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mosquée Ketchawa

 

Djamaa Ketchawa à Alger(Keçawa)=Keçi Ova Camisi

voici la très belle mosquée « Ketchawa ». elle fut batie en 1794 par le Dey Baba Hassan( Baba Hasan Dayi), Dey d’Alger à l’époque. en 1845, elle fut transformée en cathédrale « Saint Philippe » par la colonisation française. 4000 musulmans algériens furent tués par les troupes d’occupation française, alors qu’ils esssayaient de la défendre!
avant l’invasion française, il y avait 176 mosquées à Alger. les français n’ont en laissé qu’une dizaine. les autres ont été sauvagement démolies par l’armée d’invasion française!

la Jeanne d’Arc du Djurdjura

 

Fadma N'soumer la grande!

Lala Fadhma N’Summer est une femme algérienne originaire de la Kabylie, héroïne de la résistance à l’occupation de la Haute Kabylie par les armées du Maréchal Randon, au cours des années 1850 à 1857.
Lalla Fadhma N Soumer est originaire du village d’Ouerja.
La Kabylie fut conquise, non sans violents combats, comme les autres régions d’Algérie. Mais l’insurrection, menée par Lalla Fadhma N Soumer, reste une des plus importante grâce à cette noble et brave combattante. Les Français l’ont surnommée « la Jeanne d’Arc du Djurdjura », une comparaison que la pieuse Fatma n’a pas acceptée. Armée d’une foi infaillible, elle s’est jetée dans les batailles sanglantes pour repousser l’ennemi!

Dans le Coran il n’y a aucune trace d’incitation à la lapidation


Mahmoud Azab : « Dans le Coran, il n’y a aucune trace d’incitation à la lapidation. »

« Qu’est ce que l’adultère selon l’Islam ?

Mahmoud Azab : C’est une relation sexuelle, hors
mariage, entre un homme et une femme ou entre deux hommes ou entre deux
femmes. Le but fondamental des religions sémites monothéistes, est de
protéger la vie et de lui offrir un cadre organisé comme celui d’une
cellule familiale.

Or un adultère
entre un homme et une femme non mariés peut conduire à la procréation.
Le nouveau né risque ainsi de se retrouver sans structure familiale
pour l’accueillir. La relation sexuelle entre deux hommes ou entre deux
femmes place le plaisir devant la possibilité de donner la vie. Cette
relation est donc réprouvée par l’Islam qui, comme le christianisme ou
le judaïsme privilégie la procréation et la famille, c’est à dire la
continuité du genre humain.

Comment prouver l’adultère selon les règles de l’Islam ?

MA : La preuve de l’adultère est très difficile à
établir : Le texte du Coran (Sourate 4 « Les Femmes », Verset 15) dit :
« appelez quatre témoins que vous choisirez contre celles de vos femmes
qui ont commis une action infâme. S’il témoignent ; enfermez les
coupables, jusqu’à leur mort, dans des maisons, à moins que Dieu ne
leur offre un moyen de salut ». C’est la première Sourate qui parle de
punition à l’encontre des femmes en cas d’adultère caractérisé.

Le
Coran exige donc quatre témoins dont le témoignage concorde. Et si la
règle posée par le texte sacré reste générale, les juristes l’affinent
: Le texte par exemple n’indique pas comment seront entendus les quatre
témoins ni ce que doit comporter leur témoignage.

Les
quatre principales doctrines juridiques de l’Islam sunnite donnent à ce
titre des détails extraordinaires. Ces écoles doctrinales nous
apprennent qu’il faut qu’un fil passé entre les corps des protagonistes
au moment de l’adultère présumé, rencontre un obstacle pour que
l’adultère soit matérialisé. Les quatre témoins doivent donc voir le
fil bloqué par un obstacle ! Ils doivent être entendus séparément !

Cela veut-il dire que la preuve de l’adultère est tellement difficile qu’elle en devient impossible ?

MA : Cela veut dire qu’il n’est pas suffisant de
trouver un homme et une femme nus dans un lit pour conclure à
l’adultère. En ce qui concerne le témoignage, le Coran est aussi très
exigeant : si l’un des quatre témoins venait à contredire les trois
autres ou émettait un doute sur la réalité de l’adultère, alors il
convient d’inculper les trois autres témoins pour « faux témoignage ».

Les
trois témoins qui disent la même chose, s’exposent à quatre-vingts
coups de fouet si un seul sur les quatre mettait en doute leur
témoignage ! De la même manière, celui ou celle qui accuse son époux ou
son épouse d’adultère sans pouvoir faire témoigner quatre personnes
s’expose à la même sentence (Sourate 24 « La Lumière », Verset 2).

Il
faut savoir que l’une des règles essentielles de la pratique juridique
dans l’Islam est celle de la présomption d’innocence. Il ne faut jamais
appliquer la sentence lorsqu’il y a un doute nous disent les juristes
les plus rigoristes de l’Islam. Ils nous disent également qu’il est
préférable de libérer un coupable que de condamner un innocent. Enfin,
dès les origines, l’Islam insiste sur le fait qu’il ne faut juger que
les femmes et les hommes qui peuvent être reconnus responsables de
leurs actes, donc écarter les déments et les mineurs.

Que peut-on déduire de tout cela ?

MA : Que la preuve de l’adultère est difficile sinon presque impossible à faire ! »

Que dit vraiment le Coran ? le docteur Abou Nahla Al’Ajamî

« Que dit vraiment le Coran » paru aux éditions Srbs est sans conteste le livre évènement de cette rentrée. Nous avons interrogé son auteur le docteur Abou Nahla Al’Ajamî théologien, de formation scientifique, spécialiste en sciences coraniques. « Que dit vraiment le Coran » un livre indispensable pour tous ceux qui souhaitent connaître la véritable position du Coran sur le voile, le djihad, la laïcité, la polygamie, la démocratie, les attentats terroristes etc…

Votre livre s’adresse à tous ceux qui veulent savoir ce que dit le Coran sur plus d’une quinzaine de sujets d’actualité comme notamment le voile, le djihad, la laïcité, la démocratie etc… En tant que croyant, peut-on s’exprimer au nom du Coran en toute neutralité ?

Je dirais, plus exactement, que trente des quarante questions envisagées en « Que dit vraiment le Coran » sont relatives à des points régulièrement traités ou « mal-traités » dans les médias. Conséquemment, ils ont été réactivés au sein du débat musulman ; il en est ainsi de la charia, du terrorisme, de la mixité, du mariage, mais aussi de la violence faite aux femmes, des peines corporelles, du statut exact des autres religions,etc.

Effectivement, en introduction je revendique en tant que croyant la neutralité de ma démarche. Le terme « neutralité » aurait pu paraître choquant s’il avait signifié : « Ne pas avoir d’opinion sur ce que dit le Coran », être indifférent, détaché, désintéressé. Tel n’est pas le cas naturellement, il s’agissait d’indiquer précisément l’esprit de la méthode ayant présidé à cet ouvrage.

Ceci dit, le croyant serait-il condamné à la subjectivité ? Devrait-il accrocher son intellect aux portemanteaux de la mosquée ? La raison s’opposerait-elle à la foi, et la foi serait-elle un obstacle à la raison ? L’argument de foi l’emporterait-il sur l’argument de raison ? Nous ne le pensons pas. Le musulman est adepte d’une voie d’équilibre, il se doit de vivre sa relation à Dieu et au monde en un perpétuel échange constructif entre ces deux pôles majeurs de sa personnalité, de son être. Le Coran n’a de cesse de le lui rappeler, ex : S3.V190-191.[i]

D’autre part, on peut affirmer que la neutralité du croyant est le respect dû au texte même du Coran. En tant que croyant m’est-il demandé de sombrer dans l’irrationnel ou le mythologique ? Le Coran au contraire appelle à la réflexion et à l’analyse, à la compréhension et à la préhension intellectuelle. Mentionnons par exemple : S4.V82, S38.V29, S47.V24.[ii] En ces versets Dieu invite les croyants à examiner, réfléchir et méditer le Coran et ce, en totale intelligence et rationalité.

Nous l’avons évoqué, la neutralité du chercheur est méthodologique. Nous avons refusé de compiler les avis de nos prédécesseurs ou contemporains afin de n’examiner le Coran qu’à la lumière de son contenu, le Coran par lui même. Il s’agit donc de fournir une lecture objective, dépassionnée et littérale. J’insiste sur la littéralité comme vecteur principal de sens. A cette fin, il était nécessaire de reposer la totalité du questionnement rationnellement ce qui, dans la perspective de tout musulman, implique de retourner à la source et d’examiner ce que le Coran dit réellement, textuellement. La neutralité est ici objectivité et analyse critique.

La neutralité s’imposait d’autant plus que le débat, interne ou externe, est mené en mode affectif, émotionnel, mais passion et raison ne vont que rarement de pair. Ainsi, après avoir recensé thématiquement les versets, je propose une lecture directe du sens immédiat et apparent. En effet, la convergence de sens présentée alors par les versets ainsi assemblés permet instantanément et en première lecture de déterminer la signification coranique, littéralité donc.

Autre nécessité de neutralité : cet ouvrage est aussi destiné au non musulmans et, sans sombrer dans l’apologie ou le simplisme, il convenait d’adopter une présentation la plus neutre et apaisée possible. En ce sens il rompt avec le positionnement idéologique qui caractérise notre époque. Loin de vouloir alimenter la polémique, de jeter de l’huile sur le feu de l’un ou l’autre camp, nous avons souhaité ouvrir le dialogue. Non pas en vendant le Coran à vil prix ou, à l’inverse, en versant dans la publicité gratuite, mais en fournissant un bagage clair et accessible uniquement argumenté par le Coran. La vérité est neutralité car, tout comme le Coran, elle n’a d’autre camp que le sien propre.

Néanmoins, le résultat de cette démarche n’est pas neutre. Il m’engage en tant que croyant et engage le croyant. Je veux dire par là que les résultats de cette recherche pourront surprendre le lecteur musulman qui sera parfois confronté à une nouvelle donne. Le Coran n’a pas à être conforme à nos habitudes, nos croyances, nos acquis superficiels, nos raccourcis faciles, mais il a pour fonction et mission de nous interpeller. A nous, foi et raison, de tendre vers la voie qu’il indique.

Vous appelez les musulmans à se ressourcer par le Coran en redécouvrant les définitions fondamentales de leur texte sacré « ensevelies sous la poussière des siècles et des traditions ».

Il ne s’agit pas de rejeter globalement notre héritage ni de critiquer les efforts de nos prédécesseurs, mais de déterminer précisément la nature du lien que les musulmans actuels peuvent ou doivent avoir avec le Coran.

Le Coran est la référence majeure et incontournable de tout musulman. Par définition, pour remplir cette mission le texte coranique est nécessairement intangible et permanent, mais le rapport au Texte varie selon le temps. Qu’il n’y ait pas méprise, je ne vise pas ici l’opposition entre exégèse classique et exégèse moderne, ce distinguo nous le verrons n’a pas de fondement. Mais, afin de bien entendre ce que signifie exactement cet appel, l’on se doit d’établir la constatation suivante : la relation au Coran suit schématiquement une genèse à quatre temps.

  • La première génération eut un rapport particulier avec la Révélation, un vécu quasi instantané. Le sens, pour eux, n’était ni passé ni à venir mais pleinement présent. La langue était leur, les événements mentionnés constituaient leur propre vécu, les comportements stigmatisés leur étaient personnels, les recommandations morales touchaient directement leur tissu social, etc…le message coranique était donc direct. Le Coran surgissait en leur réalité intime et de ce fait ne se posait pas pour eux la question de la marche à suivre. Conséquemment, prétendre que les compagnons firent l’interprétation de la totalité du Coran est un non sens et une affirmation idéologique sans preuve[iii].
  • Les suivants eurent une relation à la Révélation différente. Le Texte sacré leur était déjà antérieur. S’imposa alors à partir des IIème et IIIème siècles de l’Hégire l’exigence d’une exégèse, c’est-à-dire la nécessité de donner sens aux versets par des développements intellectualisants et non plus par l’immédiateté. Le processus fut progressif, et de ce fait l’interprétation du Coran a une histoire. Elle suit l’évolution culturelle des musulmans, leurs progrès intellectuels, les controverses judéo-chrétiennes, les apports de la logique d’Aristote, l’âpre débat de la scolastique (le Kalâm), les développements du Droit musulman (le Fiqh), les prises de position théologiques de divers califes, etc.

    L’essentiel à comprendre est que l’interprétation du Coran n’est pas de nature révélée, il n’y a pas en Islam de continuum entre la Révélation et les hommes par l’intermédiaire de l’Esprit Saint ! Tout effort de compréhension est ijtihâd et tout jihâd connaît victoires ou défaites. Ainsi notre passé nous a-t-il légué une pluralité d’interprétations dont la validité est relative. Ceci signifie que toute proposition d’interprétation doit être réexaminée et non acceptée par un a priori béat. Encore une fois, non un acte de foi mais un acte de raison.

  • Nous ne pouvons ici qu’évoquer la période de sclérose qui fit suite à l’expansion intellectuelle du monde musulman. Toujours est-il que le débat cessât faute de combattants, l’on ferma point les portes de l’ijtihâd mais nul plus jamais ne les emprunta. Concurremment, l’on se contenta de reproduire ou commenter les écrits de la période précédente. Conséquence attendue de ce conservatisme stérile, une nette tendance à sacraliser les textes des anciens exégètes. Au point qu’aujourd’hui encore, lorsque question est posée par rapport au sens d’un verset coranique on répond : « Considérons ce que les prédécesseurs en ont dit«  !
  • Au temps présent, une telle attitude est inacceptable à double titre. D’une part, n’est de sacré que le Coran. D’autre part, un tel conformisme anti-intellectuel est la pire des méthodologies ou, en réalité, les stigmates d’une absence de méthode de lecture du Coran actuelle et adéquate. Serions-nous devenus aveugles ou analphabètes ? Les évolutions du monde actuel, les connaissances multiples, les acquis scientifiques et méthodologiques auraient-ils comme seule conséquence de rendre les musulmans déficients ? La force des uns serait-elle le poison de notre faiblesse ? Il faut cesser de s’imposer par piétisme de ne pas être, c’est-à-dire de ne pas penser notre Livre.

Quoiqu’il en soit des poussières d’antan que nous venons d’évoquer, le point commun entre toutes les lectures, passées et à venir, est ce que nous avons nommé les « définitions fondamentales ». C’est-à-dire les axes constants, le sens premier du Coran. Chaque verset est un signe vecteur, il traduit une information essentielle et claire. Cette dernière est aisément et directement extractible du texte. Elle est une constante indéniable et probante, il n’est donc pas obligatoirement nécessaire, ni toujours judicieux, d’y superposer des données traditionnelles n’exprimant qu’une vision d’un monde ancien.

De ce fait, nous n’appelons pas de même à une nouvelle interprétation car cela sous-entendrait qu’il faille actualiser le Texte par la surimpression de données modernes. Pour nous il s’agit du même biais méthodologique, lequel aura comme conséquences irrémédiables de dévier pareillement les dites définitions fondamentales de leur sens plénier.

Notre lecture est littérale, répétons le, elle ne s’écarte pas du texte pour épouser un consensus ou une idéologie, elle se limite à revenir à l’origine, au sens premier, un ta’wîl[iv] étymologiquement parlant. Le Coran est vivant sous nos yeux il suffit de le lire sans aucun préjugé ou « pré-pensé » pour s’y ressourcer, pour que son sens immédiat surgisse en nous. Ce temps de lecture est fortement positif, il est obligatoirement en harmonie avec le lecteur tout comme il avait été -toute proportion gardée mais le phénomène est de même nature- pour la première génération. C’est cet équilibre entre l’être, le lecteur présent, et la compréhension du Coran que nous nommons réactualisation. Le Coran redevient ainsi porteur de sens actuels

Le Coran est-il un code juridique ou se situe-t-il avant tout dans une perspective éthique ?

Je pense que vous faites allusion en partie à ce que d’aucuns prétendent en réclamant une réactualisation. En Occident la morale est déprécie, ce terme étant par trop chargé de connotations religieuses, le ton est ainsi à l’éthique. Certains, néo-penseurs, opposent ainsi au juridique, improprement nommé Charia, une vision purement spéculative, un passe-partout éthiquement correct. D’autres, néo-conservateurs, procèdent à l’inverse et revendiquent cette même « Charia » comme seule voie morale.

L’essentiel de nos positionnements fonctionne par clivage, et cela est fort préjudiciable. Nous avons progressivement procédé à une conceptualisation selon un système binaire réducteur construisant des couples positif-négatif. L’histoire entière de notre théologie, et par conséquent de notre exégèse, est ainsi constitué : vrai-faux, croyant-incroyant, bien-mal, halâl-harâm, alliés-ennemis, etc. Le Coran serait-il lui aussi biparti ou bien constitua-t-il un tout homogène ? La réponse est claire mais la démonstration entraînerait de longs développements puisque des dizaines de versets sont relatifs à la nature de la Révélation. Il nous suffira de lire le suivant : « Nous t’avons révélé l’Ecrit porteur de la Vérité à destination des hommes. Qui en tire guidée le fera à son profit et qui s’en égarera le fera contre lui-même…tu n’es pas responsable d’eux » S39.V41.

La Vérité est un concept global, une représentation de la « Parole de Dieu » dont l’unique but est de fournir des repères manifestes à l’homme en quête de sens. Conséquemment, l’objectif premier du Coran réside en l’explication de cette Guidance, de ce point de vue l’on peut parler de contenu éthique. Le terme est insuffisant, nous l’avons dit, car en réalité le domaine de la Guidance est plus ample ; il inclut la foi en ses définitions, le culte et ses pratiques, les relations entre les êtres humains, le sens philosophique, la lecture de notre réalité… L’on pourrait ici objecter que le Droit musulman, le fiqh, fait partie intégrante de la Guidance coranique.

C’est exact, mais impose quelques précisions. Le Droit, ou ce que nous considérons comme tel, recouvre moins d’une centaine de versets, bien peu pour constituer un système législatif complet. Dans la question consacrée à la Charia et la loi révélée nous montrons que le message coranique de base a été extrapolé à l’extrême afin de « pré-texter » la création d’un corpus de Droit positif afin de répondre aux besoins de la communauté musulmane au fur et à mesure de son évolution. A bien considérer ces versets l’on se rend compte, en lecture directe et non à travers le prisme des lectures juridiques ou politiques, qu’il ne s’agit pas pour le Coran de formuler un traité de Loi mais, bel et bien, de donner un minimum essentiel de droits aux opprimés de cette génération, les femmes, les orphelins, les esclaves, les opprimés, et la nuance est de taille. S’ajoutent à cela quelques versets édictant des sanctions et semblant réellement proche d’une codification légale mais, nous y reviendrons, ces mêmes versets sont systématiquement assortis d’une très forte régulation éthique.

Il convient donc de distinguer les droits (avec une minuscule) que le Coran donna, inaliénables, et le Droit (avec une majuscule) que les hommes constituèrent à partir de matériaux éclectiques, sujets à variations. Cependant, la prépondérance du Droit musulman a été telle qu’en la réponse même à votre question, ce sujet a pris deux fois plus d’importance que l’essentiel thème de la Guidance universelle et intemporelle du Coran !

Je rappellerais que l’éthique préside au juridique c’est-à-dire qu’il n’y a pas de loi qui ne soit pas précédée d’une prise de conscience morale. Ceci est une raison supplémentaire imposant de ne pas établir, malgré tout, d’opposition entre le versant édificateur du Coran, aspect principal, et les versets improprement qualifiés de juridiques, versant secondaire. Point de construction antagonique donc, mais une juste hiérarchisation de valeur.

Le Coran est un tout cohérent dont aucune partie n’est négociable, intrinsèquement. Le musulman se doit d’en accepter la totalité mais ceci ne vaut que pour le propos réel du Coran et non pour les commentaires discutés et discutables qui y ont été surajoutés. Ici se situe l’exacte limite tout autant que les possibilités d’adaptation de notre compréhension au message coranique.

 

Vous affirmez que l’Islam n’a eu de cesse de se « juridiciser » et que le Droit musulman (le Fiqh), élaboré sur plusieurs siècles, s’est en pratique bien souvent substitué à l’autorité du Coran et de la Sunna tout en s’en réclamant.

Un seul exemple parmi d’autres  : Le Fiqh a admis la lapidation en cas d’adultère en se référant entre autre au trop fameux verset qu’aurait seulement connu Umar dit « verset de lapidation ». Le plus impressionnant dans cette affaire, nous le montrons clairement en notre ouvrage, c’est que l’on puisse se référer à un « verset » qui n’existe pas et que Umar ne mentionne pas expressément dans le hadîth en question et ce, alors même que le Coran a abrogé cette sanction en S.24.V2. Ni la Sunna ni le Coran ne font présentement autorité alors qu’il en est fait implicitement usage.

Effectivement, à bien comprendre, l’Islam, et non le Coran, a suivi un processus de juridisation. Les besoins administratifs et califaux réclamèrent et imposèrent un développement légiférant. Bien avant que l’interprétation, le tafsîr, ne devienne une discipline indépendante, le Droit musulman, le Fiqh, était codifié en ses principes et applications et ses écoles principales déjà constituées. En une perspective civilisationnelle, cela se justifie sans difficulté mais il n’en demeure pas moins que l’interprétation du Coran n’aura jamais été en mesure de récupérer la primauté qui est sienne.

Ainsi, le Droit musulman dont l’originalité et d’être en filiation avec le Coran et la Sunna imposera-t-il sa marque exégétique sans souffrir d’une réelle concurrence. Mais, nous l’avons précisé, les matériaux juridiques que ce soit dans le Coran ou le Hadîth authentifié sont peu nombreux et largement insuffisants pour construire un Droit complet.

Il est parfaitement établi et bien connu que les droits de sauvegarde immédiate octroyés par le Coran et mis en application par le Prophète (SBSL) durent par la suite être complétés selon deux voies différentes.

-La première était déjà en vigueur du temps du Prophète (SBSL). En l’absence d’une révélation spécifique le droit coutumier prévalait. Attitude logique confirmée non pas explicitement par le Coran ou la Sunna mais par l’évidence : la Révélation ne modifia que quelques points clef de la tradition arabe ce qui validait implicitement la situation existante. Comment aurait-il pu du reste en être autrement, était-il possible d’imaginer que l’on puisse effacer la mémoire et la culture d’un peuple.

Quelques dictateurs exaltés s’y sont essayés sans succès. C’est donc naturellement et logiquement que, dès le Ier siècle, les juristes de l’Islam grandissant adoptèrent et incorporèrent au corpus du Fiqh des éléments découverts dans les provinces nouvellement conquises : Droit romain, Byzantin, Mosaïque, etc.

-La seconde est celle ayant réellement donné au Droit musulman ses lettres de noblesse et sa spécificité. L’on aura noté qu’à l’origine le lien organique entre la Loi et le Coran ou la Sunna était assez lâche et l’on doit aux mérites des fondateurs des grandes écoles juridiques d’avoir systématisé la production du droit en Islam. Filiation avons-nous dit ; si le Droit musulman se réclame du Coran et de la Sunna c’est en vertu du fait que ses principes généraux d’élaboration (’usûlu-l-fiqh) sont en référence avec le Coran ou le Hadîth.

Cependant il faut bien comprendre que ce lien est conceptuel mais non obligatoirement réel. Cette indécision laisse tout un chacun penser que le Droit musulman est une continuité de la Loi révélée, au point que pour la plupart sont confondus le Révélé, le Fiqh et la Charia. Si tel était, il n’y aurait jamais eu aucune contradiction ou opposition entre les attendus de ce Droit et les énoncés coraniques. Or, ce n’est point le cas lorsqu’on confronte certaines positions juridiques directement au Coran.

De plus, la multiplicité des divergences entre écoles démontre concrètement que le rapport avec les deux sources principales, le Coran et la Sunna, est variable selon les méthodologies, pouvant ainsi aboutir à des résultats opposés. Ceci s’explique aisément si l’on pousse un peu plus avant l’étude du problème. A la référence au Coran et à la Sunna (laquelle pose le problème d’authentification) ont été par nécessité additionnés des principes connexes.

Ces derniers sont en pratique les plus utilisés et les plus productifs, citons : le consensus (al ijmâ’), le raisonnement analogique (al qyyas), l’abrogation (an-naskh), le choix préférentiel (l’istihsân), l’intérêt général (al maslaha), l’usage coutumier (al ’urf). Observons que ces leviers essentiels de la production du Fiqh reposent sur le jugement humain et non directement sur le Coran ou la Sunna. Qui plus est, l’on peut démontrer[1] que les trois premiers n’ont aucune justification parfaitement établie dans le Coran ou la Sunna. Ils eurent cependant le mérite d’exister et d’encadrer la pensée juridique et l’élaboration du Droit ce qui permis, à défaut, de créer un Droit spécifique aux musulmans.

Ce bref survol de l’histoire du Fiqh nous aura permis de cerner les raisons essentielles de la relativité de notre système juridique. Ceci étant, et bien plus concrètement, nous avons abordé en ce travail une quinzaine de questions d’ordre « juridique » : Statuts des hommes et femmes, polygamie, répudiation et divorce, talion et peine de mort, peines corporelles, etc. Suivant notre méthode nous avons envisagé la totalité des versets relatifs à chaque point et ou les versets types complémentaires. Afin que le lecteur puisse lui même se faire un jugement personnel, nous nous sommes contentés, avec neutralité, de faire précéder chaque verset d’une brève mise en situation. Puis, dans un second temps nous présentons sans ambiguïté le point de vue classique du Fiqh sur le sujet concerné.

Comme il était prévisible, les résultats sont très souvent différents de ce que le Droit musulman a entériné par le passé, conclusions toujours validées au demeurant. Devrait-on postuler que le Coran est en contradiction avec le fiqh, ce n’est sérieusement pas envisageable ! Ce coefficient de variation est en lui-même la démonstration que le Droit a suivi des développements propres. Bien souvent, il finit par adopter des positions conformes aux mentalités ou à des besoins spécifiques mais pas obligatoirement au message premier du Coran ou de la Sunna.

En conclusion, et pour reprendre le distinguo imposé par votre question, je rappellerais que le Coran, y compris en ses versets « juridiques », est systématiquement positionné éthiquement. A l’extrême, lors de l’énoncé conditionné, j’insiste sur le conditionné, des peines corporelles, il offre immédiatement les conditions du rachat pénal et du pardon divin. Dieu par la Révélation aspire à sauver les âmes et non à affliger les corps. Ainsi la pédagogie éthico-morale divine fit massivement renoncer à l’ivrognerie du temps de la Révélation. Alors que, par la suite, les coups de fouet prévus par la Loi des hommes, et non le Coran, ne purent jamais réduire les consommateurs.

Comment situez-vous la Sunna (actes et dires du Prophète Muhammad) par rapport au Coran ?

L’originalité de « Que dit vraiment le Coran » est de fournir une réponse aux sujets traités en n’argumentant que par les versets du Coran. C’est en quelque sorte une exégèse thématique. Les versets sont exposés suivant un plan pédagogique mettant en valeur les axes de réflexions que chaque thème suppose. On obtient ainsi un point de vue strictement coranique structuré et argumenté. Nous ne faisons pas de commentaires mais procédons à de brèves mises en exergue afin que le discours coranique n’en soit que plus saillant, plus de 700 versets pour quarante questions ont été ainsi répertoriés et mentionnés.

Cette présentation directe laisse apparaître clairement le sens des versets sans aucun autre apport complémentaire[2]. Cela justifie que nous ayons affirmé, par le titre même du livre, transmettre ce que dit vraiment le Coran. L’on pourrait vouloir nous reprocher ce manque de modestie et objecter que la diversité des interprétations fournies par nos prédécesseurs nous oppose un sérieux démenti. Qui donc prétendrait détenir la vérité en la matière ? Non pas une personne physique ou intellectuelle, mais une méthode dont la particularité est de permettre au lecteur du Coran d’en percevoir un sens immédiat sans pour autant en perdre son jugement.

A bien considérer ce travail on notera que je n’y donne pas mon avis, je ne condamne pas non plus mais présente seulement le fait coranique sans aucun discours, à l’état natif. C’est donc réellement (alors synonyme de vraiment) le propos coranique qui est exposé. De nombreux lecteurs seront surpris des résultats, constatant que les versets coraniques s’opposent à leurs points de vue, ils auront alors à faire leur propre choix. Le Coran à l’origine s’adressa ainsi aux premiers hommes, musulmans et non musulmans. Chacun fut interpellé directement en âme et conscience et pris ses propres engagements, le Coran avait alors donc bien un sens évident que l’on pouvait percevoir puis accepter ou refuser à des degrés variables.

Les versets que nous présentons ne sont pas mis directement en relation les uns par rapport aux autres mais sont insérés selon une démonstration d’ordre logique. Nous avons effectivement préalablement élaboré une grille d’analyse de la question envisagée et, par la suite, recherché des informations coraniques correspondant à ce cheminement logique. Pour que le résultat ne soit pas induit par cet ordre d’exécution, nous avons bien évidemment vérifié qu’il n’y ait pas de versets en contradiction.

Au-delà de deux versets distincts concordants, il est impossible qu’un troisième vienne à infirmer les deux premiers. Ceci du fait que le Coran ne comporte pas de contradictions internes[3].

La question est donc conçue selon des normes scientifiques et non pas apologétiques, défensives, rhétoriques ou juridiques. Les résultats de cette recherche sont ainsi crédibles et au plus près d’une lecture littéraliste. Par cette approche le Coran est relu en notre contemporanéité selon une méthodologie et un propos en adéquation avec le vécu actuel de ces problématiques. L’on peut ainsi vérifier que le Coran se suffit à lui-même, ce qui pourrait être une évidence, mais fonde par ailleurs le tafsîr du Coran par le Coran. Ce mode d’interprétation est pour nous essentiel.

Qu’en est-il donc de la Sunna en exégèse ? Fondamentalement elle est justifiée par des versets tel que celui-ci « …Nous t’avons révélé le Rappel afin que tu explicites ce qui leur a été ainsi révélé, ceci afin qu’ils y réfléchissent. »S16.V44. Or, le verbe bâna traduit le plus souvent par expliciter signifie aussi déclarer, déclamer, manifester, exposer, exprimer clairement. Cette remarque permet de mieux comprendre que, contrairement aux idées reçues, nous ne disposions que de très peu de hadîths authentifiés (sahîh) relatifs à l’interprétation du Coran par le Prophète Muhammad (SBSL). A l’origine nous l’avons dit le tafsîr n’existait pas en tant que discipline indépendante et les données éparses figuraient dans les recueils de Hadîth.

Al Bukhârî, fort heureusement, s’est intéressé au sujet et a collecté plus de 450 hadîths en un seul chapitre. Mais, si on examine son contenu on constate qu’émane directement du Prophète Muhammad SBSL moins de 60 hadîths, le reste étant constitué d’avis personnel de Compagnons, notamment Ibn Abbâs. Qui plus est, dans la plupart des cas, il s’agit de prophéties, d’informations relatives à la nature ou la description de l’au-delà. Un complément eschatologique bien plus qu’une interprétation prophétique.

Conscient de cette carence on postula que le tafsîr du Prophète SBSL était l’exemple même de sa vie et, partant, il fut possible de relier plus de hadîths au Coran. Mais il ne s’agit toujours pas d’interprétation au sens vrai du terme, en voici une démonstration pratique : Ibn Kathîr excella en cette entreprise et en son important tafsîr de la Fâtiha il cite plus de 25 hadîths. Après authentification ne reste qu’une quinzaine de hadîths sahîhs. Après examen de leur contenu, seuls 2 hadîths fournissent des éléments d’interprétation. Les autres étayent seulement le propos de l’auteur mais ne sont pas à proprement parler des exégèses prophétiques.

Si l’on examine et authentifie les recueils consacrés aux « Circonstances de la Révélation », asbâbu-n-nuzûl, nous obtenons au maximum 200 propos sahîhs. Ils sont majoritairement issus de l’opinion personnelle de Compagnons et non directement d’une indication formelle du Prophète SBSL et, bien souvent, ils ne permettent pas d’établir avec certitude, selon leur formulation, le lien entre tel verset et telle circonstance de révélation. Au total, tous aspects confondus, 10% seulement du Coran peut être ainsi encadré par des informations connexes ne permettant de déterminer, le plus souvent, que des orientations d’interprétation plus que des interprétations à proprement dire. En réalité si on calcule le taux réel d’intervention directe du Prophète SBSL on obtient 1%.

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, le Hadîth n’est pas pour nous une source secondaire, il s’agit seulement d’un constat : en fonction d’une authentification réellement menée –bien trop de hadîths faibles ou apocryphes figurent dans la majorité des tafsîrs- nous ne disposons, et nous ne pouvons que le regretter, que de très peu de matériaux exploitables. Nous avons par ailleurs rapidement évoqué certaines causes expliquant fondamentalement cet état de fait mais une approche plus profonde du sujet serait ici hors sujet.

Par contre, et c’est le fait essentiel, il existe un rapport bien plus important entre l’interprétation du Coran et la Sunna : l’obligation de cohérence. Si dans la Sunna l’on peut effectivement trouver des éléments explicitant ou spécifiant certains aspects du Coran l’on ne peut concevoir que le Hadîth puissent contredire le propos coranique et encore moins l’abroger. Pareillement, s’il y a conflit de sens entre un verset explicite et un hadîth qui soit correctement authentifié il faudra remettre en cause le sens que nous donnons au dit hadîth.

En « Que dit vraiment le Coran » nous avons souhaité éclairer le Coran par le Coran, mais nous avons tenu compte de l’inférence Coran-Sunna en citant en conclusion de chaque question un hadîth sahîh en rapport direct avec le sujet ou l’esprit le caractérisant. Comme un point d’orgue attestant concrètement de la cohésion des deux corpus authentiques, le Coran et la Sunna authentifiée, et corroborant le sens global de la question envisagée. Au final, une validation de la lecture du Coran par lui même et tel qu’en lui-même.

Que pensez-vous de la distinction entre les versets mecquois qui ont une dimension religieuse et universelle et les versets médinois qui traitent de cas plus précis comme le divorce, le mariage, l’héritage …

Nous avons précédemment vu que nous devions considérer le Coran comme un tout homogène et cohérent. De ce point de vue, la distinction entre verset mecquois et médinois n’apporte pas d’informations supplémentaires. Pour le musulman postérieur à la Révélation et a fortiori pour le musulman des temps présents, cette subdivision coranique n’a pas de valeur, le message coranique est un même s’il comporte des volets thématiques différents. Que l’on puisse très grossièrement répartir en deux périodes temporelles certains cadres de pensée ne permet pas de les hiérarchiser, l’on ne peut donner par ce biais priorité à certains sujets par rapport à d’autres.

Il faut garder à l’esprit qu’à l’origine ce type de classement constitua une première tentative de classement chronologique de la Révélation. D’autres aspects furent de même considérés tel que : les versets révélés de nuit ou de jour, en voyage ou sur place, en tant de guerre ou de paix, etc.

Cependant la chronologie de révélation peut être, et doit être, bien plus affinée, elle revêt alors une importance capitale pour la compréhension du Coran. Nous en avons donné plusieurs exemples notamment lors de l’étude des délicates questions relatives au voile et à la lapidation.

La connaissance de l’ordre des révélations successives est d’une grande importance en des sujets ayant fait l’objet de prescriptions coraniques progressives. De façon générale, l’on ne peut que déplorer la perte irrémédiable de nombre de renseignements de ce type. La division mecquoise médinoise ou le numéro d’ordre de révélation des sourates n’y pallie que très grossièrement. Il est encore à regretter que très peu de recherches soient menées systématiquement en la matière Lorsque nous avons eu à traiter des questions d’ordre « juridiques » nous avons trouvé l’information adéquate plus fréquemment en des versets médinois. Pour les sujets plus dogmatiques, en des versets mecquois. Concrètement l’on ne peut rien conclure d’une telle observation que je qualifierais de statistique.

Malgré tout, force est constater un regain d’intérêt dans le discours actuel pour cette division binaire du Coran. De nombreux nouveaux penseurs ou réformateurs en font effectivement grand usage. On semble vouloir dire que l’essentiel de la communication coranique serait mecquois et représenterait le message universel et intemporel. Pour réactualiser l’Islam il faudrait donc, presque naturellement, comme un mouvement d’introversion, remonter à la source en prenant préférentiellement en compte les premières révélations. Sont ainsi confondus le nécessaire retour à l’origine, le Coran en sa formulation finale, et la réduction de la « Parole de Dieu » à une de ces fractions.

Ce serait progresser à reculons ; à l’extrême ce genre de raisonnement pourrait nous ramener au premier temps du Coran où il n’y avait aucune pratique religieuse et aucun interdit. L’on imagine le parti que pourrait, ou voudrait, en tirer les partisans d’un Islam laïcisant et non formel. Plus avant encore, on pourrait aussi selon une thématique chère à la période mecquoise s’en référer au final à la religion prototypique, dîn al qayyîm, et enjamber en une régression transhistorique la Révélation de Dieu faites aux hommes.

Pour conclure, quelle lecture du Coran un musulman vivant dans une société non musulmane doit-il avoir ?

Nous sommes à présent au-delà de la méthodologie, au lien vivant, notre relation à la Révélation. Le respect en est le cœur, et le respect naît de l’amour et de l’intelligence. Amour que le Croyant porte à Dieu et à ce qui émane de Lui vers lui. Intelligence, car la subtilité est seule à convenir à la grâce de la Parole divine.

Vous précisez : dans une société non musulmane. Pourrions-nous nous contenter d’une lecture superficielle ou surfaite du Coran dans une société musulmane ? Probablement, mais seulement par défaut, par paresse intellectuelle, selon une foi confortée par le suivisme et non par l’engagement de la raison. En un monde occidentalisé, je vous l’accorde, le rapport est inverse ; la raison doit primer. Non pas que la foi doive être reléguée aux oubliettes de notre âme, être dissimulée, ou qu’il faille n’établir qu’une relation intellectuelle ou intellectualisante au Coran et, conséquemment, à notre religion.

Je veux dire que l’intelligence du Texte doit être étudiée et assimilée afin que cet acte de raison renforce la foi. Dans un environnement rationnel, toute forme de foi est potentiellement menacée et, le plus souvent, le croyant pour préserver son intégrité recours à une disjonction nette entre foi et raison, il sépare lui-même son église de son temporel. Ce réflexe d’autodéfense est nuisible à l’équilibre de l’être et, à terme, il est fort probable qu’une foi ainsi esseulée finisse par se dessécher. Le rationnel en ce monde domine et dominera de plus en plus, le croyant doit non pas lui tourner le dos mais apprendre à l’utiliser pour vivifier sa foi, comme une eau de connaissance irrigant le champ de sa conscience religieuse. Ainsi fécondé, il renouvellera en permanence sa foi et pourra s’adapter aux variations de son milieu. Le Coran ainsi lu, compris, vécu, est comme une eau jamais épuisée.

Il convient de bien distinguer l’adaptation de la réinterprétation. Je ne suis pas partisan d’une relecture réinterprétée, elle a ses chantres qui, aux néo-conservateurs, opposent une néo- pensée islamique. Seulement ce dernier concept est bien mal défini et, essentiellement, ne se rattache pas directement à la lecture du Coran mais à l’exposé de la pensée pensante. Entre ceux qui nous proposent le passé comme avenir et ceux qui nous promettent des lendemains chantant il existe fort heureusement un autre espace. Entre une lecture morte du Coran et une non lecture du Coran la Révélation toujours vivante nous interpelle corps et âme, foi et raison. Immuablement persiste un horizon de vérité et de sincérité qui, quoiqu’il en déplaise, est littéraliste, littéralement textuel.

Le monde matériel a évolué, c’est un fait sans incidence. Mais l’homme, en tant qu’être, a lui aussi changé. Il est illusoire que certains réclament une involution en guise de solution à leur inadaptation, et d’autres une aventure en un devenir indéfini. Une lecture juste et actuelle du Coran est celle qui sera réalisée en équilibre ; foi et raison, présent et passé, le fait religieux s’y enracinant, et adéquation avec notre temps, seul lieu de nos perceptions vécues, notre « bien être ».

Double équilibre donc que celui qui met en relation le Texte avec nous-mêmes sans provoquer de « mal être ». En d’autres termes notre lecture du Coran ne doit pas générer de tension entre notre être et le Texte. Je ne dis pas qu’il faille adapter le Coran à ce que nous sommes actuellement mais que la perception du sens doit être réactualisée dans la littéralité, celle du texte et celle de nos états.

Le Coran est un maître, soit nous écoutons sa leçon, il s’agit alors d’une lecture linéaire, soit nous l’interrogeons, c’est alors lecture thématique. Dans les deux cas si nous voulons parfaitement en saisir les réponses nous devons faire silence ; être comme l’enfant à son père, intact de préjugé et à l’écoute tendue par le respect et la crainte. L’on ne peut bénéficier d’un enseignement lorsque nos connaissances et nos préconçus l’emportent plus ou moins inconsciemment, si l’on pense avant de recevoir.

Que dit vraiment le Coran est en soi bien plus une méthode de lecture[4] qu’un livre de solutions imposées. Par une présentation inhabituelle, nous forçons l’esprit du lecteur à d’abord entendre ce que dit vraiment le Coran avant que ne surgissent en lui même les ombres de ses acquis. Vierge, neutre, face au renouvellement, il lui sera alors ainsi possible de percevoir, comprendre et assimiler le vrai message coranique.

Pour répondre pleinement à votre question nous dirions que nous enjoignons à une lecture directe, un tête à tête sans intermédiaires. Vous pourriez objecter qu’à cette fin il faille nécessairement un bagage, le Coran ne se livre pas facilement. Certes, mais ses références ne doivent jamais venir oblitérer le perçu direct d’une lecture ouverte. Donc, pour reprendre à présent la totalité de la formulation de votre question, lire le Coran c’est apprendre à le non-lire, puis à le lire, puis à le relire, puis à le vivre, puis à le revivre.

Le Coran se vit, il n’est pas un système d’entrave à l’existence, il détermine des limites qui ne sont pas uniquement d’ordre juridique mais essentiellement d’ordre moral et rien ne justifie de ne pas respecter ces deux repères. Je dois seulement apprendre à percevoir la finalité profonde et ultime du Coran qui, en définitive, est clairement exprimé à l’exacte condition que je ne pratique pas une lecture biaisée par la mise en forme séculaire dont nous sommes, malgré tout et malgré nous, les héritiers. Il ne s’agit pas de délaisser ou de réinterpréter mais bel et bien de comprendre au plus près le message coranique et de s’y confirmer en fonction de la nature et de la capacité de chacun. Cette autre confrontation au Révélé est la balance à laquelle nous pouvons juger nos actes et nos paroles avant que d’être jugés.

 

Que dit vraiment le Coran ? le docteur Abou Nahla Al’Ajamî dans histoire culture jpg_livre2-3-d1e77
Editions Srbs



S3.V190-191 : « En vérité, dans la création de l’univers, dans l’alternance des nuits et des jours, il y a vraiment des Signes indicateurs pour ceux qui exercent leur intelligence. Ceux-là même qui se remémorent Dieu, debout, assis ou allongés et qui réfléchissent sur la création de l’univers. Ceux qui disent : « Seigneur, Tu n’as point créé cela en vain. Louange à Toi, protège nous du châtiment. »

 S4.V82 : « N’examinent-ils pas le Coran ? S’il émanait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient maintes contradictions. » S38.V29 : « Voici le Livre béni que nous t’avons révélé afin que les hommes réfléchissent sur ses versets, et que s’y appliquent les intelligences. » S47.V24 : « Ne méditent-ils pas le Coran ! Ont-ils le cœur verrouillé ?! »

Dans les résumés de notre exégèse complète du Coran à paraître sur Oumma.com nous démontrons que la totalité des sources en faveur de cette thèse sont inauthentiques. L’idée sous-tendant de telles affirmations est de vouloir, à contre raison, faire remonter la seule interprétation jusqu’aux premiers, les salafs. Or, ils n’en firent rien, ils vécurent totalement et absolument le message sans nécessairement user de la médiation interprétante. La récitation, al qur’ân, l’emportait sur l’Ecrit et cette relation avec la Révélation permet de s’en imbiber. La Parole devient proprement la chair du récitant. L’Ecrit, al kitâb, n’est que l’esprit de notre esprit, relation obligatoirement plus distancée. De nos jours l’éloignement de l’origine est maximal et impose d’autant plus le recours à l’exégèse.

 Ta’wîl est le terme coranique désignant l’exégèse. Le Tafsîr est d’un emploi plus tardif et indique de manière restrictive le simple commentaire. Nous en maintenons malgré tout, en cet article, l’usage.

 

Deux questions font exception à la règle, celles consacrées au voile et au verset coranique semblant indiquer qu’il persiste un cas où l’homme pourrait battre son épouse. Dans les deux cas, outre l’application du même principe d’analyse, nous avons du avoir recours à un décryptage étymologique et à un discret détours par le Hadîth afin de résoudre les difficultés apparentes posées par le texte lui-même.

[3] Signalons que le recours à l’abrogation est pour nous inutile. Si l’on décrète que tel verset abroge tel autre c’est que par l’analyse faite nous aboutissons à des compréhensions discordantes ou contradictoires. Le principe de cohérence coranique implique que nous devions revoir nos jugements concernant l’un des versets ou les deux.

Nous aurons l’occasion, à Dieu plaise, d’en exposer prochainement les aspects principaux sur Oumma.com. Disons en synthèse qu’il s’agit d’une lecture interprétante, une méthodologie lectorielle appliquant la totalité des enseignements coraniques relatifs à l’exégèse. Elle met en jeu les mécanismes inhérents à l’analyse intratextuelle laquelle se décompose dans l’ordre en lecture textuelle, lecture paratextuelle, lecture intertextuelle, lecture métatextuelle.

contradiction des hadith Al Boukhâri

I/ Quel est le premier verset du coran ? :

اقرأ باسم ربك الذي خلق

ou يا أيها المدثر. قم فأنذر ?


Hadith 1

:
Al Boukhâri, Tome 1 : le livre (Kitab) de la révélation : du début de la révélation :


3

-Le hadith de Yahya ibn BaKir …Selon Aicha R :


3

- حدثنا يحيى بن بكير قال: حدثنا الليث عن عقيل، عن ابن شهاب، عن عروة بن الزبير، عن عائشة أم المؤمنين أنها
قالت
: أول ما بدىء به رسول الله صلى الله عليه وسلم من الوحي الرؤيا الصالحة في النوم، فكان لا يرى رؤيا إلا جاءت
مثل فلق الصبح، ثم حبب إليه الخلاء، وآان يخلو بغار حراء، فيتحنث فيه
- وهو التعبد - الليالي ذوات العدد قبل أن ينزع
إلى أهله، ويتزود لذلك، ثم يرجع إلى خديجة فيتزود لمثلها، حتى جاءه الحق وهو في غار حراء،
فجاءه الملك فقال: اقرأ،
قال
: (ما أنا بقارىء). قال: (فأخذني فغطني حتى بلغ مني الجهد، ثم أرسلني فقال: اقرأ، قلت ما أنا بقارىء، فأخذني فغطني
الثانية حتى بلغ مني الجهد، ثم أرسلني فقال
: اقرأ، فقلت: ما أنا بقارىء، فأخذني فغطني الثالثة، ثم أرسلني فقال: {اقرأ باسم
ربك الذي خلق
. خلق الإنسان من علق. اقرأ وربك الأآرم}
). فرجع بها رسول الله صلى الله عليه وسلم يرجف فؤاده، فدخل
على خديجة بنت خويلد رضي الله عنها فقال
: (زملوني زملوني). فزملوه حتى ذهب عنه الروع، فقال لخديجة وأخبرها
الخبر
: (لقد خشيت على نفسي). فقالت خديجة: آلا والله ما يخزيك الله أبدا، إنك لتصل الرحم، وتحمل الكل، وتكسب
المعدوم، وتقري الضيف، وتعين على نوائب الحق
.فانطلقت به خديجة حتى أتت به ورقة بن نوفل بن أسد بن عبد العزى،
ابن عم خديجة، وآان امرءا تنصر في الجاهلية، وآان يكتب الكتاب العبراني، فيكتب من الإنجيل بالعبرانية ما شاء الله أن
يكتب، وآان شيخا آبيرا قد عمي، فقالت له خديجة
: يا بن عم، اسمع من ابن أخيك. فقال له ورقة: يا بن أخي ماذا ترى؟
فأخبره رسول الله صلى الله عليه وسلم خبر ما رأى، فقاله له ورقة
: هذا الناموس الذي نزل الله به على موسى، يا ليتني فيها
جذع، ليتني أآون حيا إذ يخرجك قومك، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم
: (أومخرجي هم). قال: نعم، لم يأت رجل قط
بمثل ما جئت به إلا عودي، وإن يدرآني يومك أنصرك نصرا مؤزرا
. ثم لم ينشب ورقة أن توفي، وفتر الوحي.


Hadith 2

: même source précédente
4 –
قال ابن شهاب: وأخبرني أبو سلمة بن عبد الرحمن، أن جابر بن عبد الله الأنصاري قال، وهو يحدث عن فترة الوحي،
فقال في حديثه
: (بينا أنا أمشي إذ سمعت صوتا من السماء، فرفعت بصري، فإذا الملك الذي جاءني بحراء جالس على
آرسي بين السماء والأرض، فرعبت منه، فرجعت فقلت
: زملوني زملوني، فأنزل الله تعالى: {يا أيها المدثر. قم فأنذر


إلى قوله

- والرجز فاهجر} فحمي الوحي وتتابع).


تابعه عبد الله بن يوسف وأبو صالح، وتابعه هلال بن رداد عن الزهري

. وقال يونس ومعمر: بوادره.


Hadith 3

:


4638

- حدثنا يحيى: حدثنا وآيع، عن علي بن المبارك، عن يحيى بن أبي آثير:


سألت أبا سلمة بن عبد الرحمن، عن

أول ما نزل من القرآن، قال: {يا أيها المدثر}. قلت: يقولون: {اقرأ باسم ربك الذي
خلق
}
. فقال أبو سلمة: سألت جابر بن عبد الله رضي الله عنهما عن ذلك، وقلت له مثل الذي قلت، فقال جابر: لا أحدثك إلا
ما حدثنا رسول الله صلى الله عليه وسلم
، قال: (جاورت بحراء، فلما قضيت جواري هبطت، فنوديت، فنظرت عن يميني
فلم أر شيئا، ونظرت عن شمالي فلم أر شيئا، ونظرت أمامي فلم أر شيئا، ونظرت خلفي فلم أر شيئا، فرفعت رأسي فرأيت
شيئا، فأتيت خديجة فقلت
: دثروني، وصبوا علي ماء باردا، قال: فدثروني وصبوا علي ماء باردا، قال: فنزلت: {يا أيها


المدثر
. قم فأنذر. وربك فكبر}).

Le Prophète (saws) n’a pas enseigné la salat

Tout montre dans le coran et même dans les hadiths que le messager n’a pas enseigné la salat aux croyants comme quelque chose de nouveau:

Les gens connaissaient déjà la salat.
Il a seulement rappelé la bonne manière en corrigeant quelques déviations.

Al-Gashiya – 88.21. Eh bien, rappelle ! Tu n’es qu’un rappeleur,

Les haddithistes pour se conforter dans leur croyance, prétendent que la salat a été enseigné pour la première fois par Le messager. Or aucun hadith, si vrai est-il, ne présente cet enseignement de A à Z pour une salat donnée. Tout au plus on trouve dans ces hadiths quelques remarques émises , éparses dans le temps et dans l’espace, pour corriger quelques déviations commises par certaines personnes de l’époque, comme le font aujourd’hui tous les croyants assidus dans la prière envers certains de leurs coreligionnaires débutants.

Ces hadiths, s’ils sont vrais, ne font qu’appuyer la conclusion que la salat était déjà connue par tous le monde. Certes il devait y avoir quelques déviations qui sont facilement corrigeables par le coran.

En effet le coran nous montre que la salat était déjà connue, au moins depuis Abraham, de même que le haj (pélerinage):

وَإِذْ جَعَلْنَا الْبَيْتَ مَثَابَةً لِّلنَّاسِ وَأَمْناً وَاتَّخِذُواْ مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى وَعَهِدْنَا إِلَى إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ أَن طَهِّرَا بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْعَاكِفِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ
Al-Baqara – 2.125.
[Et rappelle-toi], quand nous fîmes de la Maison un lieu de visite et un asile pour les gens
- Adoptez donc pour lieu de salat, ce lieu où Abraham se tint debout –
Et Nous confiâmes à Abraham et à Ismaël ceci :
“Purifiez Ma Maison pour ceux qui tournent autour,
y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent .

De même Marie (alayha assalam) , savait prier avec d’autres coreligionnaires bien avant l’arrivée de notre Messager Le Prophète (saws) n'a pas enseigné la salat dans histoire culture saws:

يَا مَرْيَمُ اقْنُتِي لِرَبِّكِ وَاسْجُدِي وَارْكَعِي مَعَ الرَّاكِعِينَ
Al-i’Imran – 3.43.
“ô Marie, obéis à Ton Seigneur, prosterne-toi, et incline-toi
avec ceux qui s’inclinent” .

Evidemment ils devaient réciter les versets des livres anciens remplacés par ceux du coran à l’arrivée de notre Messager! __________________

.

Al-Qasas – 28.75.

Cependant, Nous ferons sortir de chaque communauté un témoin, puis Nous dirons :

“Apportez votre preuve décisive”.

Ils sauront alors que la Vérité est à Allah; et que ce qu’ils avaient inventé les a abandonnés.

 

 

Ce sont donc les prieurs qui ont appris aux haddithistes tous ces détails qui auraient pu continuer à se transmettre de génération en génération sans aucun besoin de hadiths!


 


la preuve est que les prieurs n’on pas attendu 200 à 250 ans pour lire les premirers livres de hadiths pour apprendre la prière!

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 4 et fin)

Vous avez été particulièrement nombreux à avoir lu la passionnante étude du Dr Abdallah intitulée « Voyages aux sources du Saint Coran ». Nous publions la dernière partie de cette série à travers un entretien avec l’éminent Professeur François Déroche qui est directeur d’études d’histoire et codicologie du livre manuscrit arabe à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Autant l’historique des manuscrits du Coran référencé BNF, Arabe 328 à la Bibliothèque nationale de France (partie de la collection de Jean Louis Asselin de Cherville) est connue et publiée, autant l’histoire de son homologue de la British Library référencé OR 2165 est mystérieuse et n’a fait, à ma connaissance, l’objet d’aucune publication. Existe-t-il une explication à la pudeur dont font preuve les conservateurs de la British Library ? Pouvez-vous nous éclairer sur l’histoire du manuscrit OR 2165 ?

Je pense que c’est une difficulté réelle. À l’époque où j’avais commencé à travailler sur ce manuscrit, nous avions demandé à mes collègues de la British Library des compléments d’information sur le vendeur, puisqu’on a un nom d’un pasteur anglais qui l’a vendu aux trustees de la British Library. Ils ont cherché dans les sources britanniques sur la question, mais n’ont pas identifié le personnage et, à fortiori, où il l’avait acheté.

Cela dit, dans la collection de la BnF, nous avons quelques feuillets qui semblent être de même origine que le manuscrit de Londres. Dans un scénario possible, ce coran aurait été, lui aussi, conservé dans la mosquée de Amr, à Foustat (le vieux Caire), et aurait été acquis dans le courant du dix neuvième siècle, de la même manière qu’Asselin de Cherville a fait l’acquisition de ses feuillets avant 1820.

Le codex référencé BnF, Arabe 328 est-il un ouvrage unique, recopié par différents copistes ou est-il une reconstruction tardive provenant de Corans différents ? Combien alors et à quelle date se serait opérée la reconstruction ?

C’est un Coran qui est le résultat d’une coopération de deux, voire trois copistes, puisqu’il n’est pas exclu qu’une autre partie de la cote Arabe 328 fasse également partie de cela mais comme il n’y a, pour ces feuillets de la fin du Coran, une lacune codicologique, il est difficile d’être complètement affirmatif.

Je veux dire la chose suivante : dans le 328 a, nous avons deux mains, A et B. Et certains feuillets sont, au recto de la main A et au verso de la main B. Donc nous savons qu’ils ont travaillé ensemble parcequ’on voit bien les changements de mains. En revanche, l’éventuel copiste C intervient sur des feuillets qui ne font pas partie d’un cahier où l’on aurait une autre main et où l’on pourrait alors dire qu’ils étaient en entrain de travailler en même temps. Donc c’est pour ça qu’il y a un point d’interrogation.

Ce manuscrit était à l’origine entier puisque les grandes divisions classiques en moitié, en quart, et cætera, ne sont pas indiquées de quelque façon que ce soit, en tout cas ne donnent pas lieu à une interruption dans la structure des cahiers. Par ailleurs, il semble, d’après les commentaires de l’imam Malik, au cours du deuxième siècle de l’hégire, que cette pratique était à ses débuts mais n’était pas encore admise, puisqu’il la condamne ; on peut penser qu’un siècle plus tôt, une période qui sert de référence à Malik, elle n’existait pas.

Pour faire simple, votre sentiment serait qu’on aurait affaire à un seul codex ?

Je pense que le 328 a est bien un seul codex et il est possible que le 328 b fasse partie du même volume mais on mettra, par prudence, un point d’interrogation. Les catalogueurs précédents avaient tout rassemblé. J’ai préféré réserver la réponse dans la mesure où je crois qu’il faut être prudent dans cette affaire.

Le format vertical des deux codex BnF, Arabe 328 et Or 2165, format très inhabituel pour l’époque, ne suggère-t-il pas une origine commune ? Ainsi, l’existence d’un scriptorium à Médine au premier siècle de l’hégire conforterait la tradition musulmane de transmission du texte coranique dont la compilation se serait faite sous la responsabilité de Zaïd Ibn Thabit ?

Le format vertical est en fait le format retenu au départ. Il semble qu’à l’arrivée de l’islam, face à la nécessité très urgente de noter par écrit le Coran, les considérations prioritaires aient été de l’écrire et que par la suite, d’autres questions ont été abordées, en particulier celles du format.

Nous n’avons pas de texte pour nous renseigner sur la façon dont les choses se sont passées et d’ailleurs, dans l’ensemble la tradition musulmane est muette sur un certain nombre de points importants de l’histoire ancienne du texte du Coran. Ce que je dis ne concerne pas la toute première mise par écrit, qui elle, est relativement bien documentée. Aussi est-il seulement possible de faire des hypothèses à partir de l’observation des manuscrits les plus anciens.

Il semble donc que les autorités ont adopté le codex de l’Antiquité qui à l’époque est la forme dominante du livre, et ont écarté la forme du rouleau qui était un candidat possible : il y avait en effet des communautés juives à Médine, lesquelles possédaient peut-être des Torahs, mais sur ce point également, nous ne possédons aucune indication. Il est vrai que dans un texte de polémique entre chrétiens et musulmans du quatrième siècle de l’hégire, un auteur chrétien dit aux musulmans : « mais vous avez bien commencé par écrire le Coran sur des rouleaux… ». Le reproche fait à l’époque était-il fondé ? Est-ce qu’il ne l’était pas ? Je n’en sais rien, je n’ai pas les moyens de le savoir, mais je pense qu’effectivement, la possibilité de faire un choix entre les deux a existé.

Le choix a en tout cas été fait en faveur de la forme qui était devenu la norme et qui était, du point de vue de la commodité, sans doute la plus efficace. Il faut penser que quand vous faites un rouleau, vous n’écrivez que d’un côté et vous n’utilisez que la moitié du matériau. Nous sommes encore dans des périodes où on ne peut pas se permettre de gaspiller. Je crois que c’est, sans doute, un des éléments qui a dicté le choix qui a été fait à ce moment là.

Pour revenir à la question de départ, le format vertical est donc tout à fait la règle à l’époque ancienne. Nous avons d’autres fragments Higazis de ce format. En revanche, l’existence d’une norme technique unique, liée en particulier à un scriptorium, ne me paraît pas très probable dans la mesure où, dans la façon de fabriquer les cahiers, la plus grande diversité prévaut, de même qu’elle est manifeste dans les variations de l’écriture. Or, si nous avions un scriptorium unique qui aurait travaillé à diffuser des Mus’hafs vers les différentes régions, on retrouverait, je pense, une formule dominante. Or ce n’est pas le cas, on a vraiment différentes façons de faire qui peuvent aussi s’expliquer par des influences locales qui ont été reprises et transférées au Coran.

Dans l’ouvrage « Sources de la transmission manuscrite du texte coranique » que vous avez co-signé avec Sergio Noja Noseda en 2001, vous présentez les manuscrits de style Higazi BnF, Arabe 328 et OR 2165. Selon votre datation, ils sont du premier siècle de l’hégire. Alors que Martin Lings, ancien conservateur des manuscrits arabes anciens du British Museum affirmait dans son catalogue de l’exposition à la British Library pour le World of Islam Festival de 1976, qu’il datait le frère jumeau de ce manuscrit (OR 2165) du début du deuxième siècle. À quoi attribuez vous cette différence d’appréciation qui, pour les musulmans, est plus qu’un détail ?

Dans la mesure où nous avons affaire à des documents non datés, tout cela comporte une partie d’approximations. Initialement, j’ai été très prudent et dans le catalogue de la BnF, je ne propose pratiquement pas de datation parce qu’à l’époque, je ne considérais pas que j’avais les moyens de dater précisément les manuscrits.

Ce qui m’a fait changer un peu d’opinion, c’est le fait d’avoir découvert depuis des manuscrits qui sont très certainement d’époque Oumeyade, pour des raisons qui tiennent à l’histoire de l’art et à la paléographie, et qui forment, pour parler en termes archéologiques, une sorte de couche supérieure. Donc, par déduction, j’en conclus que des manuscrits présentant une graphie qui explique celle de l’époque Oumeyade sont antérieurs.

Cela dit, on peut aussi imaginer un autre scénario dans lequel on aurait une école, disons plus traditionaliste, qui, pendant plus longtemps, serait restée fidèle à la graphie ancienne. Dans ce cas, certains des manuscrits Higazi pourraient avoir été copiés au deuxième siècle. On m’a même dit : « mais ça pourrait être copié au troisième siècle  ». Je ne le pense pas ; à mon avis, d’autres arguments laissent à penser que le Higazi a été assez vite abandonné pour des raisons disons, de prestige.

Dans le même ouvrage, vous présentez vos travaux sur les manuscrits BnF, Arabe 328. Vous arrivez à la conclusion passionnante que ce Coran presque complet du premier siècle de l’hégire contient 16 mots qui sont orthographiés différemment de la version officielle actuelle du Coran qui est celle du Roi Fouad d’Égypte de 1919, (après correction des différences incluses dans le texte suites aux différentes réformes grammaticales.). Les musulmans sont donc les seuls monothéistes à posséder des exemplaires du premier siècle de leur texte sacré original ?

Il est certain que, par rapport au christianisme et à fortiori par rapport au judaïsme, le laps de temps qui s’est écoulé entre la révélation et la mise par écrit est effectivement extraordinairement court. J’écarte bien sûr la théorie de Wandsborough qui voit dans le Coran une série de logia prophétiques dont la mise par écrit remonterait au mieux à la fin du deuxième siècle et au plus probable dans le courant du troisième siècle (de l’hégire).

En revanche, pour les questions d’orthographe,je crois qu’il faut attendre, ce sont les résultats d’un sondage qui a été fait et qui a permis d’identifier un certain nombre de variantes. L’étude a besoin d’être poursuivie pour une raison très simple : c’est que nous avons à faire à un « Rasm » (un « squelette consonantique ») à l’état pur si j’ose dire. Avec un minimum de points diacritiques.

Nous sommes partis, dans un premier temps, pour faire simple, du Rasm moderne et nous avons re-ponctué le Rasm d’Arabe 328 comme il le serait maintenant. C’est un parti pris et personnellement, je suis assez ambivalent face à ce choix initial qui était surtout conditionné par la technique. J’aurais préféré que nous publions une transcription qui aurait été exactement fidèle au manuscrits et je crois qu’elle serait beaucoup plus intéressante pour les historiens ; bien sûr, ils ont, en fac-simile, les clichés en face donc ils peuvent très bien voir ce qui se passe, mais il me semble que ce serait scientifiquement beaucoup plus cohérent de suivre totalement l’original.

Dans la pratique, dans le premier volume, qui contient l’arabe 328, la typographie avait été aménagée, c’est-à-dire que sont indiqués en caractères gras les points qui figurent sur l’original, le reste est en typographie normale. Le résultat était esthétiquement assez mitigé et pas très lisible, il faut bien le reconnaître. Le deuxième volume, qui est consacré à la première moitié de l’OR 2165, a donc été publié avec la même graphie partout et ça n’est pas, à mon avis, une voie sur laquelle il faut continuer, il faut essayer, et l’informatique devrait le permettre, de donner une édition avec la transcription fidèle à la photo.

Toujours dans cet ouvrage, sous le titre « QUELQUES IDEES POUR UNE CONCLUSION PROVISOIRE », Sergio Noja Noseda écrit : « Le Coran du premier siècle que nous avons devrait, pour être complet, comporter 547 pages, mais nous n’en avons que 520. Il manque 27 pages de la sourate 78 soit l’équivalent de 5% du texte total. En réalité, pour compléter ce Coran, nous avons puisé dans un manuscrit qui est gardé à Istanbul mais qui est lui-même incomplet, il y a un trou entre les sourates 50 et 65. Donc c’est 17% du texte total qui serait manquant sans cet apport« . Les mêmes différences sont-elles constatées dans le manuscrit OR 2165 de la British Library ? Les mêmes différences orthographiques s’y retrouvent-elles également ? Où s’agi-t-il d’une conclusion globale à l’étude des deux codex ?

La conclusion en fait est beaucoup plus vaste puisque c’est d’après un sondage sur l’ensemble des Corans Higazis qui existent, tous confondus. Aucun n’est complet, pour une raison très simple : ce sont des manuscrits très anciens et si on cherche dans le monde pour d’autres traditions manuscrites, on verra que beaucoup de textes sont lacunaires.

Ils sont lacunaires surtout au début et à la fin pour une raison très simple : c’est ce qu’on touche le plus donc c’est ce qui s’abîme le plus vite. Alors effectivement, il nous manque le début du texte et la fin. Non pas que ce début et cette fin aient été ajoutés par la suite, c’est simplement que nous n’avons pas de témoins manuscrits de la seconde moitié du VIIe siècle pour nous aider. Mais naturellement, ceci n’est qu’une photographie de l’état de la tradition manuscrite en 2001.

Cet ouvrage est accompagné de deux cédéroms contenant la retranscription électronique en arabe (format Word arabe 98) des deux codex. Est-il possible de se procurer ces cédéroms ? Est-il possible de les publier sur Oumma.com de manière à ce que tout le monde puisse y avoir accès ?

C’est une question à poser à l’éditeur des deux volumes. En principe, je ne pense pas qu’il y ait d’opposition fondamentale, dans la mesure où c’est une transcription que tout un chacun pourrait faire aisément. Il ne s’agit pas de mettre en circulation des images des manuscrits qui eux sont visés par des copyrights.

Sur la totalité des lettres de la vulgate expurgée des modifications grammaticales tardives, quel pourcentage retrouve-t-on dans le codex Bnf Arabe 328 ? À combien passent ces chiffres si on y ajoute le codex OR 2165 ? À partir de ces chiffres, est-il possible d’estimer un pourcentage statistique de fiabilité, par rapport à la révélation, de la version actuelle du Coran ?

Si l’on prend l’ensemble des Corans Higazis, on arrive à 95 pour cent du texte coranique complet (dont environ 20 par un seul manuscrit). C’est une vue statistique et, comme toujours, les statistiques ne veulent pas dire grand chose. Dans la mesure où nous avons sans doute, dès cette époque des qir’ats (des façons de lire) différentes, on ne peut pas en fait se permettre d’additionner les manuscrits. On ne peut pas prendre Or 2165 pour compléter Arabe 328, dans la mesure où il faudrait démontrer qu’ils représentent la même transmission manuscrite. Chaque manuscrit nous donne un renseignement mais un renseignement sur ce manuscrit là seulement. Faire un fac similé où l’on reprendrait des photos de différents manuscrits pour arriver à un Coran complet, c’était un projet qui avait été agité et qui m’avait profondément choqué, à mon avis, ce serait un monstre.

On peut faire une méta-analyse, éventuellement ?

On peut faire une méta-analyse, mais c’est assez difficile parce que, par exemple, dans Or 2165, le copiste n’est pas toujours cohérent : il y a des endroits où, pour revenir à mon « qaala » de tout à l’heure, il écrit « qaala » avec le alif, et d’autre où il ne l’écrit pas. Et pourtant c’est la même main. Et j’ai un manuscrit Oumeyade où c’est encore plus extraordinaire parce que là, c’est à trois lignes d’intervalle sur la même page ou il écrit « qaalou » avec le alif et la deuxième fois sans le alif. On ne peut pas avoir de doute sur le sens du mot. Ce n’est pas quelque chose qui remette en cause le texte lui-même, mais ça montre cette progression de l’orthographe coranique, parce que le Coran que nous avons aujourd’hui, même s’il se présente, dans la post-face de l’édition du Caire comme une reconstruction du Mus’haf othmanien, n’a rien à voir sur le plan de l’orthographe avec ces Corans Higazis qui sont vraiment quelque chose de très particulier, au point de déconcerter le lecteur arabophone. Il ne faut pas se voiler la face, le Coran a, au moins sur ce plan une histoire.

Lorsqu’on interroge les savants musulmans sur le lieu actuel de conservation des codex coraniques les plus anciens, ils nous parlent du codex de Tachkent (Ouzbékistan) et celui du palais du Topkapi à Istanbul (Turquie). Avez-vous étudié ces deux codex ? De quelles époques les datez-vous ?

Les deux manuscrits sont vraisemblablement des manuscrits du deuxième siècle de l’hégire. Je sais que c’est un point qui est sensible et un certain nombre de musulmans sont attachés à ce genre de relique, de même que les chrétiens sont attachés au saint suaire de Turin, par exemple. Donc il faut bien distinguer ici la piété et l’histoire.

Pour l’historien du livre, il est absolument exclu de pouvoir prouver de manière sûre avec ses méthodes que l’un ou l’autre de ces manuscrits remonte à Othman. Alors on pourrait faire une analyse au carbone quatorze, ce serait intéressant, mais ça risquerait d’être extrêmement décevant dans la mesure où on pourrait avoir des résultats qui divergeraient considérablement de ce qu’on attend.

La découverte de milliers de fragments de Corans anciens provenant de 926 Corans différents, lors de la rénovation de la grande mosquée de Sanaa (Yémen) en 1972, a été suivie, en 1999 de déclaration fracassantes de la part d’un chercheur… Plusieurs années après, l’étude de ces fragments a-t-elle amenée quelque chose à la connaissance de la transmission primitive du texte sacré ?

Je dirais malheureusement non, ou trop peu ! Les pistes qui s’ouvrent actuellement sont intéressantes, nous avons toute une série de recherches qui sont entrain de se mettre en place. Le problème, c’est qu’il aurait peut-être fallu commencer par publier les documents pour après proposer des interprétations. Là, en revanche, nous nous trouvons avec les interprétations sans avoir les documents sur lesquelles elles sont supposées reposer.

Je crois que nous avons perdu du temps et peut-être que ce temps ne sera jamais rattrapé. Parce que la controverse est devenue tellement brûlante qu’elle peut rendre l’accès à cette information plus difficile.

En fait, d’après ce que j’ai compris par la suite, Monsieur Puin avait fait des microfilms de ces documents et certains de ces microfilms se sont avéré être voilés.

C’est ce que j’ai entendu dire également. On ne peut en tous les cas pas utiliser ces copies semble-t-il. J’espère qu’on aura une autre façon de procéder.

A-t-on accès aux originaux à l’heure actuelle ?

J’ai pu avoir accès aux originaux, j’ai été très bien reçu au Yémen par les autorités locales, j’ai pu consulter les manuscrits. J’avoue que je pense que les Yéménites peuvent êtres intéressés par la possibilité que ces manuscrits soient étudiés, mais ils ont besoin d’être sûr qu’on n’en fasse pas n’importe quoi. Les polémiques sont venues trop tôt, avant que toutes les informations sérieuses ne soient disponibles ; en outre, et ce n’était peut-être pas très sain, les autorités yéménites ont eu connaissance de tout cela non pas directement, mais disons, indirectement.

Qu’en est-il des collections de Corans anciens dans les bibliothèques des pays musulmans ? Vous citez un codex partiel du premier siècle à Istanbul… Avez-vous eu accès à des collections privées ?

Non, je n’ai pas eu accès à des collections privées, j’ai seulement travaillé sur les collections publiques et, pour faire simple, j’ai essentiellement travaillé en Turquie. Malheureusement, l’accès aux collections du Caire est un peu problématique, on peut se consoler en se disant qu’un certain nombre de manuscrits qui viennent d’Egypte se trouve dans des collections plus accessibles de par le monde.

Où va la recherche dans le domaine de la compilation du texte sacré musulman et dans la datation des Corans du premier siècle ?

La datation des Corans a quand même progressé. On a maintenant une vision plus nette de cette histoire. En Grande Bretagne, certains collègues travaillent sur les lectures : c’est une étude qui est difficile dans la mesure où ce sont des Corans qui ne sont pas vocalisés, donc tout repose sur le Rasm.

Yasin Dutton a néanmoins fait des découvertes intéressantes. Certains nouveaux problèmes sont apparus auxquels je n’avais pas pensé au début, par exemple la question de la division en versets. Les versets sont très exactement indiqués sur les copies anciennes, mais apparemment, comme on le sait depuis longtemps pour le troisième siècle, les divisions en verset ne correspondent pas aux systèmes que nous connaissons maintenant. Il y a en fait une préhistoire de ces théories de la division des versets qui reste à étudier. Ce qui est tout à fait intéressant, ça montre que beaucoup de domaines doivent être abordés, mais ça fait beaucoup pour un seul homme.

Voyez-vous une question importante dans ce domaine que nous ayons oublié de vous poser ?

Pour moi, maintenant, les problèmes sont plutôt ceux du deuxième siècle que ceux du premier. Pour le premier siècle, nous avons maintenant déblayé un certain nombre de questions ; nous ne les avons pas résolues, mais nous avons proposé un certain nombre de théories qui sont contestables et qui seront sans doute contestées. Elles sont là justement pour offrir le point de départ d’une discussion. En revanche, par comparaison, le siècle suivant, qui est un siècle important pour l’histoire de l’islam, est un peu une « Terra Incognita » dans laquelle, pour l’instant, nous n’avons pas de point de repère.

Pas de documents donc ?

La fin des Oumeyades et le début des Abbassides, qui a dû donner lieu à des créations importantes, est assez mal documentée. J’ai bien sûr des hypothèses, mais elles ne reposent que sur le fait que des documents du troisième siècle présentent telle et telle apparence ; ils sont datés par des colophons et par différents moyens, tandis que le deuxième siècle, c’est un petit peu le siècle où l’on met ce que l’on ne réussit pas à caser ailleurs. C’est une façon disons un peu simpliste de travailler. J’aimerais donc par la suite pouvoir d’avantage élaborer et voir, justement, quelles ont été les solutions progressivement mises au point pour la transmission du texte coranique.

Donc, pour le premier siècle (de l’Hégire), est-ce que pour vous, les choses correspondent à peu près à la tradition musulmane, ou quelles en sont les différences principales.

Je ne peux pas aller aussi loin que la tradition musulmane. Pour moi, ce que je peux dire à l’heure actuelle c’est que nous avons des témoins anciens que l’on peut dater prudemment de la seconde moitié du premier siècle de l’hégire, fin du septième siècle de l’ère chrétienne. Des témoins anciens d’un texte coranique qui est grosso modo celui que nous avons maintenant existent bien. Je dis grosso modo, non pas tant pour le contenu mais pour l’orthographe, pour la division en versets, qui sont légèrement différents.

Certaines des trouvailles de Sanaa montrent une organisation différente des sourates, dans une des rares publications que nous ayons. Mais ça montre bien, justement, que ce que nous savons par les textes a été une réalité : des sources signalent qu’il y a eu des classements concurrents des sourates, que le classement que nous connaissons maintenant l’a emporté mais qu’il n’était pas le seul au départ.

Mais dans l’ensemble, je dirais que la silhouette du codex Higazi, pour l’appeler de manière un peu simpliste, même s’il a été copié à Foustat, à Damas ou a Couffa, a quand même pas mal pris tournure.

Je vous remercie, au nom des lecteurs d’Oumma.com, pour l’attention que vous avez porté à nos questions, pour le temps que vous avez passé à y répondre, et pour vos réponses qui nous ont passionnées.

Conclusion

J’ai vécu ce voyage aux sources du Coran d’une manière particulièrement intense, presque mystique. Une sorte de « quête du Graal », version musulmane bien sûr… Au cours de mes recherches, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens formidables, passionnés, que pour des raisons de place je n’ai pas tous cité. Qu’ils soient ici tous remerciés pour leurs précieuses contributions.

J’ai toujours considéré que les musulmans ne devraient pas avoir peur de confronter leurs convictions aux réalités de ce bas monde. C’est par cette méthode que les convictions s’affinent et se renforcent.

Je pense pouvoir considérer que mes recherches ont été couronnées de succès ce qui me procure une grande satisfaction : les données actuelles de la science confirment une grande partie de la conviction des musulmans de détenir le texte original du Coran, d’inspiration divine.

Ce n’est pas la première fois que je constate, après étude approfondie, qu’il n’y a pas de contradiction majeure entre les données actuelles de la science et ma foi musulmane. L’islam est du domaine de la foi, la science est du domaine de l’expérimentation, ma foi ne dépend pas de la science mais il est intellectuellement satisfaisant de vérifier que les deux ne sont pas en opposition. Dans ce cas précis, je peux affirmer que l’étude de la science a fait croître ma foi.

Mes recherches m’ont mis en contact avec des exemplaires publics des corans anciens. Je reste convaincu qu’il ne s’agit que de la face apparente d’un iceberg dont la face cachée se trouve, à l’abri des chercheurs, dans des collections privées.

« Allez chercher la science, même si elle est en Chine » dit un célèbre hadith prophétique. Mon expérience me prouve que cet ordre pouvait être la source de grands bonheurs. Et à propos de la Chine et de corans anciens, il me faut rappeler qu’une dépêche récente de l’agence Xinhua, reprise par le « Quotidien du peuple » du 11 octobre 2004 tirait la sonnette d’alarme sur l’état désastreux des plus anciennes copies du coran conservées en Chine et qui nécessitent des restaurations d’urgence. Une perspective de nouvelles aventures ?

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 3/4)

Cet entretien avec l’éminent Professeur François Déroche constitue la troisième partie de l’étude du Dr Abadllah intitulée « Voyages aux sources du Saint Coran ». François Déroche est directeur d’études d’histoire et codicologie du livre manuscrit arabe à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Vous êtes le titulaire de la chaire de paléographie et de codicologie à l’université de La Sorbonne (Paris) pouvez-vous brièvement présenter à nos lecteurs votre spécialité, tellement savante que les termes qui la désignent ne sont même pas dans mon dictionnaire « Petit Larousse » ?

D’abord je suis plus exactement dans les bâtiments de la Sorbonne, mais au sein de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (E.P.H.E.) ; il s’agit d’une institution dont les origines remontent au second empire et qui a toujours manifesté son orientation dans le domaine des sciences un petit peu pointues que sont notamment les sciences auxiliaires de l’histoire.

La paléographie est une spécialité française, si j’ose dire, dont le nom a été inventé au XVIIIe siècle par Bernard de Montfaucon et il existe une longue tradition de cette discipline à l’E.P.H.E.. La paléographie c’est l’étude et la connaissance des écritures anciennes. La capacité de déchiffrer des textes écrits dans des écritures qui n’ont plus cours de nos jours.

La codicologie en revanche est une discipline plus récente. Elle a été « inventée » dans les années soixante. Elle pourrait être définie comme une archéologie du codex (le codex étant le livre tel que nous le pratiquons encore de nos jours, c’est-à-dire un volume avec des pages que l’on tourne et non pas un rouleau tel qu’on les utilise parfois ou un livre en éventail ou tout autre type de support de l’écrit).

Ainsi, la datation des codex anciens se fait surtout sur l’analyse du style d’écriture. Que donnent les procédés physiques de datation dont le plus connu utilise le carbone quatorze ?

Effectivement l’écriture est un très bon critère pour dater les manuscrits, mais pour arriver à cela, il faut commencer par mettre au point un système qui repose sur l’existence de manuscrits datés. Chose qui n’est pas toujours possible. Il y a des périodes de la tradition manuscrite pour lesquelles nous ne disposons plus de témoins datés. Dans ces cas-là, on est obligé de travailler d’après des appréciations qui sont parfois personnelles.

Nous avons la chance d’avoir des manuscrits datés pour le monde musulman à partir du troisième siècle de l’hégire, neuvième siècle de notre ère : il s’agit alors de manuscrits pourvus d’une note plus ou moins proche chronologiquement de la date de fabrication du manuscrit, ce qui permet la datation. Il faut mettre de côté, pour le moment, tous les manuscrits qui sont signés d’un des grands personnages du début de l’islam, dans la mesure où leur statut est un petit peu à part et l’historien a quelque réticence, fondée sur des éléments précis, à admettre spontanément leur valeur de témoignage historique.

Le carbone quatorze est effectivement une ressource, qui maintenant devient d’autant plus intéressante pour le manuscrit ancien copié sur du parchemin, que les échantillons dont on a besoin ont considérablement diminué de taille. Il y a de ça une trentaine ou une quarantaine d’année, il fallait une demi-page de parchemin pour obtenir une datation, actuellement, un centimètre carré permet d’obtenir le même résultat. Il devient beaucoup plus facile d’y recourir car on peut convaincre un conservateur de sacrifier un tout petit morceau de marge, sans que le manuscrit en souffre énormément.

La précision de la datation au carbone quatorze sur ces manuscrits, c’est de l’ordre de l’année, de la décennie, du siècle, des cinq siècles ?

La précision du carbone quatorze est variable, en fait on vous donne une fourchette avec des pourcentages de probabilité, exprimés en écart-type. L’éventail le plus mince représente une trentaine d’années en entre les deux extrémités de la fourchette, avec une probabilité de cinquante à soixante pour cent ; puis on va arriver à des datations beaucoup plus imprécises, pour lesquelles on peut avoir trois siècles d’écart type ! Dans la présentation des résultats, des laboratoires peuvent placer en évidence une date précise, mais il ne faut pas se hâter de conclure que la méthode permet de déterminer l’année exacte de production du manuscrit.

On a comme ça des Corans sur lesquels des datations ont été faites et pour lesquelles, par exemple, les physiciens proposent pour une extrémité de la fourchette la plus large une date de 550 de l’ère chrétienne, ce qui, bien sûr, est totalement impossible ! Mais il faut savoir que la manipulation des dates du carbone quatorze est également un petit peu difficile pour le proche orient dans la mesure où les corrélations avec la dendrochronologie, c’est à dire la datation avec les cercles de l’aubier du bois n’ont pas été toutes réalisées.

Les premières datations réalisées avec le carbone quatorze et que je vois arriver, me paraissent un peu trop vielles, d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, par rapport à mes propres estimations. C’est le cas, par exemple, pour le Coran de Sanaa (Inv. 20-33.1) que les Allemands avaient fait dater : eux-mêmes reconnaissent qu’il est probablement un peu plus tardif que la première fourchette donnée par le carbone quatorze. Et puis, bien sûr, il y a d’autres types d’analyses qui sont possibles, on peut penser à la palynologie, qui peut donner des résultats.

La palynologie, excusez-moi, je ne vais pas trouver ce terme dans mon Petit Larousse…

La palynologie consiste à relever sur un document les pollens qui ont été capturés en surface, ou en profondeur. S’il s’agit de papier, par exemple, le pollen peut être tombé dans la pâte et à ce moment-là, il peut fournir un moyen de localisation. Si l’on trouve, par exemple, du pollen d’un palmier, on saura qu’il vient plutôt d’une région où ce palmier pousse, en revanche, si l’on trouve des arbres qui sont plus septentrionaux, on s’acheminera vers une autre région. Et puis on peut éventuellement le corréler avec des phénomènes climatologiques et aboutir à une datation de cette manière.

On rattache en général le style coufique ancien à la ville de Couffa. En dehors de l’étymologie du terme qui désigne ce style, y a-t-il des éléments matériels faisant penser que ce style est forcément postérieur à la création de cette ville ? Ne peut-on pas imaginer que les scribes Couffa se soient appropriés un style qui leur était antérieur ?

Je suis, depuis longtemps, très réticent face à cette terminologie dans la mesure où elle a longtemps vécu. Le coufique est connu par les auteurs arabes et dans les différents dictionnaires depuis une date assez ancienne et jusqu’à une date assez récente. On rencontre cette définition qui fait du coufique la plus ancienne écriture du monde musulman. Ce qui est, du point de vue de l’historien, une aberration puisque de toute façon, la ville de Couffa n’existait pas au début de l’islam, mais a été fondée en 17/638. Donc, cette explication n’est pas très saine.

Ensuite, il est d’un côté absolument certain, grâce aux sources textuelles, qu’il y a eu un style coufique. Le seul problème, c’est que nous n’avons aucun manuscrit où le copiste ait jugé bon de dire : « et moi, untel, j’ai écrit ceci dans le style de Couffa« . Si tel était le cas, on pourrait dire : ça, c’est du coufique ! Mais malheureusement, nous n’avons pas ça. Donc je suis réticent face à cette terminologie, d’autant qu’elle sert un peu de fourre-tout : je me suis déjà livré à ce divertissement qui consiste à passer une série de diapositives avec les différents styles qu’on qualifie traditionnellement de coufique, les spectateurs se rendent très vite compte qu’il y a tout et n’importe quoi.

Vous êtes l’auteur de très nombreux ouvrages et conférences, en particulier sur les manuscrits coraniques de type Higazi, et sur les Corans des premiers siècles de l’hégire. Pouvez-vous nous faire une brève description des Corans les plus anciens connus à ce jour ? Comment sont-ils parvenus jusqu’à nous ? N’y a-t-il pas, de la part des chercheurs liés aux différentes collections, une tendance à prétendre que leur Coran est plus ancien que celui du voisin ?

Les Corans les plus anciens sont de format vertical, c’est-à-dire qu’ils se présentent comme les livres que nous connaissons, comme le livre moderne arabe. Ils sont copiés sur parchemin ; nous avons quelques fragments copiés sur du papyrus, mais on ne sait pas s’il s’agissait de copies partielles, en particulier à vocation d’amulettes, où s’il y avait de véritables manuscrits copiés sur du papyrus. Il est possible que l’on ait pensé qu’il était un peu trop fragile pour servir de support au Coran. On va le laisser pour le moment.

Les manuscrits sont de format vertical, l’écriture est d’un type extrêmement particulier qui est penchée du côté droit de la main, assez élancée, assez fine. Elle a surtout une particularité orthographique : les longues de l’arabe classique, l’exemple traditionnel, le A long de « qaala » (il a dit), ne sont pas indiqués et l’on écrit qof, lam, pratiquement comme si on écrivait « qoul », c’est à dire l’impératif de ce même verbe (dis).

Outre cette spécificité, il en existe une deuxième qui est le caractère extrêmement mobile de l’écriture : les scribes n’ont pas de référence claire en matière de calligraphie, il n’y a sans doute pas d’école où l’on apprend à calligraphier, chacun écrit à sa façon. On connaît plusieurs manuscrits qui ont été copiés par deux copistes, qui ont grosso-modo la même orthographe, qui écrivent en inclinant les lettres vers le côté droit de la main : l’on reconnaît très bien le travail de A du travail de B sans risque de confusion. Alors qu’ultérieurement, tout l’effort de l’enseignement de la calligraphie visera à gommer toute différence, de manière à ce qu’on ne reconnaisse plus l’individu derrière une écriture donnée.

Les collections nous sont parvenues du fait de la piété des musulmans vis-à-vis de la chose écrite. Nous avons des traités qui montrent que le monde musulman médiéval, et jusqu’à une époque assez récente, avait pour l’écrit une révérence qui n’était pas très éloignée de celle que l’on constate dans les milieux juifs. En particulier la notion de « guéniza » (sans le nom) semble avoir été connue des musulmans.

Des traités de droit hannafite en particulier montrent bien qu’il était recommandé de recueillir les écrits anciens pour les mettre dans un endroit à l’abri ou les détruire par le feu de manière à éviter qu’ils ne soient souillés. Des fatwas médiévales examinent également tous les problèmes que peuvent poser les papiers qui traîneraient et sur lesquels on risquerait de marcher, alors que dessus se trouvent par exemple le nom de Dieu ou le nom du prophète.

Donc cela a réellement été un sujet de préoccupations et l’on a vu apparaître dans différents points du monde musulman des sortes de dépôts à vieux manuscrits. On en connaît un à Sanaa, bien médiatisé récemment, on en connaît un à Foustat (le vieux Caire), on en connaît un autre à Kairouan et un dernier à Damas ; enfin, il n’est pas impossible qu’à Machhad, on ait une structure de ce type. Il y a donc une habitude qui est très diffusée et qui est assez œcuménique puisque dans le fond de Damas, que je connais le mieux, il y a également de l’hébreu, du latin, du syriaque, de l’arménien, bref, toute sorte de document écrit que, par précaution pour ne pas courir de risque, les gens mettaient de côté.

Bien sûr, entendons nous bien, ce n’était pas systématique : il y avait ceux qui avaient très fortement conscience de cela et ceux qui ne le faisaient pas. Une petite anecdote pour conclure, à l’époque où je commençais à enseigner ces choses-là, une de mes étudiantes, une algérienne m’avait dit : « mais Monsieur, en Algérie, on fait la même chose, on n’utilisera pas le journal en arabe pour envelopper les légumes alors qu’on le fera avec celui qui est en caractères français… » Cette attitude est donc encore vivante de nos jours ; je ne sais pas si elle se perpétue mais, en tout cas, il y a encore quelques années c’était bien le cas.

Je n’ai pas répondu à la question concernant « l’esprit de clocher » des conservateurs, ou « de bibliothèque », mais il existe, c’est certain ! On cherche à avoir le plus et le mieux.

L’état de conservation des manuscrits de style Higazi est étonnant, ils sont souvent parfaitement lisibles. On peut supposer qu’aucun livre de papier ne se serait conservé de cette manière durant quatorze siècles, ont-ils bénéficié de restauration ? Quelles techniques ont alors été utilisées ? Leur conservation nécessite-t-elle des conditions particulières ?

Le parchemin est un matériau qui est résistant, il traverse les âges. Un ennemi c’est bien sûr le feu ; le parchemin ne brûle pas très bien, mais dès qu’il y a un incendie, ça brûle. L’humidité, en revanche, est beaucoup plus ennuyeuse. L’expérience de Sanaa montre qu’un restaurateur moderne peut réussir à retourner une situation qui a l’air désespérée : Ursula Dreibholtz qui travaillait sur cette collection a mis au point des techniques qui permettent de redonner leur jeunesse à des fragments qui étaient complètement recroquevillés sur eux-mêmes à la suite de longues séries d’écarts d’humidité importante comme on en a au Yémen où il pleut et après ça il fait très sec.

Ces manuscrits sur parchemin se conservent donc bien, l’encre peut avoir tendance à s’effacer. Tout dépend de la recette utilisée. À l’époque on utilise plutôt des encres avec un mélange de tanin avec un sel minéral, qui s’accroche relativement bien au parchemin, mais pas totalement. Dans certains cas, l’écriture a pâli, et dans le cas du fragment de la Bibliothèque Nationale Arabe 328 a, on remarque que des gens, un ou deux siècles après, ont repassé certains mots pour les rendre plus lisibles. Donc il y a une possibilité d’effacement. L’état de conservation est extrêmement variable, mais je dirais, à tout prendre, en ce début de troisième millénaire, la santé de ces fragments est meilleure qu’il y a de ça un siècle.

Ces manuscrits sont désormais à l’abri dans des colletions. À la BNF, les efforts de restauration ont surtout visé à nettoyer le parchemin, à le mettre à plat ; la collection Asselin de Cherville qui constitue le gros du fond de corans anciens de la BNF, a été reliée au XIXe siècle sans que les restaurateurs modifient sensiblement leur état. Plus récemment, à Sanaa et à Kairouan, le nettoyage et la remise à plat ont représenté l’essentiel d’une intervention très respectueuse du matériel. Il faut cependant noter qu’un nombre important de copies du Coran de cette période ont disparu au cours des âges : j’en veux pour exemple, toujours dans la collection de Paris, des petits bouts de parchemins conservés sous les cotes Arabe 7191 à 7203.

Propos recueillis par le Dr Abdallah

A suivre…

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 2/4)

Le Coran du musée du Palais du Topkapi à Istanbul (Turquie)

La plupart des musulmans considèrent que l’original othmanien de la vulgate coranique (Le Coran d’Othman) est conservé au musée du Palais du Topkapi d’Istanbul. Il se trouve que j’avais eu l’occasion de faire une visite approfondie de ce merveilleux palais au cours de l’été 2000 en compagnie d’un ami conservateur de ce musée.

J’avais pu constater que le « Coran d’Othmann » ne s’y trouvait pas exposé. Interrogé sur ce fait mon ami m’avait répondu que, pour des raisons de conservation du précieux manuscrit, il n’était exposé que durant le mois sacré de Ramadan, et encore, pas chaque année. Rendez-vous avait été pris pour le ramadan suivant.

En préparation de ce rendez-vous exceptionnel, il était utile de m’interroger sur la provenance historique de ce manuscrit. Selon la tradition ottomane, cet original du Coran arriva à Istanbul sous le règne du Sultan Yavuz Selim avec d’autres reliques considérées comme les signes du Khalifat musulman.

Sultan Yavuz Selim (Yavuz 1er) était l’un des fils du sultan turc Bayazid le second. Né en 1470 après J.C. (H 875), il était d’une forte stature. Il est éduqué par les meilleurs maîtres musulmans de l’empire ottoman et est nommé gouverneur de Trabzon par son père pour parfaire sa connaissance dans l’administration de l’empire et des arts de la guerre.

L’incapacité de son père de défaire ses ennemis menaçant l’empire à l’Est, les Saffavides d’Iran, entraîne une féroce guerre de succession entre les cinq prétendants au trône dont Yavuz Selim sortira finalement victorieux en accédant au sultanat en 1512 (H 918).

La première obsession de Yavuz 1er est de reprendre l’œuvre de son père et de réduire les Saffavides. Il attaque l’Iran et les défait à la bataille de Chaldiran en 1514. Ses ennemis s’allient alors avec les rois Mamelouks d’Egypte pour le combattre. Pour contrer cette alliance menaçante, Yavuz 1er attaque l’armée mamelouk qu’il défait à la bataille de Mercidabik en 1516 ouvrant ainsi à son armée la route de la Syrie et de la Palestine.

Abandonnant momentanément ses ennemis traditionnels iraniens, Yavuz 1er décide de profiter de l’occasion pour renverser les Mamelouks. Le Caire tombe en janvier 1517, le dernier Calife, Al Mutawakil, abdique en faveur de Yavuz 1er du titre de Calife, Commandeur des croyants, Protecteur des lieux saints, le 11 Sha’ban 923 de l’Hégire (29 août 1517).

C’est à cette occasion que le « Coran d’Othmann », accompagné du sabre, du manteau, de dents et de poils de barbe du Prophète (S.W.S.), est rapatrié de La Mecque à Istanbul.

C’est donc avec une certaine fébrilité que je m’envole, en décembre 2000, à l’occasion du mois sacré de Ramadan H 1421, pour un week-end studieux à Istanbul. J’avais auparavant vérifié par téléphone que le Coran que je souhaitais voir était bien exposé.

À peine arrivé, je me précipite au Topkapi et je me retrouve bien devant ce livre magnifique écrit en écriture coufique. Le problème est qu’il est interdit de prendre des clichés et que je ne suis pas suffisamment instruit pour dater ce type d’écriture…. Heureusement, nous sommes en Orient, avec un peu d’insistance et de persuasion, un des conservateurs m’invite, tout à fait officieusement, à revenir le lendemain matin très tôt, avant l’ouverture au public de manière à prendre les photos que je souhaite…. L’image est dans la boîte et je reviens en France montrer à mes amis le résultat de mes investigations.

Ces musulmans pieux ayant reçu la meilleure éducation religieuse sont formels : le texte photographié par mes soins à Istanbul n’est pas écrit en Rasm pur de style Higazi, ce que l’on pourrait attendre de la vulgate othmanienne, il n’est même pas écrit en écriture coufique primitive ! La présence de formes consonantique condensées signe une écriture coufique évoluée datant au mieux du deuxième siècle de l’Hégire ce qui donne raison aux historiens modernes qui datent ce codex de la fin du huitième siècle de l’ère chrétienne.

Le Coran actuellement conservé par le musée du Palais du Topkapi à Istanbul n’a donc que très peu de chance d’être, comme la plupart des musulmans le croient, l’original du Coran d’Othman… Dès lors, on peut douter que l’on dispose encore de l’original complet du texte coranique accessible au public. Je me replonge dans mes chères études à la recherche d’une vérité plus complexe que la croyance populaire.

Quelques connaissances scientifiques sur la datation des corans anciens, l’affaire du palimpseste de Sanaa.

À peine revenu d’Istanbul, la version française de l’article du Gardian sur les travaux de Puin est publiée sur notre site internet favori. J’y vois un clin d’œil providentiel m’incitant à approfondir mes connaissances dans ce domaine. Pour répondre à cet article, je me plonge dans les travaux des scientifiques occidentaux. Il est question de fragments de corans anciens détenus à Londres ou à Tachkent (Ouzbékistan), comme étant les plus anciens corans du monde.

Je découvre avec étonnement que le professeur Puin ne se base pas sur ses propres observations scientifiques mais reprend à son compte les hypothèses de chercheurs occidentaux qui avaient débuté au dix-neuvième siècle par les publications d’Ignaz Goldziher remettant en cause l’historicité des hadiths considérés comme « Sahihs »(sûrs).

Ces hypothèses sont reprises au vingtième siècle par Joseph Schacht, John Wansbrough et enfin Michael Cook, Patricia Crone et Martin Hinds qui repoussent la mise au point de la version canonique du texte coranique à une période bien postérieure à la disparition du Prophète de l’islam (S.W.S.) et même des quatre premiers Califes.

Leurs théories visent à remettre radicalement en question la version musulmane de la transmission coranique, mais elles manquent cruellement de preuves scientifiques, comme des textes datables, pour être étayées… Car les écrits arabes anté-islamiques et qui nous sont parvenus sont extrêmement peu nombreux : quelques inscriptions monumentales gravées dans la pierre, quelques fragments de parchemin contenant des textes administratifs… Les écrits datables des premiers temps de l’islam sont également peu nombreux.

Après avoir publié mon analyse critique de l’article du Gardian sur les travaux de Puin, je m’attache à l’analyse de points de détails. L’insistance de Puin de parler de palimpsestes, ces parchemins recyclés sur lesquels était écrit un nouveau texte après avoir effacé le texte primitif me paraît suspecte dans la mesure où suivant les publications, ces palimpsestes sont très peu nombreux dans les milliers de manuscrits découverts à Sanaa.

En fait, un palimpseste particulier semblait intéresser le professeur Puin : il s’agissait d’un texte coranique très ancien, en Rasm de type Higazi, lui-même recopié sur un texte coranique encore plus ancien ensuite effacé.

Le professeur Puin pouvait légitimement supposer que le texte le plus ancien était une version coranique antérieure à la vulgate d’Othman (où à une unification postérieure selon lui, du texte canonique) qui, par souci d’économie n’avait pas été détruite conformément aux ordres, mais simplement effacé pour y recopier le texte canonique unifié….

Les méthodes scientifiques modernes permettant de révéler le texte sous-jacent, Puin pensait enfin détenir la preuve scientifique, le « chaînon manquant » qui prouverait, par ses différences flagrantes avec le texte coranique actuel, la véracité des thèses radicales de Wansbrough, Cook, Crone et Hinds… D’où l’importance des palimpsestes dans les déclarations tonitruantes de Puin…. Malheureusement pour lui, le texte coranique sous-jacent semble conforme à la version actuelle du Coran… Et on n’entend plus parler du professeur Puin !

En me renseignant sur son triste sort, j’apprends qu’à la suite de ses déclarations très polémiques mais peu scientifiques, le chercheur s’est brouillé avec les autorités yéménites. Comme il avait auparavant pris des dizaines de milliers de clichés des manuscrits de Sanaa, il est rentré en Allemagne avec ses microfilms, mais la plupart d’entre eux ont été voilés et sont donc inexploitables. Pour leur part, les autorités yéménites sont toujours demandeuses d’une coopération avec des chercheurs sérieux pour restaurer les milliers de manuscrits découverts à l’occasion de la rénovation de la grande mosquée de Sanaa.

En février 2003, j’ai la chance d’être au Hajj. Mon voisin de palier est le Grand Mufti de l’Ouzbékistan. Je l’interroge sur le codex de Tachkent, il m’affirme qu’il s’agit en effet d’un Coran très ancien qui est conservé, avec d’autres, dans le musée du centre islamique de la Grande Mosquée de Tachkent dont il est justement le directeur. Il m’invite à venir lui rendre visite et rendez-vous est pris pour l’été suivant à l’occasion de vacances familiales que je projette de passer dans la région… En raison des risques sanitaires liés à l’épidémie de S.R.A.S., je préfère reporter mon voyage en Ouzbékistan pour prendre des vacances plus sûres en Angleterre.

Surprises et tremblements à la British Library

Puisque mon itinéraire passe par Londres, pourquoi ne pas se renseigner sur le manuscrit détenu par la British Library ? Mes recherches préparatoires sur le site de la prestigieuse bibliothèque sont infructueuses. Pas de publication sur ce mystérieux manuscrit, pas de commentaire, pas d’histoire officielle, impossibilité d’accéder aux références de la prestigieuse collection de manuscrits orientaux si l’on n’est pas au préalable inscrit en tant que chercheur… Je suis en permanence renvoyé vers le Coran du Sultan Baydar, un coran très richement enluminé, daté du seizième siècle de l’ère chrétienne dont on peut consulter un fac-similé page par page sur le site internet de la British Library. Une œuvre artistiquement intéressante mais de peu de valeur en regard de l’objet de mes recherches… Le Coran ancien de la British Library serait-il un mythe ?

Au début septembre 2003, me voilà à pied d’œuvre. Je visite les salles d’exposition ouvertes au public, derrière des vitrines blindées, j’admire les manuscrits originaux de Léonard de Vinci, le plus ancien texte de la bible, le Codex Sinaïticus daté du quatrième siècle de l’ère chrétienne et j’aborde la section réservés aux corans. Le Coran de Baydar y est exposé en bonne place. À sa gauche, au milieu d’autres corans d’époques diverses, j’ai un choc : un coran en Rasm pur, de style Higazi, parfaitement conservé ! Exactement celui que je cherche ! La petite étiquette m’indique la référence « Or 2165 : Coran de style Higazi, l’une des plus anciennes copies du Coran« …. Les questions se bousculent alors dans ma tête : ainsi, le fameux Coran ancien de la British Library existe bel et bien… Mais alors, pourquoi tant de discrétion de la part des détenteurs de ce trésor ? D’où vient-il ? Quelle est son histoire ?

Pour avoir accès à d’éventuels ouvrages traitant du sujet et conservés dans la section « Oriental Manuscripts » de la prestigieuse bibliothèque, il faut bénéficier du statut de chercheur… Je suis reçu par un très british « Staff Officer » qui m’interroge sur le but de mes recherches puis sur mes diplômes. Je découvre alors que mon doctorat en médecine m’ouvre en grand les portes de l’honorable institution.

Grâce à ma toute nouvelle carte de chercheur, j’accède enfin à la salle de lecture de la section convoitée. Les règles sont très strictes : les bagages et les manteaux, ainsi que les appareils électroniques doivent être déposés au préalable à la consigne. Un contrôle des cartes et des affaires personnelles est effectué à l’entrée et à la sortie de la salle. Seuls les feuilles blanches et les crayons de papier sont tolérés (à l’exclusion de tout stylo), chaque chercheur se voit attribué une place numérotée, ceux qui étudient les manuscrits les plus anciens sont directement sous les yeux des bibliothécaires qui épient leurs moindres mouvements… Un silence absolu règne en maître.

Un bibliothécaire m’explique le fonctionnement de l’ordinateur pour les recherches bibliographiques. Je décide de me familiariser avec le système en commandant des manuscrits coraniques coufiques datés du deuxième siècle de l’hégire. Comme il s’agit du Saint Coran, je m’éclipse un instant pour faire mes ablutions. À peine revenu, le bibliothécaire m’amène plusieurs cartons fermés par des lacets. J’ouvre délicatement avec beaucoup d’émotions, une petite notice explicative accompagne le document, une très forte odeur de peau de mouton, j’ai dans les mains un manuscrit vieux de plus de mille ans, quelques versets du Saint Coran, de style coufique primitif avec voyelles colorées. Les larmes aux yeux, je remercie Allah de m’avoir donné le privilège de contempler et de toucher de tels trésors.

L’heure avance et la bibliothèque va fermer, je rentre auprès de ma famille pour préparer ma journée du lendemain consacrée uniquement à l’étude de l’histoire, des origines, des commentaires et des recherches faites sur le manuscrit Or 2165.

Dès l’ouverture, je me précipite dans la salle de lecture. Très rapidement, je m’aperçois qu’il n’existe aucune publication référencée sur le précieux document. Interrogé, le bibliothécaire cède sa place à un monsieur qui se présente comme étant le directeur adjoint de la section des manuscrits orientaux. J’ai enfin un interlocuteur digne de ce nom ! Je le félicite pour la richesse de ses collections puis je rentre dans le vif du sujet : quelle est l’histoire du manuscrit Or 2165 ? comment est-il parvenu jusqu’ici ? D’où vient-il ? Existe-t-il des publications à son sujet ? Comment a-t-il été daté, a-t-il fait l’objet d’études au Carbone 14 ?… Sous le feu roulant de mes questions, je sens le flegme de mon interlocuteur disparaître rapidement pour laisser la place à une certaine fébrilité qui ne cache pas sa gêne…

Ses réponses sont confuses, il en ressort le manuscrit proviendrait du Caire où il aurait été acheté par un pasteur anglais au dix-neuvième siècle puis vendu au British Museum de l’époque. Le manuscrit contiendrait les 3/4 du texte coranique, les procédés physiques de datation auxquels il aurait été soumis n’auraient rien donné. Il se dit incapable de répondre trop précisément à mes questions, n’étant pas spécialiste du sujet… Le grand spécialiste international est un de mes compatriotes, le Professeur François Déroches, qui enseigne à la Sorbonne… C’est lui que je devrait aller consulter, me suggère-t-il.

Comme je continue à le questionner sur l’absence de publication référencée et que je m’étonne de la discrétion de la British Library à détenir un tel trésor, il se souvient soudainement qu’il existe un ouvrage non référencé, auquel a justement participé le Professeur Déroche, qui pourrait répondre à certaines de mes questions. Le marché me semble clair : « Vous arrêtez de me poser des questions sur ce sujet trop sensible, en échange, je vous fais accéder à une publication qui n’est pas officiellement référencée…« 

Il disparaît alors pour revenir avec un très volumineux ouvrage, sur le « Projet Amari 2″ dédié à Michele Amari, publié à 200 exemplaires par la British Library, Londres 2001. Intitulé « Sources de la transmission manuscrite du texte coranique » de François Déroche et Sergio Noja Noseda, de la Fondazione Ferni Noja Noseda Studi Arabo Islamici.

L’introduction dit qu’au XIXème siècle, Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, un français, était professeur d’art oriental au Caire, il étudiait des papyrus de textes anciens et se basait notamment sur les travaux de Ibn al-Nadim du 4ème siècle après l’hégire qui décrivait un style particulier d’écriture dans un ouvrage nommé « Fihrist ». Il avait un étudiant, Jean Louis Asselin de Cherville, agent du Consulat de France en Égypte, qui avait réuni une collection de vieux manuscrits coraniques des 7ème au 10ème siècle après J.C. Cet étudiant avait commencé à ranger sa collection mais sa mort précoce l’empêcha de publier. Sa collection fut acquise en 1833 par la Bibliothèque royale de Paris et mise à disposition des orientalistes.

Peu après, Michele Amari, un militant pour l’indépendance de la Sicile, réfugié politique à Paris, fut chargé par Joseph Reinaux, de la Bibliothèque royale de Paris, de classer les documents de la collection d’Asselin de Cherville. Les conclusions auxquelles arriva Amari révolutionnaient les connaissances sur la transmission primitive du Coran, il fut donc organisé un concours sur ce sujet par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Les vainqueurs ex-aeco de ce concours furent Aloys Sprenger, Théodor Nöldeke et Michele Amari.

Le « Projet Amari », lancé en Italie à la fin des années 90, était d’étudier l’ensemble des manuscrits coraniques en style Higazi, en rassembler les textes pour les comparer avec la version actuelle du texte coranique pour pointer les différences éventuelles. Il ressort de ce travail que :« (Le Coran du premier siècle ainsi reconstitué) contient 16 mots qui sont orthographiés différemment de la version officielle du Coran qui est celle du Roi Fouad d’Égypte de 1919….« 

Dans le chapitre « Quelques idées pour une conclusion provisoire« , Sergio Noja Noseda écrit : « Le Coran du premier siècle que nous avons devrait, pour être complet, comporter 547 pages, mais nous n’en avons que 520. Il manque 27 pages de la sourate 78 soit l’équivalent de 5% du texte total. »

Ainsi, suivant cette très sérieuse publication de 2001, les musulmans disposeraient de manière quasi-certaine du texte coranique inchangé depuis le premier siècle de l’islam !

Le précieux ouvrage contient également les photos, grandeur nature, reproduisant les pages du Coran de la British Library référencé et de son frère jumeau, un Coran détenu par la Bibliothèque Nationale de France à Paris, référencé « Arabe 328″.

La Bibliothèque Nationale de France puis ma rencontre avec le Professeur François Déroche

De retour en France, je me plonge dans la recherche des ouvrages de François Déroche. La plupart, tirés en petit nombre sont épuisés. Je décide de m’inscrire en tant que chercheur à la Bibliothèque Nationale de France (BnF), à Paris, ce qui me donne accès aux magnifiques salles de lectures, notamment au sous-sol de la Très Grande Bibliothèque François Mitterand. Je navigue alors dans les publications sur la classification des manuscrits arabes anciens, sur la codicologie (la science des codex), les conférences sur les Corans anciens. Ainsi, je prépare l’interview que je compte proposer au Professeur Déroche pour le compte d’Oumma.com.

Parallèlement, je poursuis ma recherche du manuscrit « Arabe 328″. Il est localisé dans l’Annexe Richelieu de la BnF et pour y accéder, il faut montrer patte blanche : le statut de chercheur est indispensable, mais en plus, il faut prendre rendez-vous et motiver précisément l’objet de la recherche. Après quelques tentatives infructueuses, j’aurai l’immense privilège d’être en contact avec ce trésor le premier décembre 2003.

Ma première rencontre avec le Professeur Déroche, considéré comme le premier spécialiste mondial des corans anciens, a lieu à l’issue de son cours de codicologie à la Sorbonne. L’homme a une sympathique allure de « Professeur Cosinus », les cheveux en bataille, les pensées souvent absorbées par des réflexions qui échappent au commun des mortels que je suis…

Après une brève phase de méfiance, son œil s’éclaire rapidement de la flamme de la passion quand il parle de ses recherches sur les corans primitifs. Je lui parle de mes recherches et de mes découvertes, il accepte le principe d’une interview. Cette interview a lieu le huit décembre 2003, dans un café parisien. J’en ai longuement préparé les questions en étudiant toutes les publications disponibles sur le sujet et en particulier les ouvrages du maître.

Voyages aux sources du Saint Coran (partie 1/4)

En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien. (S.15, V10)

Tout a commencé par la publication, le 20 décembre 2000 sur Oumma.com, de la version française d’un article publié au préalable dans le quotidien britannique « The Gardian ». L’article était intitulé « Le Coran revisité par la philologie : des manuscrits ’Satanique’ ? (Traduction : Courrier International) par Abul Taher du Quotidien Anglais « The Guardian »  » (http://oumma.com/article.php3 ?id_article=501)

Cet article comportait des affirmations graves concernant les sources du Coran, relayées par un scientifique allemand nommé Gerd Rudiger Puin, qui visaient à remettre en question la croyance des musulmans de posséder le texte original du Saint Coran en arabe.

Piqué au vif, j’avais publié sur le site une première réaction. Puis je m’étais attaché à tester la valeur scientifique des affirmations du professeur Puin pour découvrir une authentique supercherie, un travail de désinformation visant à faire douter les croyants de la véracité du dogme musulman.

J’achevais mes recherches sur le professeur Puin par la publication d’un article intitulé : « « Le Coran revisité par la philologie : des manuscrits ’Sataniques’ ? » Histoire d’une imposture. » (http://oumma.com/article.php3 ?id_article=163)

Au-delà des manipulations sordides auxquelles s’était prêté les auteurs du premier article, il restait une question importante pour moi : en l’état actuel des connaissances humaines, quelles sont les chances scientifiques de l’authenticité du texte coranique que les musulmans récitent dans chacune de leurs prières ?

Je tiens à préciser que je ne me considère pas comme un spécialiste, ni du Saint Coran, ni de l’islam, encore moins des langues sémitiques, de la paléographie ou de la codicologie ! Je ne suis qu’un simple musulman, chercheur amateur, disposant d’un petit bagage scientifique que m’ont conféré mes études de médecine.

Cette modeste publication n’a donc certainement pas la prétention d’être un article scientifique. Il ne s’agit que d’un simple texte de vulgarisation qui n’a rien d’exhaustif, rendant compte de mes doutes et de mes découvertes à l’occasion d’une formidable aventure que j’ai vécue ces dernières années.

Je tiens également à souligner que les croyances religieuses, notamment des religions monothéistes et les connaissances scientifiques font rarement bon ménage : d’un côté la croyance est basée sur une conviction intime de l’existence de Dieu, Créateur de l’univers, Maître du Jour du Jugement Dernier, de l’autre les connaissances scientifiques sont, ou devraient être basées sur des constatations physiques soumises à des hypothèses réfutables confirmées par leur confrontation constante à la réalité.

C’est ainsi que les connaissances scientifiques évoluent au cours du temps et des outils que se forgent les chercheurs, alors que le dogme fondamental de la croyance, et en particulier la croyance monothéiste, n’évolue pas dans son essence en fonction du temps.

Le risque de confrontation entre « la science » et « la croyance » est encore accru en ce qui concerne l’islam dans la mesure où la plupart des scientifiques chargés d’étudier cette religion sont des non-musulmans, que leurs commanditaires n’ont pas que des visées purement philosophiques et que le monde musulman subit à l’heure actuelle la domination politique, technologique et médiatique du monde occidental.

Aperçu de la compilation du Coran selon la tradition musulmane

Du côté des musulmans, il existe une très longue tradition d’études approfondies sur les sources du Saint Coran, la manière dont il a été révélé puis compilé, la manière dont il est ensuite parvenu jusqu’à nous. Les sanctuaires de la tradition musulmane se trouvent actuellement pour les sunnites, au Caire, à Fez, à Damas, à Riad, à Istanbul, pour les chiites à Qom, à Machhad, à Nadjaf et à Karbala. Les amateurs de références modernes pourront utilement se reporter à l’article d’Abdelhamid BELHADJ HACEN, Docteur en linguistique (université Lille 3) « Le Coran, entre histoire et écriture » (oumma.com/article.php3 ?id_article=95).

Pour résumer, la tradition musulmane nous rapporte qu’avant l’arrivée du dernier des Prophètes (S.W.S.), la péninsule Arabique parlait différents dialectes arabes, proches les uns des autres. L’écriture était connue et pratiquée par une minorité de lettrés riches, que ce soit chez les Juifs, qui possédaient des rouleaux de la Thora, les Chrétiens qui possédaient des Évangiles écrits ou les païens qui notaient par écrit les poèmes les plus fameux. Mais, probablement du fait du prix prohibitif des supports (parchemins ou papyrus), le mode principal de transmission des savoirs de cette époque n’était pas l’écriture.

Les sociétés arabes du septième siècle de l’ère chrétienne étaient de tradition orale. Cette tradition prenait une importance considérable, elle vivait au travers d’immenses poèmes de plusieurs milliers de vers chacun, chansons de geste relatant les mythes fondateurs, les batailles, les héros, les mariages, les joies et les peines de chacune des tribus de la péninsule arabique.

Ces poèmes transmis de génération en génération tenaient la place que prennent notre radio, notre télévision et notre presse actuelle. On peut également imaginer que les poètes tenaient le rôle social de nos grands intellectuels ou de nos grands journalistes contemporains.

Toujours est-il qu’avant même le début de la mission prophétique de Mohammed Ibn Abdallah (S.W.S.), les traditions tribales étaient favorables à la transmission orale d’un ouvrage comme le Saint Coran. C’est ainsi que les premiers croyants n’eurent aucun mal à mémoriser par cœur les milliers de versets au fur et à mesure de la révélation.

Cependant, de nombreux hadiths (traditions prophétiques) sahihs (sûrs) nous relatent le fait que le Prophète de l’islam (S.W.S.), lui même illettré, insista dès le début de la révélation pour que les versets révélés, la parole de Dieu, soient immédiatement transcrits par les témoins de la révélation, par écrit sur un support quelconque. À l’inverse, le Prophète (S.W.S.) interdisait à ses compagnons de prendre note par écrit de ses propres paroles de manière à ne pas les confondre avec la révélation divine.

Cette retranscription contemporaine par écrit est suggérée par le Coran qui parle, à propos de lui-même « du Livre » (Al Kitab), de « feuilles purifiées » (Souhoufoun Mutahara). La tradition musulmane rapporte plusieurs références à cette transcription écrite contemporaine de la révélation : c’est par exemple l’histoire de la conversion de Saïdna Omar qui, furieux que son beau-frère cherche à protéger de lui des pages sur lesquelles étaient des versets, tombe émerveillé par la beauté du texte.

On rapporte également l’existence, à la fin de la révélation, de plusieurs compilations privées complètes dont une, annotée de commentaires, détenue par Setna Aïcha, la mère des croyants. Mais en marge de ces transcriptions « privées », le Prophète (S.W.S.) pris soin de s’entourer dès les premiers temps de la révélation de scribes chargés de la transcription du précieux message coranique.

Le phénomène de la révélation étant épisodique et imprévisible, les scribes se relayaient auprès du Prophète (S.W.S.). La compilation de l’ouvrage ne suivant pas un ordre chronologique, le Prophète indiquait au fur et à mesure aux scribes la place des versets nouvellement révélés. L’ensemble du Coran déjà révélé était récité en entier par le Prophète (S.W.S.) à l’occasion des prières du mois de Ramadan. Lors de son dernier mois de Ramadan, le Prophète (S.W.S.) le récita deux fois en entier, certains compagnons en déduirent l’annonce de sa disparition prochaine.

C’est ainsi que l’ouvrage en cours de révélation pouvait être vérifié par l’ensemble des croyants qui assistaient à ces prières particulières au premier rang desquels les scribes officiels. Le travail des scribes allait aboutir à la compilation « institutionnelle » du Coran sous la houlette du chef des scribes du Prophète (S.W.S.), Zaïd Ibn Thabit.

ZAÏD IBN THABIT, LE CHEF DES SCRIBES

Zaïd Ibn Thabit avait aux alentours de seize ans lorsqu’il fut recommandé au Prophète (S.W.S.) pour entrer à son service. Trois ans auparavant, il avait vainement essayé de s’enrôler dans le premier corps expéditionnaire musulman qui se préparait pour la bataille de Badr. Il en avait été empêché par le Prophète (S.W.S.) qui le considérait comme trop jeune. Sa deuxième tentative, l’année suivante pour la bataille de Uhud s’était également soldée par un échec pour le même motif.

Il avait alors décidé de mettre ses compétences intellectuelles au service de la mission prophétique en apprenant par cœur dix-sept sourates déjà révélées du Saint Coran, avec leurs différents types de prononciations. C’est en entendant sa manière de réciter le Coran que le Prophète (S.W.S.) avait décidé de le prendre à son service. Il lui avait alors assigné une mission : apprendre à lire à écrire et à parler l’hébreu, la langue des israélites, de manière à pouvoir communiquer, notamment par écrit avec eux. Il devint ainsi le traducteur officiel du Prophète lors de ses relations avec les différentes tribus juives. De même, il apprit le Syriaque.

Sa fonction de lettré lui permit d’être un des quarante-huit compagnons du Prophète (S.W.S.) qui retranscrivaient la révélation à la demande de l’envoyé de Dieu tout en continuant à l’apprendre par cœur. Ce n’est qu’après avoir constaté son sérieux, sa précision et la rigueur qu’il mettait à transcrire la révélation divine que le Prophète (S.W.S.) lui confia la charge de chef des scribes.

C’est du vivant même du Prophète (S.W.S.) qu’il commença à réunir les fragments de notes prises par d’autres à l’occasion de la révélation des versets coraniques. Il soumettait ainsi directement au Prophète le fruit de ses travaux et de ses réflexions. À la mort de ce dernier, la révélation était, logiquement pour l’époque, conservée dans le cœur de très nombreux croyants ou sur des supports épars, mais n’était pas totalement compilée dans un ouvrage unique officiel.

Abou Bakr, le premier calife de l’islam, qui succéda au Prophète (S.W.S.) en H 11, eut rapidement à faire face à l’apostasie de nombreuses tribus de la péninsule Arabique. Il s’en suivit de très nombreuses guerres d’apostasie et de nombreuses batailles. Au cours de l’une d’elles, la bataille de Yemâma, un grand nombre de compagnons du Prophète (S.W.S.), qui participaient au corps expéditionnaire furent tués. Parmi eux il y avait de nombreux « Hafiz El Coran », ceux qui avaient appris l’intégralité du Coran par cœur.

Voyant le capital de ceux qui avaient appris le Coran par cœur du temps du Prophète (S.W.S.) diminuer, Omar conseilla au calife Abou Bakr de charger quelqu’un de compiler le livre saint par écrit. Celui-ci, après une phase d’hésitation à parachever la compilation laissée incomplète par le Prophète (S.W.S.) se tourna naturellement vers Zaïd Ibn Thabit et lui dit : « Etant donné que tu es un jeune homme intelligent, que personne ne doute de ta sincérité ni de ta mémoire, puisque tu avais l’habitude d’écrire la révélation pour l’envoyé de Dieu, je te charge de collecter tous les témoignages du Coran qui existent puis de les rassembler dans un ouvrage unique. »

Zaïd commenta cet ordre de la manière suivante : « Par Dieu, si Abou Bakr m’avait demandé de déplacer une montagne, ça m’aurait été moins difficile que d’exécuter son ordre concernant la collection du Coran.  »

Il s’attela à sa tâche et regroupa tous les témoignages de la révélation : notes prises sur des parchemins, des omoplates de chameaux ou de moutons, des feuilles de palmiers, des papyrus, témoignages de ceux qui avaient appris le Coran par cœur. Il était extrêmement méticuleux et faisait très attention qu’aucune erreur, même non-intentionnelle, ne s’insinue dans le texte sacré.

La difficulté principale venait du fait qu’en prenant note de la révélation, de nombreux témoins avaient mélangé le texte de la révélation avec du commentaire de cette dernière. Zaïd rendit une première compilation au calife Abou Bakr. À la mort de ce dernier, l’ouvrage échut à son successeur, Omar, puis Hafsa, fille de Omar, mère des croyants (épouse du Prophète S.W.S.) et connaissant le Coran par cœur, en hérita.

Du temps du troisième calife Othmann , (H 23 à H 35) des différences significatives dans la prononciation lors de la récitation du texte sacré apparurent. Un groupe de compagnons du Prophète, dirigé par Hudhayfah ibn al-Yaman revenant de l’Irak s’en ouvrir au calife en le pressant de « sauver la communauté des croyants avant qu’elle en diverge sur le Saint Coran  ».

Othmann récupéra alors le manuscrit du Coran de Hafsa et le confia à nouveau à Zaïd Ibn Thabit en le chargeant de présider une commission de copistes composée de : Abd-Allâh ibn Az-Zoubayr, Sa`îd ibn Al-`Âs et `Abd Ar-Rahmân ibn Al-Hârith ibn Hichâm.

Les copies furent remise au calife qui renvoya l’original à Hafsa, en garda une, que l’on appelle « Le Coran d’Othmann » et envoya les autres dans différentes provinces de l’empire musulman naissant avec ordre de détruire les autres traces écrites qui auraient pu subsister de manière à ce qu’il n’existe qu’une version du texte sacré. La tradition rapporte que le Calife Othmann fut assassiné alors qu’il lisait son propre Coran et que ce Coran serait taché de son propre sang…

Il semblerait également qu’il s’agissait de mettre le texte sacré en sécurité dans différentes métropoles de l’empire pour le préserver en cas de conquête de l’une d’elles par les ennemis de l’islam.

Les réformes orthographiques et grammaticales et les débuts de la calligraphie

Le texte était en « Rasm » pur, c’est-à-dire sans la plupart des lettres « alif », des voyelles brèves ou les points diacritiques. La calligraphie des premiers corans était très sommaire, appelé le style Higazi. Il est vraisemblable que le texte écrit n’ait, à ce stade de l’écriture, servi que de support de mémoire pour des croyants qui connaissaient déjà le Coran par cœur et qui avaient juste besoin d’un « pense-bête ». La transmission du Coran se faisait essentiellement de manière orale.

L’écriture a un tout autre rôle lorsqu’il s’agit de communiquer entre deux personnes qui ne sont pas physiquement en contact et qui ne connaissent pas a priori le contenu du message qu’ils s’échangent.

Les choses se sont encore compliquées, dans les premières années du Califat, par l’arrivée dans l’islam de très nombreux peuple qui n’étaient pas arabophones. C’est ainsi que le texte coranique qui paraissait évident à des arabes devint difficile à mémoriser pour de nombreux musulmans fraîchement convertis.

On rapporte qu’à Bassora, quelqu’un lu de manière erronée le verset 9 :3 (Allah désavoue les polythéistes. Son messager aussi) en lisant : « Allah désavoue les polythéistes et Son messager…  » Ce qui montra à tous l’urgente nécessité de réformes de l’écriture arabe.

On attribue généralement à Abou al-Aswad al-Douali (père de la grammaire arabe, mort en H 69) l’invention de traits colorés pour le signalement de voyelles brèves (chakl) et l’introduction dans le texte coranique des traits diacritiques pour distinguer les consonnes (I’jam). Ce travail fut complété et affiné par le gouverneur de l’Irak Al Hajjaj Ibn Youssuf al Taquafi (mort en H 95) qui remplaça les traits diacritiques par des points groupés par un, deux ou trois au dessus ou en dessous des consonnes, permettant ainsi de les distinguer. Il rajouta également au texte coranique des voyelles longues de manière à ne plus pouvoir confondre les mots alors qu’on lisait le Coran sans en avoir appris le texte au préalable.

Les voyelles courtes colorés furent finalement remplacées par huit nouveaux signes de vocalisation (les voyelles brèves telles qu’on les connaît actuellement) par al Khalil ibn Ahmad al Farahidi grammairien et philologue arabe (mort en H 169), permettant ainsi d’écrire de manière complète en n’utilisant qu’une couleur d’encre.

La calligraphie arabe ne commença à être codifiée qu’à partir de la création de la ville de Koufa en Irak dont la construction commença en H 17 et s’acheva en H 63. Son développement en tant que foyer d’érudition suscita la création d’un nouveau style d’écriture : l’écriture coufique qui donna lieu à de très nombreuses sous classes.

C’est Abou Ali Ibn Moqlah (mort en H 328) qui paracheva les règles de la calligraphie arabe en se fixant comme tâche de dessiner une écriture cursive qui soit à la fois belle et parfaitement proportionnée. Il aboutit à une méthode d’écriture, baptisée al-Khatt al-Mansob qui est à la base d’une grande partie des écritures arabes modernes.

Ainsi, c’est que par la simple connaissance des dates des réformes orthographiques et grammaticales et en analysant les styles d’écriture, on peut dater, avec de bonnes chances de succès, les manuscrits anciens et en particulier les manuscrits coraniques : si le manuscrit inclus la réforme de l’écriture datée, on peut être certain qu’il est postérieur à l’adoption de cette réforme !

A suivre…

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