste, ni du Saint Coran, ni de l’islam, encore moins des langues sémitiques, de la paléographie ou de la codicologie ! Je ne suis qu’un simple musulman, chercheur amateur, disposant d’un petit bagage scientifique que m’ont conféré mes études de médecine.

Cette modeste publication n’a donc certainement pas la prétention d’être un article scientifique. Il ne s’agit que d’un simple texte de vulgarisation qui n’a rien d’exhaustif, rendant compte de mes doutes et de mes découvertes à l’occasion d’une formidable aventure que j’ai vécue ces dernières années.

Je tiens également à souligner que les croyances religieuses, notamment des religions monothéistes et les connaissances scientifiques font rarement bon ménage : d’un côté la croyance est basée sur une conviction intime de l’existence de Dieu, Créateur de l’univers, Maître du Jour du Jugement Dernier, de l’autre les connaissances scientifiques sont, ou devraient être basées sur des constatations physiques soumises à des hypothèses réfutables confirmées par leur confrontation constante à la réalité.

C’est ainsi que les connaissances scientifiques évoluent au cours du temps et des outils que se forgent les chercheurs, alors que le dogme fondamental de la croyance, et en particulier la croyance monothéiste, n’évolue pas dans son essence en fonction du temps.

Le risque de confrontation entre « la science » et « la croyance » est encore accru en ce qui concerne l’islam dans la mesure où la plupart des scientifiques chargés d’étudier cette religion sont des non-musulmans, que leurs commanditaires n’ont pas que des visées purement philosophiques et que le monde musulman subit à l’heure actuelle la domination politique, technologique et médiatique du monde occidental.

Aperçu de la compilation du Coran selon la tradition musulmane

Du côté des musulmans, il existe une très longue tradition d’études approfondies sur les sources du Saint Coran, la manière dont il a été révélé puis compilé, la manière dont il est ensuite parvenu jusqu’à nous. Les sanctuaires de la tradition musulmane se trouvent actuellement pour les sunnites, au Caire, à Fez, à Damas, à Riad, à Istanbul, pour les chiites à Qom, à Machhad, à Nadjaf et à Karbala. Les amateurs de références modernes pourront utilement se reporter à l’article d’Abdelhamid BELHADJ HACEN, Docteur en linguistique (université Lille 3) « Le Coran, entre histoire et écriture » (oumma.com/article.php3 ?id_article=95).

Pour résumer, la tradition musulmane nous rapporte qu’avant l’arrivée du dernier des Prophètes (S.W.S.), la péninsule Arabique parlait différents dialectes arabes, proches les uns des autres. L’écriture était connue et pratiquée par une minorité de lettrés riches, que ce soit chez les Juifs, qui possédaient des rouleaux de la Thora, les Chrétiens qui possédaient des Évangiles écrits ou les païens qui notaient par écrit les poèmes les plus fameux. Mais, probablement du fait du prix prohibitif des supports (parchemins ou papyrus), le mode principal de transmission des savoirs de cette époque n’était pas l’écriture.

Les sociétés arabes du septième siècle de l’ère chrétienne étaient de tradition orale. Cette tradition prenait une importance considérable, elle vivait au travers d’immenses poèmes de plusieurs milliers de vers chacun, chansons de geste relatant les mythes fondateurs, les batailles, les héros, les mariages, les joies et les peines de chacune des tribus de la péninsule arabique.

Ces poèmes transmis de génération en génération tenaient la place que prennent notre radio, notre télévision et notre presse actuelle. On peut également imaginer que les poètes tenaient le rôle social de nos grands intellectuels ou de nos grands journalistes contemporains.

Toujours est-il qu’avant même le début de la mission prophétique de Mohammed Ibn Abdallah (S.W.S.), les traditions tribales étaient favorables à la transmission orale d’un ouvrage comme le Saint Coran. C’est ainsi que les premiers croyants n’eurent aucun mal à mémoriser par cœur les milliers de versets au fur et à mesure de la révélation.

Cependant, de nombreux hadiths (traditions prophétiques) sahihs (sûrs) nous relatent le fait que le Prophète de l’islam (S.W.S.), lui même illettré, insista dès le début de la révélation pour que les versets révélés, la parole de Dieu, soient immédiatement transcrits par les témoins de la révélation, par écrit sur un support quelconque. À l’inverse, le Prophète (S.W.S.) interdisait à ses compagnons de prendre note par écrit de ses propres paroles de manière à ne pas les confondre avec la révélation divine.

Cette retranscription contemporaine par écrit est suggérée par le Coran qui parle, à propos de lui-même « du Livre » (Al Kitab), de « feuilles purifiées » (Souhoufoun Mutahara). La tradition musulmane rapporte plusieurs références à cette transcription écrite contemporaine de la révélation : c’est par exemple l’histoire de la conversion de Saïdna Omar qui, furieux que son beau-frère cherche à protéger de lui des pages sur lesquelles étaient des versets, tombe émerveillé par la beauté du texte.

On rapporte également l’existence, à la fin de la révélation, de plusieurs compilations privées complètes dont une, annotée de commentaires, détenue par Setna Aïcha, la mère des croyants. Mais en marge de ces transcriptions « privées », le Prophète (S.W.S.) pris soin de s’entourer dès les premiers temps de la révélation de scribes chargés de la transcription du précieux message coranique.

Le phénomène de la révélation étant épisodique et imprévisible, les scribes se relayaient auprès du Prophète (S.W.S.). La compilation de l’ouvrage ne suivant pas un ordre chronologique, le Prophète indiquait au fur et à mesure aux scribes la place des versets nouvellement révélés. L’ensemble du Coran déjà révélé était récité en entier par le Prophète (S.W.S.) à l’occasion des prières du mois de Ramadan. Lors de son dernier mois de Ramadan, le Prophète (S.W.S.) le récita deux fois en entier, certains compagnons en déduirent l’annonce de sa disparition prochaine.

C’est ainsi que l’ouvrage en cours de révélation pouvait être vérifié par l’ensemble des croyants qui assistaient à ces prières particulières au premier rang desquels les scribes officiels. Le travail des scribes allait aboutir à la compilation « institutionnelle » du Coran sous la houlette du chef des scribes du Prophète (S.W.S.), Zaïd Ibn Thabit.

ZAÏD IBN THABIT, LE CHEF DES SCRIBES

Zaïd Ibn Thabit avait aux alentours de seize ans lorsqu’il fut recommandé au Prophète (S.W.S.) pour entrer à son service. Trois ans auparavant, il avait vainement essayé de s’enrôler dans le premier corps expéditionnaire musulman qui se préparait pour la bataille de Badr. Il en avait été empêché par le Prophète (S.W.S.) qui le considérait comme trop jeune. Sa deuxième tentative, l’année suivante pour la bataille de Uhud s’était également soldée par un échec pour le même motif.

Il avait alors décidé de mettre ses compétences intellectuelles au service de la mission prophétique en apprenant par cœur dix-sept sourates déjà révélées du Saint Coran, avec leurs différents types de prononciations. C’est en entendant sa manière de réciter le Coran que le Prophète (S.W.S.) avait décidé de le prendre à son service. Il lui avait alors assigné une mission : apprendre à lire à écrire et à parler l’hébreu, la langue des israélites, de manière à pouvoir communiquer, notamment par écrit avec eux. Il devint ainsi le traducteur officiel du Prophète lors de ses relations avec les différentes tribus juives. De même, il apprit le Syriaque.

Sa fonction de lettré lui permit d’être un des quarante-huit compagnons du Prophète (S.W.S.) qui retranscrivaient la révélation à la demande de l’envoyé de Dieu tout en continuant à l’apprendre par cœur. Ce n’est qu’après avoir constaté son sérieux, sa précision et la rigueur qu’il mettait à transcrire la révélation divine que le Prophète (S.W.S.) lui confia la charge de chef des scribes.

C’est du vivant même du Prophète (S.W.S.) qu’il commença à réunir les fragments de notes prises par d’autres à l’occasion de la révélation des versets coraniques. Il soumettait ainsi directement au Prophète le fruit de ses travaux et de ses réflexions. À la mort de ce dernier, la révélation était, logiquement pour l’époque, conservée dans le cœur de très nombreux croyants ou sur des supports épars, mais n’était pas totalement compilée dans un ouvrage unique officiel.

Abou Bakr, le premier calife de l’islam, qui succéda au Prophète (S.W.S.) en H 11, eut rapidement à faire face à l’apostasie de nombreuses tribus de la péninsule Arabique. Il s’en suivit de très nombreuses guerres d’apostasie et de nombreuses batailles. Au cours de l’une d’elles, la bataille de Yemâma, un grand nombre de compagnons du Prophète (S.W.S.), qui participaient au corps expéditionnaire furent tués. Parmi eux il y avait de nombreux « Hafiz El Coran », ceux qui avaient appris l’intégralité du Coran par cœur.

Voyant le capital de ceux qui avaient appris le Coran par cœur du temps du Prophète (S.W.S.) diminuer, Omar conseilla au calife Abou Bakr de charger quelqu’un de compiler le livre saint par écrit. Celui-ci, après une phase d’hésitation à parachever la compilation laissée incomplète par le Prophète (S.W.S.) se tourna naturellement vers Zaïd Ibn Thabit et lui dit : « Etant donné que tu es un jeune homme intelligent, que personne ne doute de ta sincérité ni de ta mémoire, puisque tu avais l’habitude d’écrire la révélation pour l’envoyé de Dieu, je te charge de collecter tous les témoignages du Coran qui existent puis de les rassembler dans un ouvrage unique. »

Zaïd commenta cet ordre de la manière suivante : « Par Dieu, si Abou Bakr m’avait demandé de déplacer une montagne, ça m’aurait été moins difficile que d’exécuter son ordre concernant la collection du Coran.  »

Il s’attela à sa tâche et regroupa tous les témoignages de la révélation : notes prises sur des parchemins, des omoplates de chameaux ou de moutons, des feuilles de palmiers, des papyrus, témoignages de ceux qui avaient appris le Coran par cœur. Il était extrêmement méticuleux et faisait très attention qu’aucune erreur, même non-intentionnelle, ne s’insinue dans le texte sacré.

La difficulté principale venait du fait qu’en prenant note de la révélation, de nombreux témoins avaient mélangé le texte de la révélation avec du commentaire de cette dernière. Zaïd rendit une première compilation au calife Abou Bakr. À la mort de ce dernier, l’ouvrage échut à son successeur, Omar, puis Hafsa, fille de Omar, mère des croyants (épouse du Prophète S.W.S.) et connaissant le Coran par cœur, en hérita.

Du temps du troisième calife Othmann , (H 23 à H 35) des différences significatives dans la prononciation lors de la récitation du texte sacré apparurent. Un groupe de compagnons du Prophète, dirigé par Hudhayfah ibn al-Yaman revenant de l’Irak s’en ouvrir au calife en le pressant de « sauver la communauté des croyants avant qu’elle en diverge sur le Saint Coran  ».

Othmann récupéra alors le manuscrit du Coran de Hafsa et le confia à nouveau à Zaïd Ibn Thabit en le chargeant de présider une commission de copistes composée de : Abd-Allâh ibn Az-Zoubayr, Sa`îd ibn Al-`Âs et `Abd Ar-Rahmân ibn Al-Hârith ibn Hichâm.

Les copies furent remise au calife qui renvoya l’original à Hafsa, en garda une, que l’on appelle « Le Coran d’Othmann » et envoya les autres dans différentes provinces de l’empire musulman naissant avec ordre de détruire les autres traces écrites qui auraient pu subsister de manière à ce qu’il n’existe qu’une version du texte sacré. La tradition rapporte que le Calife Othmann fut assassiné alors qu’il lisait son propre Coran et que ce Coran serait taché de son propre sang…

Il semblerait également qu’il s’agissait de mettre le texte sacré en sécurité dans différentes métropoles de l’empire pour le préserver en cas de conquête de l’une d’elles par les ennemis de l’islam.

Les réformes orthographiques et grammaticales et les débuts de la calligraphie

Le texte était en « Rasm » pur, c’est-à-dire sans la plupart des lettres « alif », des voyelles brèves ou les points diacritiques. La calligraphie des premiers corans était très sommaire, appelé le style Higazi. Il est vraisemblable que le texte écrit n’ait, à ce stade de l’écriture, servi que de support de mémoire pour des croyants qui connaissaient déjà le Coran par cœur et qui avaient juste besoin d’un « pense-bête ». La transmission du Coran se faisait essentiellement de manière orale.

L’écriture a un tout autre rôle lorsqu’il s’agit de communiquer entre deux personnes qui ne sont pas physiquement en contact et qui ne connaissent pas a priori le contenu du message qu’ils s’échangent.

Les choses se sont encore compliquées, dans les premières années du Califat, par l’arrivée dans l’islam de très nombreux peuple qui n’étaient pas arabophones. C’est ainsi que le texte coranique qui paraissait évident à des arabes devint difficile à mémoriser pour de nombreux musulmans fraîchement convertis.

On rapporte qu’à Bassora, quelqu’un lu de manière erronée le verset 9 :3 (Allah désavoue les polythéistes. Son messager aussi) en lisant : « Allah désavoue les polythéistes et Son messager…  » Ce qui montra à tous l’urgente nécessité de réformes de l’écriture arabe.

On attribue généralement à Abou al-Aswad al-Douali (père de la grammaire arabe, mort en H 69) l’invention de traits colorés pour le signalement de voyelles brèves (chakl) et l’introduction dans le texte coranique des traits diacritiques pour distinguer les consonnes (I’jam). Ce travail fut complété et affiné par le gouverneur de l’Irak Al Hajjaj Ibn Youssuf al Taquafi (mort en H 95) qui remplaça les traits diacritiques par des points groupés par un, deux ou trois au dessus ou en dessous des consonnes, permettant ainsi de les distinguer. Il rajouta également au texte coranique des voyelles longues de manière à ne plus pouvoir confondre les mots alors qu’on lisait le Coran sans en avoir appris le texte au préalable.

Les voyelles courtes colorés furent finalement remplacées par huit nouveaux signes de vocalisation (les voyelles brèves telles qu’on les connaît actuellement) par al Khalil ibn Ahmad al Farahidi grammairien et philologue arabe (mort en H 169), permettant ainsi d’écrire de manière complète en n’utilisant qu’une couleur d’encre.

La calligraphie arabe ne commença à être codifiée qu’à partir de la création de la ville de Koufa en Irak dont la construction commença en H 17 et s’acheva en H 63. Son développement en tant que foyer d’érudition suscita la création d’un nouveau style d’écriture : l’écriture coufique qui donna lieu à de très nombreuses sous classes.

C’est Abou Ali Ibn Moqlah (mort en H 328) qui paracheva les règles de la calligraphie arabe en se fixant comme tâche de dessiner une écriture cursive qui soit à la fois belle et parfaitement proportionnée. Il aboutit à une méthode d’écriture, baptisée al-Khatt al-Mansob qui est à la base d’une grande partie des écritures arabes modernes.

Ainsi, c’est que par la simple connaissance des dates des réformes orthographiques et grammaticales et en analysant les styles d’écriture, on peut dater, avec de bonnes chances de succès, les manuscrits anciens et en particulier les manuscrits coraniques : si le manuscrit inclus la réforme de l’écriture datée, on peut être certain qu’il est postérieur à l’adoption de cette réforme !

A suivre…

L’origine syro-araméenne du Coran

Un grand nombre d’expressions réputées obscures du Coran s’éclairent si l’on retraduit certains mots apparemment arabes a partir du syro-araméen, la langue de culture dominante au temps du Prophète.

par Claude Gilliot

En quelle langue le Coran a-t-il été écrit? Les philologues musulmans soutiennent une thèse théologique: l’écriture coranique, c’est la parole – et même la langue – « inimitable » de Dieu ; les expressions idiomatiques dont elle est en partie constituée sont pour eux comme autant de preuves de son excellence, bien plus de sa précellence. Pour les chercheurs occidentaux, en revanche, même s’ils sont parfois influencés par la thèse théologique musulmane, les particularités linguistiques du Livre font problème et entrent mal dans le système de la langue arabe. Afin de surmonter cette difficulté, plusieurs hypothèses furent proposées, selon lesquelles l’origine de la langue coranique se trouverait dans un dialecte – disons plutôt une « koinè (langue commune) vernaculaire » – de l’Arabie occidentale marqué par l’influence du syriaque, et donc de l’araméen.

Il faut savoir que l’écriture arabe n’était pas pourvue initialement des points diacritiques dont sont maintenant marquées certaines consonnes de son alphabet pour fixer la valeur exacte des signes consonantiques qui prêtent à confusion. Ainsi, le même ductus (tracé) consonantique pouvait se lire b, t, th (interdentale), n ou î long ; d ou dh (spirante interdentale) ; t emphatisé ou z emphatisé; ` (fricative laryngale) ou gh (r grasseyé de Paris) ; f ou q (occlusive glottale), etc. De plus, les voyelles brèves n’étaient pas écrites, et les longues ne l’étaient pas toujours. L’écriture était figurée par un simple support consonantique que, le plus souvent, on ne pouvait lire que si I’on connaissait déjà le texte. Des vingt-huit lettres de I’alphabet arabe, seules sept ne sont pas ambiguës. Dans les plus anciens fragments du Coran, les lettres ambiguës constituent plus de la moitie du texte. Le codex othmanien – ou réputé tel – du Coran n’était pourvu ni des voyelles ni des points diacritiques sur le ~ace consonantique. Cette lacune fut comblée – plus tard. Dans un ouvrage intitulé « Sur le Coran primitif- Eléments pour la reconstruction des hymnes préislamiques chrétiens dans le Coran », Günter Lüling s’attache a démontrer qu’une partie du Coran provient d’hymnes chrétiens qui circulaient dans un milieu arien avant Muhammad et qui ont été remaniés par l’intégration de motifs arabes anciens. Les thèses de Lüling furent passées sous silence par la plupart des islamologues et des arabisants ! L’essentiel de son entreprise repose sur une méthode intéressante qui consiste à corriger le diacritisme et le vocalisme de la vulgate coranique en s’appuyant sur des informations extra-coraniques, comme la poésie préislamique.

Sous le pseudonyme de Christoph Luxenberg, un autre sémitisant a publié « Lecture syro-araméenne du Coran – Contribution au déchiffrement de la langue du Coran » ; il prépare une version française de l’édition allemande. Le syro-araméen étant, au premiers temps de l’islam, la langue de culture dominante dans toute 1′Asie occidentale, il considère qu’elle a dû exercer un influence sur les autres langues de la région qui n’étaient pas encore des langues d’écriture. Nous ajouterons que La Mecque avait des contacts avec Hira, située dans le sud de 1′Irak actuel et siège épiscopal dès 410. De plus, selon certaines sources musulmanes, les habitants de Taef et les Qurayshites ont appris l’art d’écrire des chrétiens de cette ville…

Dans sa tentative d’élucider les passages linguistiquement controversés du Coran, Luxenberg opère avec rigueur : consultation d’un dictionnaire arabe classique et d’un commentaire coranique ancien, afin de vérifier si l’on n’a pas omis de tenir compte de l’une ou l’autre explication plausible proposée par des exégètes ou par des philologues musulmans. I1 cherche ensuite à lire sous la structure arabe un homonyme syro-araméen qui aurait un sens différent mais qui conviendrait mieux au contexte. Si cela ne se peut faire il procède à un premier changement des points diacritiques, qui, le cas échéant, auraient été mal placés par les lecteurs arabes afin de parvenir a une lecture arabe plus idoine. Si cette démarche n’aboutit toujours pas, il effectue un second changement des points diacritiques en vue de parvenir éventuellement à une lecture syro-araméenne, cette fois, plus cohérente. Si toutes ces tentatives échouent, reste à Luxenberg un ultime recours : déchiffrer la vraie signification du mot, apparemment arabe mais incohérent dans son contexte, en le retraduisant en syro-araméen pour déduire du contenu sémantique de la racine syro-araméenne le sens le mieux adapte au contexte coranique.

L’auteur parvient ainsi à élucider bon nombre d’expressions réputées obscures et à propos desquelles personne n’avait encore levé un coin du voile ! La moisson est abondante, et il conviendra dans chaque cas d’éprouver le froment qui en est issu ; mais, en de nombreux endroits, il convainc qu’il y a derrière le vocable ou le passage étudié une « variante » – disons une « origine » syro-araméenne, c’est-à-dire syriaque. On se bornera à donner un exemple pour illustrer la pertinence du travail de l’auteur. Il s’agit de cette crux interpretum qu’est la sourate 108 (dite « Al Kawthar », « l’Abondance »). On y a mis en romain les vocables qui font problème : « En vérité, Nous t’avons donne 1′Abondance. / Prie donc en l’honneur de ton Seigneur et sacrifie ! / En vérité, celui qui te hait se trouve être le Déshérité » (traduction de Régis Blachère). Plusieurs chercheurs occidentaux reconnaissent que cela ne fait pas sens. Les exégètes musulmans, eux, manifestent leur embarras ; la rime et le sens du « mystère » aidant, ils y voient pourtant une merveille. Finalement, la majorité d’entre eux considèrent qu’Al-Kawthar est le nom d’un fleuve du paradis !

Dans la lecture syro-araméenne de Luxenberg, cela devient: « Nous t’avons donné [la vertu] de la persévérance ; / Prie donc ton Seigneur et persiste [dans la prière] ; / Ton adversaire [Satan] est [alors] le vaincu. » A l’origine de cette courte sourate se trouve une liturgie syriaque, réminiscence de la Première Epître de saint Pierre (5, 8-9) d’après le texte de la pshitta (traduction syriaque de la Bible) et qui est aussi la lecture de l’office des complies dans le bréviaire romain.

Nous apporterons de l’eau au moulin de Luxenberg. En effet, selon l’un des scribes des révélations échues à Muhammad; Zayd Ibn Thabit, le Prophète lui enjoignit d’apprendre à écrire l’hébreu, l’araméen ou le syriaque. Pourquoi ne pas penser à un renversement de situation ? I1 aurait déjà su l’araméen avant la venue de Muhammad à Yathrib (Médine) ! Le théologien mutazilite Al-Balkhi rapporte que plusieurs spécialistes de la vie du Prophète lui ont affirmé que Zayd Ibn Thabit savait déjà l’une de ces langues avant que Muhammad ne vint à Médine.

Avant de devenir le texte que nous connaissons, le Coran est passé par des avatars, y compris en amont, par les informateurs de Muhammad, qui, à notre avis, reprennent de leur actualité après le travail de Christoph Luxenberg. Depuis quelques années s’affine en nous, à la lecture critique des sources, l’idée que le Coran est pour partie le fruit d’un travail collectif.

Afin d’obtenir plus de précisions, on peut consulter les éditions originales des ouvrages cités : « Die syro-aramäische Lesart des Koran – Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache », de Christoph Luxenberg, «Das Arabische Buch», 2000 (2e édition revue et augmentée, Verlag Schiler, Berlin, 2004) ; « A Challenge to Islam for Reformation – The Rediscovery and Reliable Reconstruction of a Comprehensive Pre-Islamic Christian Hymnal Hidden in the Koran under Earliest Islamic Reinterpretations », de Günter Lüling (Motilal Banarsidass Publishers, Delhi, 2003 ; 1re édition allemande : « Über den Ur-Qur’an – Ansätze zur Rekonstruktion vorislamischer christlicher Strophenlieder im Qur’an ». Erlangen, 1974).

Claude Gilliot est professeur d’études arabes et d’islamologie a 1′Université de Provence. Dernier ouvrage paru : « Exégèse, langue et théologie en islam – L’exégèse coranique de Tabari » (Vrin, 1990).

Abou Hurayra et la fin d’un mythe

تعرف أبوهريرة؟ نعم أعرفه.. هل تحبه؟ ومن لا يحبه.. إنه من كبار رواة الحديث عن الرسول صلي الله عليه وسلم.. كما أنه صحابي جليل.. يمكن أن يدور مثل هذا الحوار القصير والسريع بيني وبين أي أخ مسلم عابر.. تلقي إسلامه من الكتب المدرسية ومن مواعظ شيوخ المساجد ومن برامج التليفزيون الدينية الهزيلة.. لكن الذين تعرضوا.. أو عرضوا أنفسهم علي الباحثين الجادين في التاريخ الإسلامي يعرفون أن أبوهريرة لم يكن من كبار رواة الحديث.. لكنه كان من كبار واضعيها.. وأنه إذا كان صحابياً نزولاً علي التعريف اللفظي للكلمة بأن الصحابي كل من صحب الرسول أو جلس إليه أو استمع منه، فإنه لم يكن جليلاً.. بل كان رجلاً ذليلاً قبل أن يدخل الإسلام.. وبعد أن دخله.
عندما أزحت الستار عن حقيقة الإمام البخاري وما جاء في كتابه الذي يسمي الصحيح بما فيه من أحاديث كاذبة وموضوعة ومنسوبة زوراً وبهتاناً للرسول صلي الله عليه وسلم وجدت صدي هائلاً لدي الكثيرين ممن يشغلهم الأمر، كان من بينهم الكاتب الصديق أيمن عبدالرسول صاحب الكتاب المهم «في نقد الإسلام الوضعي».. «أرسل لي أيمن كتاباً يكاد يكون مجهولاً لا يعرفه الكثيرون عن «شيخ المضيرة» أبي هريرة.. كتبه محمود أبورية.. حاول أن يكشف فيه التاريخ الحقيقي لأبي هريرة، لم يستعن فيه بروايات آخرين.. لكنه أخذ من كلام أبي هريرة نفسه وما قاله في حياته ليقول لنا من هو هذا الرجل الذي ظللنا لقرون طويلة نقدسه ونجله وننظر إليه علي أنه من الحراس الأمناء لأحاديث الرسول.

إننا نقدس الصحابة الكبار ونضعهم في المكانة اللائقة بهم بسبب سبقهم إلي الإسلام وتقديمهم لتضحيات جليلة من مالهم وحياتهم من أجل رفعة الإسلام.. لكن ماذا سنفعل إذا عرفنا أن أبا هريرة لم يشارك في غزوة أو سرية.. لم يحمل سيفاً كي يحارب به أو يدفع عن الإسلام شراً، رجل قضي كل حياته يخدم من حوله مقابل ملء بطنه.. لم يتعفف ولم يحفظ كرامته.. فكيف لنا الآن نحفظ كرامته ونصر علي أن نقدسه ونمنحه ما ليس من حقه.. هل تريدون أن تعرفوا القصة الكاملة لهذا الرجل الذي فرض علينا وأصبح اسمه مسبوقاً بحكم القضاء والقدر بكلمة سيدنا.. أنا مستعد.. فهل أنتم مستعدون.

جاء أبوهريرة إلي النبي بعد فتح خيبر ويقول هو عن ذلك «أتيت رسول الله وهو بخيبر بعدما افتتحها فقلت يا رسول الله أسهم لي ـ أي أشركني في الغنائم ـ والسؤال لماذا تأخر قدوم أبي هريرة إلي الرسول عشرين سنة كاملة من بدء البعثة إلي موقعة خيبر التي كانت سنة 7 من الهجرة علي أن بلاده كانت قريبة من الحجاز وقد سمع بالرسول وما جاء به؟.. لقد كان أبوهريرة فقيراً معدماً يخدم الناس بطعام بطنه وكان يجب عندما ينتهي إلي سمعه أن نبياً ظهر بمكة بدين يدعو إلي مساعدة البائسين وسد عوز المحتاجين فإنه يسعي إليه ليكون إلي جواره.. لكنه لم يفعل لأنه سمع إلي جوار ذلك أن الناس يحاربون هذا النبي وأصحابه وأن النضال المسلح متصل بينهم وبينه لا ينقطع.. وهو بطبعه الانتهازي يريد الأمر سهلاً لأنه ليس من أبطال الحروب ولا عهد له بميادين القتال ولم يخلق إلا ليخدم ويطعم من أجر خدمته للآخرين.

انتظر أبوهريرة وصبر علي مضض وظل يرتقب حتي سكنت الحرب بين النبي وخصومه، ورأي أن الغلبة أصبحت للرسول مثل الذين كانوا يقولون «دعوه وقومه فإن غلبهم دخلنا دينه وإن غلبوه كفونا شره».. وعندما تحقق للرسول ذلك ركب رجليه وأخذ طريقه إليه ليخدم علي ملء بطنه ويملأ يده من مغانمه ويسكن المأوي الذي أعده للفقراء من اتباعه وكان ذلك في شهر صفر سنة 7 هجرية وكان له ما أراد عندما اتصل بالرسول فقد حقق له كل ما يبتغيه فاطعمه النبي ومن معه بالعطاء من غنائم خيبر وهو لم يشهدها واسكنه المأوي الذي أعده للفقراء وهو الصُفة.

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لم يكن لأبي هريرة اسم معروف لا في الجاهلية ولا في الإسلام، فلا يعرف علي التحقيق اسمه الذي سماه به أهله ليدعي بين الناس به يقول عنه ابن عبدالبر في كتابه الاستيعاب «واختلفوا في اسم أبي هريرة واسم أبيه اختلافاً كبيراً لا يحاط به ولا يضبط في الجاهلية والإسلام ومثل هذا الاختلاف والاضطراب لا يصح معه شيء يعتمد عليه وقد غلبت عليه كنيته»، وقد بين هو سببها فقال: كنت أرعي غنم أهلي وكانت لي هرة صغيرة فكنت أضعها بالليل في شجرة وإذا كان النهار ذهبت بها فكنوني أبا هريرة ولا ضرر من تصديق ما قاله ويبدو أن هذه الهرة ظلت تلازمه وهو بالمدينة فقد رآه النبي وهو يحملها في كمه.

ولما اتصل أبوهريرة بمعاوية وأصبح من دعاته وأقبل علي أطعمته الفاخرة يلتهمها وبخاصة المضيرة التي كانت من أطايب أطعمة العرب الثلاثة المشهورة والتي كان أبوهريرة نهماً فيها فأطلقوا عليه اسم شيخ المضيرة واشتهر بذلك في جميع الأزمان حتي جعلها العلماء والأدباء مما يتندرون به عليه في أحاديثهم الخاصة وكتبهم العامة علي مدي التاريخ.

لم يعرف عن حياة أبي هريرة شيء له قيمة.. وكان ما عرف عن أصله أنه من عشيرة سليم بن فهد من قبيلة أزد من دوس إحدي قبائل العرب الجنوبية، أما نشأته فلم يعرف عنها شيء وكذلك لم يعرف الناس عن حياته في بلاده اليمن في مدي السنين التي قضاها قبل إسلامه غير ما قاله عن نفسه من أنه كان يرعي الغنم وكان فقيراً معدماً يخدم الناس بملء بطنه وقد ذكر هو أنه كان أجيراً لابن نعان وابنه غزوان بطعام بطنه، ولقد كان أبوهريرة أمياً لا يقرأ ولا يكتب وظل علي أميته طوال حياته.

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وإذا أردنا أن نتعرف علي مفتاح شخصية أبوهريرة فلابد أن نعود مرة ثانية إلي يوم خيبر عندما قدم علي النبي وكان عمره وقتها فوق الثلاثين بقليل، لما رأي أبوهريرة كثرة الغنائم طلب من رسول الله أن يسهم له، ثم تدخل فيما لا يعنيه فطلب من النبي أن يسهم لأبان بن سعيد بن العاص الذي كان ممن خاضوا المعركة، فانبري له أبان بن سعيد وأغلظ له في القول وأهانه.. لأنه لم يشارك في الغزوة فكيف تطمع نفسه في أن يشارك في المغانم.

أراد أبان أن يحقر أبا هريرة وأنه ليس في قدر يشير بعطاء ولا منع لأنه قليل القدرة علي القتال، ولو كان لأبي هريرة نفس يعرف قدرها أو كرامة يحافظ عليها لأبي أن تمتد يده إلي ما ليس من حقه أو يرنو بعينيه إلي مغانم حرب لم يشهدها ولما تعرض لهذا الإزدراء والتحقير وخاصة أنه في أول يوم يلقي النبي وأصحابه وكان عليه أن يظهر أنه ذو نفس أبية وخلق كريم.. وقد يكون الرسول بهذا الموقف أسقط أبا هريرة من عينيه فلم يقم له من يومها وزناً ووضعه بين أصحابه في المكان الذي يليق به.. والدليل علي ذلك أن الرسول لم يؤاخذ أبان بعد أن أغلظ لأبي هريرة في القول علي حين أنه كان يغضب غضباً شديداً عندما ينال أحد أصحابه إهانة من صحابي آخر.. لكن النبي لم يقل شيئاً لأبان واكتفي بأن قال له: إجلس يا أبان ولم يسهم لأبي هريرة وتركه يغدو محسوراً وكأنه بذلك أقر أبان علي ما فعل بأبي هريرة الذي كان في هذا اليوم ضيفاً، والضيف له حرمة يستحق التكريم من أجلها ولو بكلمة طيبة ولكنه لم يظفر من النبي بها وحقت عليه المهانة أمام الصحابة جميعا من أول يوم جاء فيه إلي النبي لأنه لا يستحق التكريم ولو كان من الأضياف الطارئين.

وعندما عاد أبوهريرة إلي المدينة كان الظن أن يأخذ سبيلاً لرزقه بالتجارة في الأسواق أو الزرع في الأرض كما كان يفعل غيره من الصحابة.. لكنه اختار أن يعيش علي ما تجود به نفوس المحسنين من صدقاتهم عليه، اختار أبوهريرة ببساطة أن يسأل الناس فهذا يعطيه وهذا يمنعه.. سكن في الصفة التي كان يجلس فيها الفقراء والعاجزون ـ وهي مكان في مسجد الرسول ـ في انتظار من يتصدق عليهم ويطعمهم، لن نتحدث نحن بل نترك أباهريرة نفسه يتحدث عما كان يدور هناك يقول: كنت من أهل الصفة فظللت صائماً فأمسيت وأنا أشتكي بطني فانطلقت لأقضي حاجتي فجئت وقد أكل الطعام، وكان أغنياء قريش يبعثون بالطعام لأهل الصفة وقلت: إلي أين أذهب؟ فقيل لي: أذهب إلي عمر بن الخطاب فأتيته وهو يسبح بعد الصلاة، فانتظرته فلما انصرف دنوت منه فقلت: أقرئني! وما أريد إلا الطعام، قال: فاقرأني آيات من سورة آل عمران، فلما بلغ أهله دخل وتركني علي الباب فأبطأ فقلت ينزع ثيابه ثم يأمر لي بطعام.. فلم أر شيئاً.

هذه واحدة.. أما الثانية فيرويها البخاري عن أبي هريرة الذي يقول: والله الذي لا إله إلا هو إن كنت لأعتمد بكبدي علي الأرض من الجوع وإن كنت لأشد الحجر علي بطني من الجوع، ولقد قعدت يوماً علي طريقهم الذي يخرجون منه من المسجد، فمر أبوبكر فسألته عن آية من كتاب الله وما سألته إلا ليشبعني، فمر ولم يفعل، ثم مر عمر بي فسألته عن آية من كتاب الله ما سألته إلا ليشبعني فلم يفعل.. أما الثالثة فهي قاسية يقول أبوهريرة والرواية أيضاً للبخاري: لقد رأيتني وإني لأفر فيما بين منبر رسول الله إلي حجرة عائشة مغشياً علي.. فيجئ الجائي فيضع رجله علي عنقي ويري أني مجنون وما بي من جنون.. ما بي إلا الجوع.

لم يكن هناك من يسعف أبا هريرة أو يطعمه.. كلهم كانوا يولون وجوههم عنه.. إلا جعفر بن أبي طالب.. ولعله من أجل ذلك كان جعفر عند أبي هريرة أفضل الصحابة جميعاً، ففضله علي أبي بكر وعمر وغيرهما.. ولذلك أهداه هذا الحديث الخرافي الذي يقول فيه: ما احتذي النعال ولا ركب المطايا ولا وطئ التراب بعد رسول الله أفضل من جعفر بن أبي طالب، يا سبحان الله.. أكل هذا لأن جعفر كان يعطف عليه ويطعمه من منزله دون الآخرين.

كان أبوهريرة في المدينة ـ كما كان عند أهله في اليمن ـ رجلاً بلا شأن يذكر ولا عمل يؤثر عنه اللهم إلا التعرض للناس في الطرقات وعلي باب المسجد يستجديهم بلسانه ويتناول ما تجود به نفوسهم بيده يدفعه هذا وينفر منه ذاك، ومما يذكر عنه أنه حاول مرة أن يخرج علي جبنه ويتشبه بالأبطال فذهب يحارب في غزوة مؤتة ولكنه ما كاد يري صليل السيوف ولمعان الأسنة حتي غلب عليه طبعه فجبن وهلع ولاذ بالفرار ولما عايروه بفعلته هذه، لم يجد جواباً يدافع به عن نفسه.

لكن لا يجب أن نكون ظالمين لأبي هريرة هكذا فنجرده من كل ميزة.. فهناك ميزة كان يجتهد في إظهارها للناس وهي فهمه الشديد للطعام وحبه له، ومن أجل ذلك كان يتكفف الأبواب ويتبع الناس في الطرقات يتسولهم، وهذا النهم كان له أثر بعيد في حياته،.. وقد لازمته هذه الصفة طوال عمره حتي جاءت الرواية الصحيحة أنه لما نشب القتال في صفين بين عليّ رضي الله عنه ومعاوية كان يأكل علي مائدة معاوية الفاخرة ويصلي وراء عليّ وإذا احتدم القتال لزم الجبل، وعندما سئل كيف يفعل ذلك.. كان يقول: الصلاة خلف عليّ أتم.. وسماط معاوية أدسم، وترك القتال أسلم.

ومن بين ما يقال عن أبي هريرة منسوباً إلي الثعالبي صاحب كتاب «ثمار القلوب في المضاف والمنسوب»: كان أبوهريرة علي فضله واختصاصه بالنبي مزاحاً أكولاً وكان يدعي الطب فيقول: أكل التمر أمان من القولبخ وشرب العسل علي الريق أمان من الفالج وأكل السفرجل يحسن الولد وأكل الرمان يصلح الكبد والزبيب يشد العصب ويذهب الوصب والنصب والكرفس يقوي المعدة والقرع يزيد في اللب ويرق البشرة وأطيب اللحم الكتف وحواشي فقار العنق والظهر، وكان يديم أكل الهريسة والفالوذج».. وهذه بالطبع توصيفات رجل يجيد الأكل ويتفنن فيه ولا يجيد الطب.

كان أبوهريرة يفضل بطنه علي ما عداه «وها هو يقول: أقبلت مع رسول الله فسمع رجلاً يقرأ «قل هو الله أحد» فقال رسول الله: وجبت، فسألته ماذا يا رسول الله؟ فقال: الجنة، قال أبوهريرة فأردت أن أذهب إليه فأبشره ثم فرقت أن يفوتني الغداء مع رسول الله فآثرت الغداء ثم ذهبت إلي الرجل فوجدته قد ذهب، ومن بين ما كان يدعو الله به أنه كان يقول: اللهم ارزقني ضرساً طحوناً ومعدة هضوماً ودبراً نثوراً، وكان لنهمه يغشي بيوت الصحابة في كل وقت وكان بعضهم ينزوي منه.. لكن كل ذلك لم ينسه حبه للطعام للدرجة التي دفعته إلي أن يضع أحاديث وينسبها للنبي في فضل الولائم مثل قوله: شر الطعام طعام الوليمة يمنعها من يأتيها «أي بغير دعوة» ويدعي إليها من يأباها.. ومن لم يجب الدعوة فقد عصي الله ورسوله.. أي أنك إن لم تجب الدعوة إلي الولائم لتمتلئ منها فقد عصيت الله ورسوله.

وإلي جوار النهم في الطعام كان أبوهريرة رجلاً مزاحاً يتودد إلي الناس ويسليهم بكثرة مزاحه وبالإغراب في قوله ليشتد ميلهم إليه ويزداد إقبالهم عليه، وهذه السيدة عائشة تقول عنه «لقد كان رجلاً مهزاراً».. وبين أيدينا ما يشير إلي كل ذلك ويؤكده.. فعن أبي رافع قال: كان مروان بن الحكم ربما استخلف أبا هريرة علي المدينة فيركب حماراً قد شد عليه بردعة وفي رأسه خلبة من ليف فيسير فيلقي الرجل فيقول: الطريق قد جاء الأمير وربما أتي الصبيان وهم يلعبون بالليل لعبة الغراب فلا يشعرون حتي يلقي نفسه بينهم ويضرب برجله فينفر الصبيان فيفرون، ويقول ابن كثير عن ذلك: كأنه مجنون يريد أن يضحكهم فيفزع الصبيان منه ويفرون هنا وهناك يتضاحكون.

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هذه الحياة من الانتهازية والتطفل التي كان يعيشها أبوهريرة في المدينة.. جعلت الجميع يضيقون به حتي الرسول صلي الله عليه وسلم.. بعث الرسول العلاء بن الحضرمي إلي المنذر بن ساوي العبد عامل الفرس علي البحرين يدعوه إلي الإسلام فأسلم وحسن إسلامه.. وكان فيمن بعثهم النبي مع العلاء بن الحضرمي أبوهريرة وقال له: استوص به خيراً، فقال له العلاء: إن رسول الله أوصاني بك خيراً فانظر ماذا تحب، فقال: تجعلني أؤذن لك ولا تسبقني بآمين فأعطاه ذلك.. هذه الواقعة تضع أيدينا علي نقطتين مهمتين للغاية في حياة وتاريخ أبوهريرة.

الأولي أنه قدم إلي المدينة مسلماً في صفر سنة 7 هجرية وخرج منها إلي البحرين في ذي القعدة سنة 8 هجرية أي أنه أقام إلي جوار الرسول عاماً وتسعة أشهر فقط.. وهو ما يشكك في الذين قالوا: إن أبا هريرة مكث إلي جوار الرسول ثلاث أو أربع سنوات يروي عنه الأحاديث وذلك حتي يزيدوا في ثقله ووزنه في دنيا رواية الحديث، لكن الواقع يشير إلي أنها كانت سنة وتسعة أشهر فقط وهي

فترة قصيرة بحكم الزمن قضي أبوهريرة معظمها في سؤال الناس ومتابعتهم في الطرقات من أجل أن يأكل.. فمتي جل


الثانية: أن الرسول أبعد أبا هريرة إلي المدينة حتي يتخلص منه.. فما ظنك برجل يتصدي للصحابة في طرقهم إن ساروا ملحاً عليهم أن يطعموه وبخاصة الكبار منهم كأبي بكر وعمر ويلاحقهم في سبيلهم حتي تضييق منه صدورهم فيضجرون منه ويفرون من وجهه، ولم يقف الأمر عند ضجر الصحابة ونفورهم بل كان يذهب إلي مكان عزيز من النبي «بين منبره وحجرة عائشة فيتماوت ويمثل مشهداً تشمئز منه النفوس الآبية وتنفر منه الطباع الكريمة.. كان يغشي عليه فيأتي من يضع قدمه علي عنقه اعتقاداً أنه مجنون، ولا شك أنهم ما كانوا ليفعلوا ذلك معه إلا استهانة به وازدراء له، إذ لو كان له حرمة عندهم أو مكانة لديهم لأشفقوا عليه وأعانوه ولم يطأوا عنقه.. وبديهي أن الرسول نفد صبره من تصرفت أبي هريرة فرأي ضرورة اقصائه عن المدينة ليتخلص منه وليربح الناس من تطفله إذ لا يصح أن يكون بين أصحابه ومن يعيشون بجواره من لا يحمل نفساً آبية عفيفة قانعة.

إن الرسول لو كان يعلم أن في أبي هريرة خيراً وفضلاً وأنه أهل لصحبته لأبقاه إلي جواره كسائر أصحابه ولكنه لما علم فيه أنه غير صالح لصحبته أقصاه عنه ولم يرض أن يظل قريباً منه.. ومن العجيب أننا لم نر النبي قد صنع مع أحد من أصحابه جميعاً حتي المنافقين منهم مثل ما صنع مع أبي هريرة، وإنما كان يبعث من يبعث من أصحابه إلي مختلف البلدان إما ليعلموا الناس أو ليكونوا ولاة عليها أو مصدقين فيها أو رسلاً وسفراء بينه وبين من يحكمونها.

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في سنة 21 هجرية تولي أبوهريرة إمارة البحرين في عهد عمر بن الخطاب.. لكن تري ماذا فعل هناك؟.. من كلام عمر يظهر لنا ما جري بعد أن عاد أبوهريرة إلي المدينة استوقفه عمر قائلاً له: هل علمت من حين أني استعملتك علي البحرين وأنت بلا نعلين.. ثم بلغني أنك ابتعت فرساً بألف دينار وستمائة دينار، قال: كانت لنا أفراس تناتجت وعطايا تلاحقت قال له عمر: قد حسبت لك رزقك ومؤونتك وهذا فضل فأده، فرد أبوهريرة: ليس لك ذلك، فقال عمر: بلي والله وأوجع ظهرك، ثم قام إليه بالدرة فضربه حتي أدماه، ثم قال له: أنت بها، قال: احتسبتها عند الله، قال: ذلك لو أخذتها «من حلال» وأديتها طائعاً أجئت من أقصي حجر البحرين يجبي الناس لك لا لله ولا للمسلمين.

وقد يرد علي الخاطر سؤال.. فإذا كان عمر بن الخطاب يعرف كل هذه المساوئ في شخصية أبي هريرة.. فلِمَ ولاه علي أمور البحرين.. والإجابة علي ذلك ببساطة أن سنة عمر في استعمال الولاة كانت تقضي بأن لا يستعمل كبار الصحابة حتي لا يدنسهم بالعمل وإنما يستعمل صغارهم، فاستعمال أبي هريرة علي هذه السنة لا يكون مستغرباً.. ثم إن عمر لم ينس من تاريخ أبي هريرة في المدينة شيئاً.. وكيف ينسي ما وقع له نفسه أيام كان أبوهريرة يعيش في الصفة.. فقد كان يلاحقه في طريقه ويضايقه في سيره فلا يجد سبيلاً إلي التخلص منه إلا بأن يدخل داره ويغلق الباب في وجهه.. وكان لا يخفي عليه أن النبي أخرجه من المدينة بعد أن ظهر من تطفله الذي أضجر الناس منه.

ولذلك كله منع عمر أبا هريرة من رواية الأحاديث.. فقد كان أول من تنبه إلي خطره.. فعندما انتهي إليه أنه يحدث عن النبي دعاه وزجره، ثم لم يلبث أن ضربه بدرته، ولما لم يتراجع أوعده إن لم يترك الحديث عن رسول الله فإنه سينفيه إلي بلاده، غضب عليه عمر وقالها له صراحة: أكثرت يا أبا هريرة وأحري بك أن تكون كاذباً علي رسول الله، ولعل هذا ما يفسر كثرة أحاديث أبي هريرة بعد وفاة عمر وذهاب درته، إذ أصبح لا يخشي أحداً بعده وكان عمر يخيف الناس ومن قول أبي هريرة عن ذلك، إني لأتحدث أحاديث لو تكلمت بها في زمن عمر لشج رأسي.

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هذا جانب فقط من سيرة حياة أبي هريرة الذي انتزع لنفسه دون وجه حق لقب الراوي الأكبر لأحاديث الرسول، لا أقصد بالطبع الإساءة إليه فهذه حياته كما تحدث هو نفسه عنها.. ولأن علماء الحديث يحتجون بأنه إذا فسد السند فسد المتن، أي إذا فسد راوي الحديث الذي يتحدث عن الرسول.. فسد الكلام الذي يقوله فإنني أسأل.. هل هناك فساد أكبر من هذا يمكن أن يمس إنسان.. لقد كان أبوهريرة رجلاً بلا قيمة سواء في بلدة اليمن أو في المدينة التي عاش فيها إلي جوار الرسول عاماً وتسعة أشهر أو في البحرين التي حكمها ولم يراع الله في رعاياه بها.. فكيف نقبل من مثل هذا الرجل حديثاً أو رواية واحدة عن الرسول.. وقد كان الرسول نفسه يضيق به للدرجة التي أبعده بها عن صحبته ولم يدافع عنه ويقف ضد الذين أهانوه.. لأنه كان يستحق الإهانة، إننا لا ننتقص من قيمة صحابي لأجل أحد.. ولكننا نفعل ذلك من أجل أن ننقي أحاديثه التي رواها ونعرف أيها قاله الرسول وأيها تم الافتراء به عليه.. ويبقي السؤال.. إذا كان أبوهريرة بكل هذا السقوط، فلماذا احتل كل هذه المكانة في التاريخ الإسلامي؟ سؤال منطقي.. سنلتقي علي إجابته الأسبوع المقبل.

Les athés au paradis……

Bush contre Ben Laden, les rabbins contre les muftis, les sikhs contre les hindous et Moqtada contre tout le monde : Malraux avait raison, le XXIe siècle s’annonce bel et bien religieux. Interrogé par nos soins sur cet étonnant retour du sacré, le Père Éternel a poussé un long soupir en secouant son auguste crinière.

- Tout cela m’épuise, je n’en demandais pas tant. Laissez-moi souffler, que diable ! Et puis, ils me font un peu honte, certains de mes fans.

Prenez ces chiites qui se flagellent jusqu’au sang.
Mais je ne leur ai rien demandé, moi, ça m’écoeure, toute cette hémoglobine répandue sans rime ni raison. Et que dire de ces grands nigauds d«évangélistes ? Je les regarde, accablé, alors qu’ils hululent, les bras vibrants tendus vers les nuages. J’ai l’impression qu’ils sont en train de dévisser des ampoules imaginaires : mais non, c’est à Moi qu’ils s’adressent. Vous avouerai-je que j’ai parfois envie de me mettre aux adorés absents ?

- Vous manqueriez aux footballeurs…

- Je déteste le football ! Qu’est-ce que c’est que ces vingt-deux manchots surpayés qui s’obstinent à taper dans un ballon qui ne leur a rien fait ? C’est grotesque ! Et quand ils marquent un but, comme ils disent, ils pointent un doigt vers le Ciel et m’accusent d’en être le responsable. Mais non, mais non, je démens formellement.

- Les hommes politiques…

- Je vous arrête. De qui parlez-vous ? De ceux qui vont à la messe ou à La Mecque sous l’oeil des caméras ? Je croyais pourtant avoir été clair, dans la Bible et dans le Coran : tout cela doit être fait discrètement, sinon, ça ne compte pas, c’est juste de l’esbroufe. Je vais vous faire un aveu : quand je vois ces tartufes hanter les églises ou les mosquées juste avant les élections, je me prends parfois d’affection pour les athées…

- Horreur et malédiction !

- Si, si. Me croyant mort depuis Nietzsche, ces lascars me fichent une paix totale. Tenez, à chaque fois que les Bush ou les Ben Laden m’embrigadent d’autorité dans leurs folies criminelles, je me console en pensant aux athées. Eux au moins ont le courage d’assumer leurs actions comme des grands, sans se réfugier derrière mes jupes. Je le disais encore l’autre jour à saint Pierre, pendant la pause : Pierrot, si on ouvrait grand les portes d’Éden aux mécréants ?

- Mais, Votre Immensité, c’est inconcevable. Les athées au Paradis ?

- Et alors ? Si j’ai envie de faire un caprice ? Relisez le Coran : Dieu est capable de tout (sourate II, verset 20).

Par Fouad Laroui

Les hadith

1) suivre le prophete est une injonction pour les contemporaisn du prophete et non pour ceux qui sont venu apres, l’injonction et de suivre le prophete dans ce qu’il lui a été revelé c’est a dire le coran, le prophete n’est plus la, ce qu’il lui a été revelé est le coran donc faute de son existence nous suivrons ce qu’il lui a été revelé, c’est a dire le coran.

2) Dieu a PROMIS de proteger le coran et n’as pas promis de proteger autre chose de l’alteration donc l’extension du mot DHIKR, WA7Y, etc. au hadiths est pour moi inacceptable et refusé, par ce que comme je ‘l’ai deja dis si c’est du WA7Y donc pourquoi il n’est pas au coran? et s’il n’est pas au coran c’est qu’il n’est pas wa7y donc pas paroles de Dieu. donc

3) les fuqaha ont trouvé une astuce et ont dis que les hadiths sont l’inspiration divine et c’est la parole du prophete, donc si c’est ça le cas pourquoi nous avons atendu l’epoque de OMAR ABDELAZIZ (epoque abbaside) pour avoir la deferlente des SI7A7, est ce que vous croyez que si les hadiths ont cette importance de (inspiration divine et de compelement au coran) serait negligés par des compagons du prophete qui sont tres pieux comme Abou bakr, Omar, ali et Othman et les rois Omeyade et aussi les autres rois abbassides.

4) Ils ont dis aussi que si le prophete a ordonné de ne pas transcrire les hadiths c’est par peur d’etre melangé avec le Coran, et pourtant il est le premier etre censé CROIRE Dieu quand il dit INNA ANZALNA ADHIKRA WA INNA LAHOU LA7AIDHOUN, donc cette peur serait consideré comme emanant de quelqu’un qui DOUTE en la promesse du seigneur quand il le rassure ainsi que tout les croayant au sujet de la protection du coran.

5) il est possible pour relativiser les choses que quelques hadiths sont dits par le prophete pour expliquer le Coran bien que le propherte a refusé d’expliquer les verset qui se rapporte des cieux et de la terre et des phenomenes naturels parce que ça le depasse, c’est hadiths aussi douteux soit ils s’ils ne contredisent pas le coran je les considererais comme un IJTIHAD du prophete (avec reserve) et que nous sommes nous mainteant les vivants qui doivent comprendre a notre tour le message divin.

Voila donc les hadiths pour moi sont un heritage culturel, historique, mais n’ont pas et n’aurons jamais :
1) la valeur de la parole divne revelé qu’est le coran.
2) et ne sont pas la pour completer le coran et aussi ne sont pas a forte raison les paroles du prophete parce que le prophete qui est choisi par Dieu n’airait jamais ajouté ou contredis les paroles des verset qu’il recevaitn en revelation.

Le Mythe du mariage de Aïcha à l’âge de 9 ans

Le Mythe exposé :
La plupart des Musulmans acceptent aveuglement et sans se poser trop de questions l’histoire du mariage de notre prophète (*) avec une gamine de 09 ans nommée Aïcha .
Les musulmans préfèrent ne pas soupçonner les récits ayant relatés cette propagande comme tant d’autres, même si c’est ces récits humains contredisent explicitement le noble Coran et le bon sens, sous prétexte que c’est relaté dans tel ou tel recueil « Sahihs ».
Entourés d’un halo de sacralité depuis des siècles, ces recueils ne sont que la compilation de récits sensés remonter au prophète (*) ou à ces compagnons faites par des humains et dont la sélection n’est en fin de compte basé sur l’arbitraire de ses personnes.
Le prophète (*) était un homme exemplaire. Toutes ses actions étaient des plus vertueuses ; sa morale était le noble Coran et ne pouvait en aucun cas épousé une innocente fille de neuf ans. Ceci doit ne conduire à creuser pour chercher la source de cette erreur partir de l’idée que L’âge de mariage de Aïcha a été faussement rapporté dans la littérature des hadiths.
On vas essayer dans ce texte, de présenter des preuves solides pour démentir cette histoire inventée par Hisham ibn’Urwah pour purifier ainsi l’image de notre Saint prophète Mohammed « que la paix et la prière soient sur lui »
PREUVE n*1 : Fiabilité des Sources
La plupart des récits rapportés dans les livres de hadith sont transmis seulement par Hisham ibn ` Urwah, qui faisait éloge de l’autorité de son père. C’est un hadith non concordant (non moutawatir), il est seulement issu d’une chaîne unique (Ahad) ce qui ne le met pas hors de doute.
Il est étrange que personne de Médine où Hisham ibn ` Urwah a vécu les 71 premières années de sa vie n’ait relaté l’événement, malgré le fait que parmi ses élèves de Médine, le bien respecté Malik ibn Anas. Les origines des récits de cet événement sont les gens de l’Irak, où l’on annonce que Hisham a beaucoup changé après son déménagement de Médine vers l’Irak. .
Tehzibu’l-Tehzib, un des livres les plus bien connus sur la vie et la fiabilité des narrateurs des traditions du prophète (*), annonce que selon Yaqub ibn Shaibah : “il [Hisham] est fortement fiable, ses récits sont acceptables, sauf ce qu’il a relaté après son déplacement en Irak” (Tehzi’bu’l-tehzi’b, Ibn Hajar Al-` asqala’ni, Dar Ihya Al-turath Al-Islami, le 15ème siècle. Vol 11, p. 50).
C’est pour cette raison que Malik ibn Anas a élevé une objection sur les récits de Hisham qui ont été annoncés par les gens de l’Irak : (Tehzi’b u’l-tehzi’b, Ibn Hajar Al-` asqala’ni, Dar Ihya Al-turath Al-Islami, Vol.11, p. 50).
Mizanu’l-ai `, un autre livre sur la vie des narrateurs des traditions du prophète (*) annonce : “Quand il était vieux, la mémoire d’Hisham avait subi une faiblesse manifeste”
(Mizanu’l-ai ` , Al-Zahbi, Al-Maktabatu’l-athriyyah, Sheikhupura, le Pakistan, Vol. 4, p. 301).
Conclusion n°1 : Basé sur ces références, la mémoire d’Hisham était faible après son immigration en Irak et ses récits étaient qualifié d’incertains. Ainsi, son récit sur le mariage de Aïcha est non fiable.
CHRONOLOGIE : c’est essentiel aussi de garder à l’esprit certaines des dates pertinentes dans l’histoire d’Islam :
• 610 CE : Jahiliya (âge pré islamique) avant la révélation.
• 610 CE : Date de la première révélation.
• 610 CE : AbuBakr se convertit à l’Islam
• 613 CE : Le prophète (*) Muhammad commence à prêcher publiquement.
• 615 CE : Émigration à Abyssinia
• 616 CE : Omar ibn Al Khattab se convertit à l’Islam.
• 620 CE : Les fiançailles généralement admises d’Aïcha avec le prophète (*).
• 622 CE : Hijrah (emigation à Yathrib, plus tard rebaptisé Médine).
• 623/624 CE : Année généralement admise où Aïcha vivant avec le prophète (*).
PREUVE n*2 : Les Fiançailles
Selon Tabari (aussi selon Hisham ibn ‘Urwah, Ibn Hunbal ), Aïcha était fiancé à sept ans et a commencé à cohabiter avec le prophète (*) à l’âge de neuf an.
Cependant, dans un autre récit, Al-Tabari dit : “Tous les quatre enfants de [Abou Bakr] sont nés de ses deux femmes pendant la période pré islamique” (Tarikhu’l-umam wa’l-mamlu’k, Al-Tabari (sont morts 922), Vol. 4, p. 50, arabe, Dara’l-fikr, le Beyrouth, 1979).
Si Aïcha était fiancé en 620 CE (à l’âge de sept ans) et a commencé à vivre avec le prophète (*) en 624 CE (à l’âge de neuf ans), ceci indiquerait qu’elle est née en 613 CE et avait neuf ans quand elle a commencé à vivre avec le prophète (*).
Donc, basé sur le récit d’Al-Tabari, les calculs montrent qu’Aïcha devait être née en 613 CE, trois ans après le début de révélation (610 CE).
Tabari déclare aussi qu’Aïcha est née dans l’ère pré islamique (Jahiliya). Si elle est née avant 610 CE, elle aurait eu au moins 14 ans quand elle avait commencé à vivre avec le prophète (*). Essentiellement, Tabari se contredit lui même.
Conclusion n° 2 : Al-Tabari est incertain concernant l’âge de mariage d’Aïcha.
PREUVE n* 3 : l’Âge de Aïcha par rapport à l’Âge de Fatima
Selon Ibn Hajar, Fatima est née au temps où que la Kaaba avait été reconstruite, à cette date le prophète (*) avait 35 ans, elle en avait cinq ans plus que Aïcha” (Al-isabah fi tamyizi’l-sahabah, Ibn Hajar Al-Asqalani, Vol. 4, p. 377, Maktabatu’l-Riyadh Al-haditha, Al-Riyadh, 1978).
Si la déclaration d’Ibn Hajar s’avère véridique, Aïcha est née quand le prophète (*) avait 40 ans. Et s’il avait épousé Aïcha quand il avait 52 ans, l’âge de Aïcha au moment de son mariage serait au moins 12 ans.
Conclusion n° 3 : Ibn Hajar, Tabari Ibn Hisham et Ibn Humbal se contredisent. Ainsi,
le mariage présumé de Aïcha à l’âge de 09 ans n’est qu’un mythe.
PREUVE n*4 : l’Âge de Aïcha par rapport à l’Âge de Asma
Selon Abdul rahman ibn abi zanna’d : “Asma avait 10 ans de plus que Aïcha (Siyar ‘la’ma’l-nubala’, Al-Zahabi, Vol. 2, p. 289, arabe, Mu’assasatu’l-risalah, le Beyrouth, 1992).
Selon Ibn Kathir : “Elle [Asma] est l’aînée de sa soeur [Aïcha] de 10 ans” (Al-Bidayah, wa’l-nihayah Ibn Kathir, Vol. 8, p. 371, Dar Al-fikr Al-` arabi, Al-jizah, 1933).
Selon Ibn Kathir : “Elle [Asma] a vu le décès de son fils pendant cette année [73 OH], comme nous l’avons déjà mentionné et cinq jours plus tard, elle-même était décédée.
Selon d’autres récits, elle n’est pas décédée après cinq jours, mais 10 ou 20, ou quelques jours plus tard. Le récit le plus connu est celui de 100 jours plus tard. Du moment de son décès, où elle avait 100 ans.” (Al-Bidayah wa’l-nihayah , Ibn Kathir, Vol. 8, p. 372, Dar Al-fikr Al-` arabi, Al-jizah, 1933)
Selon Ibn Hajar Al-Asqalani : “Elle [Asma] a vécu 100 ans et est décédée en 73 ou 74 OH.” (Taqribu’l-tehzib, Ibn Hajar Al-Asqalani, p. 654, arabe, Bab fi’l-nisa ’, harfu’l al-alif ).
Selon presque tous les historiens, Asma, la soeur aînée de Aïcha avait 10 ans plus qu’elle.
Si Asma avait 100 ans en 73 OH, elle devait avoir 27 ou 28 ans au moment de la Hijrah.
Si Asma avait 27 ans ou 28 ans au moment de la Hijrah, Aïcha, elle devait avoir 17 ou 18 ans, donc elle a commencé à cohabiter avec le prophète (*) entre 19 à 20 ans.
Conclusion n° 4 :
Basé sur Hajar, Ibn Katir et Abda’l-Rahman ibn abi zanna’d, l’âge de Aïcha au temps où elle a commencé à vivre avec le prophète (*) serait 19 ou 20 ans.
• Dans la Preuve n* 3, Ibn Hajar suggère qu’Aïcha avait 12 ans et dans la Preuve n*4 : 17 ou 18 ans. Quel est l’âge exact de mariage de Aïcha, douze ou dix-huit ?
• Ibn Hajar est une source incertaine sur l’âge de Aïcha.
PREUVE n*5 : la Bataille de Uhud
Un récit mentionne la participation d’Aïcha dans la Bataille d’Uhud dans El Boukhari
( Kitabu’l-jihad wa’l-siyar, Bab Ghazwi’l-nisa ’ wa qitalihinna ma ` a’lrijal) :
“Anas annonce que le jour d’Uhud, les gens ne pouvaient pas supporter leur présence autour du prophète (*). [Ce jour-là], j’ai vu Aïcha et Oumm-i-Soulaim,
Elles avaient tiré leurs robes en haut de leurs pieds [pour éviter n'importe quelle entrave dans leur mouvement].” De nouveau, cela indique qu’Aïcha était présent dans la Bataille d’Uhud
Il est relaté dans Boukhari (Kitabu’l-maghazi, Bab Ghazwati’l-khandaq wa hiya’l-ahza’b) : “Ibn ` Umar déclare que le prophète (*) n’a pas permis à Aïcha de participer à Uhud, comme à ce moment-là, elle n’avait que 14 ans. Mais le jour de la bataille de Khandaq, quand elle avait eu 15 ans, le prophète (*) lui avait permis d’y participer.”
En se basant sur ces récits on conclure que :
(a) les enfants au-dessous de 15 ans ont été envoyés en arrière et n’ont pas le droit de participer à la Bataille d’Uhud et
(b) Aïcha avait participé à la Bataille de Uhud
Conclusion n° 5 : la participation d’Aïcha dans la bataille de Uhud indique clairement qu’elle n’avait pas neuf ans, mais au moins 15 ans. Après tout, les femmes ont eu l’habitude d’accompagner Les hommes aux champs de bataille pour les aider et non pas pour être un fardeau.
PREUVE n*6 : Sourate Al-Qamar (la Lune)
Selon la tradition généralement admise, Aïcha est née environ 7-8 ans avant El Hijrah.
Mais selon un autre récit dans Boukhari, on annonce que Aïcha avait dit : “j’étais une jeune fille (jariyah en arabe)” quand Sourate Al-Qamar avait été révélée (Sahih Boukhari, kitabu’l-tafsir, Bab Qaulihi Bal Al-sa ` atu la Caillette ` iduhum wa’l-sa ` atu adha ’ wa amarr).
La sourate 54 du Saint Coran avait été révélée huit ans avant la Hijrah, indiquant qu’elle avait été révélée l’an 614 CE.
Si Aïcha s’est mariée avec le prophète (*) à l’âge de neuf ans en 623 CE ou 624 CE, elle aurait été un enfant en bas âge (sibyah en arabe) tandis que Sourate Al-Qamar (la Lune) a été révélée. selon la tradition suscité quand Aïcha était en réalité une jeune fille (jariyah)
Jariyah signifie que la jeune était adolescente. Ainsi, Aïcha, étant une jariyah non pas une sibyah (enfant ), et doit être âgée quelque part entre 6-13 ans au moment de la révélation d’Al-Qamar et doit donc avoir 14-21 ans au temps où elle a épousé le prophète (*).
Conclusion n° 6 : Cette tradition aussi contredit le mariage d’Aïcha à l’âge de neuf ans.
PREUVE n*7 : Terminologie arabe
Selon un récit annoncé par Ahmad ibn Hanbal : après que la mort de la première femme Khadijah du prophète (*), quand Khaulah est venu au prophète (*) lui conseillant de se marier de nouveau, le prophète (*) lui avait demandé quant aux choix qu’elle a entendus. Khaulah avait dit : “Vous pouvez épouser une vierge (bikr) ou une femme que l’on a déjà épousé (thayyib)”. Quand le prophète (*) avait demandé l’identité du bikr , Khaulah avait mentionné le nom d’Aïcha.
Ceux qui connaissent la subtilité de la langue arabe, peuvent concevoir que le mot bikr n’est pas utilisé pour une fille immature de neuf ans. Le mot correct correspond plutôt à une jeune adolescente, comme cela a été exposé plus haut, est jariyah. Bikr d’autre part, est utilisé pour désigner une dame célibataire sans expérience conjugale avant le mariage « vierge »
Donc, évidemment une fille de neuf ans n’est pas « une femme » (bikr) (Musnad Ahmad ibn Hanbal, Vol. 6, p. .210, arabe, Dar Ihya Al-turath Al-` arabi, Beyrouth).
Conclusion n° 7 : littéralement le mot bikr signifie (vierge), dans le susdit hadith est “la femme adulte sans expérience conjugale.” Donc, Aïcha était au moins adolescente au moment de son mariage (16-20 ans).
PREUVE n*8. Le Texte Coranique
Tous les Musulmans reconnaissent que le Coran est le livre véridique par excellence. Ainsi, nous devons chercher la vérité dans le Coran pour lever la confusion créée par les hommes au sujet de l’âge de mariage de Aïcha.
Le Coran permet-il le mariage d’un enfant immature de neuf ans !!!?
Il n’y a aucun verset qui permet explicitement un tel mariage. Cependant Il y a un verset, qui guide les Musulmans dans leur devoir d’élever un enfant resté orphelin. Les conseils du Coran sur ce sujet sont aussi valables pour nos propres enfants.
Les versets 5-6 de la sourate 4 « les femmes » :
« Et ne confiez pas aux mineurs les biens dont Allâh a fait votre subsistance
(La propriété de l’orphelin), Mais prélevez-en, pour eux, nourriture et vêtements ; et parlez-leur convenablement »
« Et tester la capacité des orphelins jusqu’à ce qu’ils atteignent l’aptitude au mariage ; et si vous ressentez en eux une bonne conduite, remettez-leur leurs biens. Ne les utilisez pas (dans votre intérêt) avec gaspillage et dissipation, avant qu’ils ne grandissent. Quiconque est aisé devrait s’abstenir de se payer lui-même de cet héritage qui lui est confié. S’il est pauvre, alors qu’il y puise une quantité convenable, à titre de rémunération de tuteur.) est aisé, qu’il s’abstienne d’en prendre lui-même. S’il est pauvre, alors qu’il en utilise raisonnablement : et lorsque vous leur remettez leurs biens, prenez des témoins à leur encontre. Mais Allâh suffit pour observer et compter ».
Pour les orphelins, on doit désigner un parent Musulman pour s’occuper d’eux “jusqu’à l’âge de maturité » Ici le verset Coranique exige la preuve méticuleuse de leur maturité intellectuelle et physique par des moyens objectifs d’essai avant l’âge de mariage pour leur confier leurs propriétés.
A la lumière des versets suscités, aucun Musulman responsable ne remettrait la gestion financière à un enfant de sept ans – ou à une fille de neuf ans. Si nous ne pouvons pas faire confiance en une personne de sept ans pour gérer des questions financières, il le sera d’avantage pour un mariage.
Ahmad Ibn Hambal (Musnad, vol.6, p. 33 et 99) déclare que Aïcha à l’âge de neuf ans a été plus attirée par le jeu que par les tâches d’une femme responsable. Il est difficile de croire, donc, qu’Abou Bakr, un grand partisan parmi les Musulmans, fiancerait sa fille immature de sept ans au prophète (*) de 50 ans. Il est également plus difficile d’imaginer est que le prophète (*) accepte une telle proposition.
Conclusion n° 8 : Abou Bakr était un homme plus judicieux que n’importe qui d’entre nous. Ainsi, il aurait certainement jugé que sa fille Aïcha n’a pas été instruite d’une manière satisfaisante comme l’exige le Coran explicitement, donc ni le prophète (*) ni Abou Bakr ne pouvaient transgresser les clauses dictées dans le Coran.
PREUVE n*9 : Consentement au Mariage.
La femme doit donner son consentement pour rendre un mariage licite (Mishakat al Masabiah, la traduction par James Robson, Vol1, p. 665).
Il est inconcevable qu’un homme aussi intelligent qu’Abou Bakr, prendrait au sérieux la permission d’une fille immature de sept ans pour épouser un homme de 50 ans.
De même le prophète (*) n’aurait pas accepté la permission donnée par une fille qui, selon le hadith de Mouslim, a pris ses jouets avec elle quand elle est allée chez le prophète (*).
Conclusion n° 9 : Le prophète (*) n’a pas épousé Aïcha à l’âge de neuf ans parce qu’il aurait transgressé la clause légale exigé par le Coran et ceci n’est pas concevable à son égard.
Conclusion
Il n’était ni une tradition ni une habitude chez les arabes du septième siècle, de donner leurs filles au mariage à un âge aussi jeune que sept ou neuf ans, et notre prophète (*) n’a pas fait l’exception pour épouser Aïcha à un si jeune âge.
Le peuple de l’Arabie n’a jamais fait l’objet d’un mariage de la façon dont il a été relaté par les rapporteurs de Hadith (Mohadithines) qui se contredisent visiblement sur un même sujet.
Évidemment, le récit du mariage de Aïcha à neuf ans rapporté premièrement par Hisham ibn ` Urwah ne peut être pris au sérieux quand beaucoup d’autres récits le contredisent.
De plus, il n’y a absolument aucune raison d’accepter le récit de Hisham ibn ` Urwah quand d’autres savants, y compris Malik ibn Anas, considèrent que ses récits comme incertains et non fiables après son immigration en Irak où il a été sujet à des problème de . Les citations de Tabari, Boukhari et le Mouslim montrent qu’ils se contredisent quant à l’âge d’Aïcha. En outre, beaucoup de ces savants se contredisent dans leurs propres rapports.
Donc, il n’y a absolument aucune raison de croire aux récits sur l’âge de Aïcha quand il y a de très bonnes raisons pour les rejeter.
ملعأ للها و
Juillet 2008, Dr Ahmed Amine
Contact : ahmedamine@voila.fr

question d’identité religieuse egypte

القاهرة- مصطفى سليمان

حسم الدكتور علي جمعة مفتى الديار المصرية قضية المسيحيين الذين ارتدوا عن الاسلام وعادوا الى المسيحية، وذلك عبر فتوى أصدرها تقول بأن ارتدادهم مسألة فقهية وليست قانونية.

وكانت هذه القضية أثارت جدلا واسعا خلال الأسابيع الماضية فى الاوساط القبطية المصرية، وذلك على خلفية الدعوى القضائية التى أقامها نحو 400 مسيحى مصري فى محكمة القضاء الادارى ضد قرار وزير الداخلية المصري عدم اثبات هوياتهم الدينية المسيحية فى البطاقات الشخصية، وحكمت المحكمة بعدم جواز استخراج البطاقات واعتبرتهم مرتدين عن الاسلام .

وقالت فتوى الدكتور جمعة، التى حصلت العربية.نت على نصّها، إن « هؤلاء المسيحيون وان كانوا مرتدين عن الاسلام من الناحية الفقهية الا أن الحقوق المدنية المترتبة على ارتدادهم عن دين الاسلام تجاه الدولة والهيئة الاجتماعية … امر يرجع الى جهة الادارة بحساب المنافع والمضار، ومدى موافقة هذا التصرف للدستور والقوانين المعمول بها ومدى تأثيره على الامن الاجتماعى والسلامة القومية وكل ذالك يتعلق بالحياة المدنية التى تعد الادارة مسئولة عنها بغض النظر عن الحكم الدينى فى المسألة ».

وقد استندت المبادرة المصرية للحقوق الشخصية على هذه الفتوى فى بيان لها صدر مؤخرا، وأعربت فيه عن أسفها بشأن الحكم الصادر من محكمة القضاء الاداري بعدم الاعتراف بحق المواطنين فى العودة الى المسيحية بعد تحولهم الى الاسلام. ووصفت المبادرة، وهي منظمة حقوقية تختص بالحقوق الشخصية، الحكم الصادر بانه تراجع جديد عن موقف مجلس الدولة من الحماية الدستورية والقانونية للحق فى حرية الدين والمعتقد.
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الأزهر ينتقد الفتوى

من جهة اخرى انتقد الدكتور مصطفى الشكعة عضو مجمع البحوث الاسلامية « هيئة كبار العلماء بالأزهر « ، فتوى الدكتور علي جمعة.

وقال للعربية نت: ان الحكم الفقهي فى هذه المسألة مترتب عليه أحكام القانون المدني ولا يصح التفرقة بينهما حسب ما أفتى به الدكتور على جمعة مع تقديرى الشخصي له ولعلمه فهذا التفريق يتناقض مع الدستور الذى يعتبر وفق المادة الثانية منه ان الشريعة الاسلامية هى المصدر الرئيسى للتشريع وأحكامها تنطبق على كل مسلم سواء بالنسب الى أبيه المسلم أو كان مسيحيا واعتنق الاسلام بعد ذلك عن رضا وقناعة.

وأضاف « في حالتنا هذه نحن امام مسيحيين اعتنقوا الاسلام بلا اكراه واصبحوا مسلمين وبالتالي تطبق عليهم أحكام الاسلام، ومن ضمن هذه الأحكام حكم الردة والذى ورد فيه حديث صحيح.

وحول ما اذا كان هذا الحكم يعتبر اكراها للمسيحيين على اعتناق الاسلام، يقول الدكتور مصطفى الشكعة :بالطبع الاسلام لا يكره أحدا على الدخول فيه ولكن هناك فهم خاطئ لفهم آية (لا اكراه فى الدين قد تبين الرشد من الغى) وآية (من شاء فليؤمن ومن شاء فليكفر ) فالمقصود بالاكراه هنا هو الاكراه من البداية اى ان الشخص يكون على ديانة ما ثم يجبر تحت تهديد او وعيد او اغراء ما على الدخول فى الاسلام كما أن هذه الآية جاءت ردا على من يزعمون ان الاسلام قد انتشر بالسيف أو عن طريق الحروب لأن الله يعلم وعلمه أزلىي أن هناك من سيقول بهذه الفرية ضد الاسلام.

وتابع : »أما اذا دخل الانسان فى الاسلام برغبته وخرج منه بعد ذالك، فهو يعتبر مفسدا في الارض وأن نيته لم تكن خالصة للاسلام وانه يبتغي من هذا الدخول فى الاسلام ثم العودة الى ما كان عليه قبل الدخول هو الطعن فى الدين وتفريق الجماعة الاسلامية لذلك كانت حكمة التشريع من حكم الردة ، ولهذا الحكم أحكام مترتبة عليه اختلف العلماء حولها فهناك من يأخذ بلفظ الحديث صراحة من ارتد عن دينه يقتل وهناك من يقول أنه يستتاب لمدة ثلاثة ايام يوضح له خلالها تعاليم الاسلام فان عاد لا يطبق عليه الحد وان استمر على ارتداده يقتل وهناك رأى ثالث أن هذا المرتد يستتاب لمدى الحياة ولكن هذا الرأى مازال محل بحث فى مجمع البحوث الاسلامية « .
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مجمع البحوث يرفض

من جهة اخرى كشفت مصادر بمجمع البحوث الاسلامية عن رفض الدكتور محمد سيد طنطاوى مناقشة هذا الرأي فى جلسة المجمع الاخيرة قطعا لاثارة الجدل مرة اخرى حول قضية الردة خاصة بعد ما أثير فيها من جدل.

وقال حسام بهجت مدير المبادرة المصرية للحقوق الشخصية تعليقا على الحم القضائى الأخير « من المؤسف أن المحكمة قررت من تلقاء نفسها أن « تغيير المواطن لمعتقداته الديينية يعد تلاعبا بالاسلام وهو توصيف أخلاقى أكثر من كونه قانونيا ».

وتابع « إن الحكم يشكل تغيرا فى موقف المحكمة ذاتها والتى أصدرت ما لا يقل عن 22 حكما معاكسا فى الفترة من أبريل 2004 وحتى تقاعد الرئيس السابق للمحكمة المستشار فاروق عبد القادر فى سبتمبر 2006، جاء فيها جميعا أن تعسف جهة الادارة فى اثبات عودة المواطنين الى المسيحية يعد تدخلا لا مبرر له من جانبها ويشكل اجبارا للمدعين على اختيار عقيدة ودين معين وهو ليس راغبا فيه

 

 

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