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Karim Achoui: « Pour la justice, Achoui victime ou accusé, c’est pareil! »

Karim Achoui:

Karim Achoui au tribunal de Paris © Maxppp

Avocat franco-algérien, Karim Achoui est connu pour ses liens supposés avec le milieu et pour son implication dans plusieurs affaires, ce qui lui a valu le surnom d’ »avocat des voyous » dans les médias. Il est également le fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans et vient de publier son nouveau livre aux éditions Hors Lignes: « Musulmans quels sont vos droits ? « .

Peut-on porter le voile à l’université ? Puis-je demander de la viande halal à la cantine scolaire? Mon employeur peut-il m’interdire de prendre des pauses afin d’effectuer mes prières ? Sous-titré « 101 réponses pratiques aux questions que vous vous posez » cet ouvrage a pour seule ambition de répondre à des questions de droit. Mais au-delà, son auteur aimerait que ce petit livre contribue à la compréhension mutuelle et à la tolérance ainsi qu’au respect de la liberté de religion dans une société moderne et ouverte.

Dans cette série d’entretiens Karim Achoui revient également sur sa radiation du barreau de Paris en 2010, sur les attentats à Charlie Hebdo, ou encore sur son engagement contre le Front National.

http://www.franceinfo.fr/emission/tout-et-son-contraire/2014-2015/karim-achoui-pour-la-justice-achoui-victime-ou-accuse-c-est-pareil-31-03-2015-04-25

 

LE CAIRE BÂTIE PAR LES BERBERE SUR LES TRACES DU MAÇON DE JIJEL

 

La  confrontation footballistique entre l’Algérie et l’égypte, en dépassant le cadre sportif, a néanmoins permis à beaucoup  de replonger dans les méandres de l’histoire.“Grâce“ aux déclarations tapageuses des médias cairotes sur ce que notre pays leur “doit”,

 le passé a ressurgi sur plusieurs registres. L’histoire, avec un grand H, est pourtant bien là pour montrer que s’il faut parler de contributions, c’est plus de l’ouest vers l’est.    L’Algérie, et le Maghreb en général, ont, depuis des millénaires, marqué de leur empreinte le pays des Pharaons. Il suffit de marcher dans Le Caire, surtout la partie ancienne, pour s’en convaincre. Pour ceux qui ne le savent pas, la capitale égyptienne a été bâtie grâce à des… Algériens. Une réalité historique que beaucoup parmi les égyptiens rencontrés au Caire ne connaissent pas et surtout n’arrivent pas à croire.

 Par Salim Koudil (Liberté)

Al azher

LE CAIRE BÂTIE PAR LES BERBERE SUR LES TRACES DU MAÇON DE JIJEL  dans histoire culture moz-screenshotcaire


Presque tous se contentent d’affirmer qu’elle a été créée au temps des Fatimides sans pouvoir (ou vouloir) en dire plus. Les faits sont là. C’est en 969 que la terre des Pharaons a été conquise par les armées fatimides venant d’Algérie, et ces dernières étaient constituées essentiellement de guerriers venant d’une région appelée Ikjan, du côté de Jijel, appartenant à la tribu berbère de Koutama. Plusieurs historiens affirment qu’en plus d’avoir conquis le pays, la construction du Caire, qui aurait duré quatre ans, a été également l’œuvre des Amazighs. On est arrivé même à parler du fameux maçon de Jijel, bâtisseur de la grande Qahira. Les vestiges de la dynastie fatimide existent toujours.
Ce sont des endroits très prisés par les touristes. La rue d’El-Moez Eddine Allah El Fatimi est considérée comme le plus grand musée ouvert des monuments islamiques au monde. On y trouve, entre autres, de nombreux mosquées et palais. Il y a également la magistrale “porte”, immense bâtisse datant de la même époque et dont le nom, Bab Zouila, représente celui d’une tribu berbère.  En outre, il y a également la très connue mosquée d’El-Azhar, du côté du quartier touristique de Khan Khalili, qui englobe en son sein la deuxième plus ancienne université encore active au monde.
Fondée en 970 par les enfants de Koutama, son imam (actuellement Mohammed Tantaoui) représente la plus grande autorité islamique en égypte. On peut aussi revenir encore plus en arrière dans le temps pour retrouver d’autres indices de la présence de nos aïeux. Le plus connu est le fondateur de la 22e dynastie pharaonique, le Berbère Chechonq Premier. “Le Obama des temps anciens, c’est lui”, nous dit un membre de l’ambassade d’Algérie au Caire, en précisant qu’“il a en quelque sorte beaucoup de points communs avec le président américain. Il n’a pas conquis le pouvoir avec une armée comme beaucoup le pensent. Tout simplement son grand père est venu vivre en égypte et s’est retrouvé, au fil des années, au poste de grand prêtre. Il a ainsi placé son petit-fils, et ce dernier a pu devenir pharaon, après avoir été général en chef des armées et conseiller du roi dont il a épousé la fille”. Une visite au musée égyptien du Caire permet de retrouver les traces de cette dynastie (-945) – (-660). Le plus connu est le masque funéraire de Chechonq II. Une autre “histoire” égypto-algérienne a été construite par Juba II. Ce roi de la Numidie avait épousé la fille de la reine Cléopâtre, Séléné. Mais là, “l’empreinte” la plus visible n’est pas au pays des pharaons, mais tout simplement à 70 kilomètres d’Alger, à Tipasa. Le tombeau de la Chrétienne n’est que celui de la femme du aghelid amazigh.

Le saviez-vous  ? Le pape Sylvestre II a étudié à la Qaraouiyine

 

Le saviez-vous  ? Le pape Sylvestre II a étudié à la Qaraouiyine dans histoire culture

 

Alexandre II Image illustrative de l'article Alexandre II (pape)

Aux IXe et Xe siècles, l’Occident musulman est probablement la région qui concentre le plus de connaissances sur les mathématiques et l’astronomie. Les chrétiens d’Europe accusent un retard conséquent en la matière et ceux qui désirent combler leurs lacunes trouvent en Andalousie, et plus particulièrement à Cordoue, le lieu d’érudition par excellence. En 967, Gerbert d’Aurillac, un jeune moine français, qui deviendra en 999 le Pape Sylvestre II, se rend en Catalogne pour parachever ses études. Il se passionne pour les mathématiques et suit probablement des cours à Cordoue, alors à l’apogée de l’empire omeyyade, qui dépend de l’université Qaraouiyine de Fès. La capitale de l’empire des Maures apparaît comme l’étape ultime du cheminement de Gerbert. Même si aucune trace écrite ne témoigne de ce voyage, les recherches des historiens confirment l’hypothèse. Les orientalistes européens du XIXe siècle évoquent par erreur l’abbaye catalane de Vich (phonétiquement proche de Fès) pour retracer la formation mathématique de Sylvestre II. Quoi qu’il en soit, le premier pape français de l’Histoire a grandement contribué à faire connaître les chiffres arabes dans le monde chrétien, d’ailleurs on lui attribue aussi à tort l’introduction du zéro.

La véritable histoire de Charles Martel : celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen ignorent

Avatar de Salah Guemriche

Par 
Écrivain

LE PLUS. Cette figure historique est fréquemment invoquée, en particulier par l’extrême droite. Mais qui était vraiment Charles Martel ? Quelle est la part de mythe et celle de vérité ? Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien, auteur notamment de « Abd er-Rahman contre Charles Martel », partage ses connaissances.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

La véritable histoire de Charles Martel : celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen ignorent dans histoire culture 6491432292056

Une gravure de la bataille de Poitiers, le 10 octobre 732 (MARY EVANS/SIPA)

 

Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une « Journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme », le nom de Charles Martel, « sauveur de la chrétienté », est venu, dans bien de réseaux liés à l’extrême-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France « pays des droits de l’homme », mais de la France « fille aînée de l’Église ».

 

Comme si la théorie du « choc des cultures » s’était muée en celle d’une « guerre de religions », ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a résumé d’un cri : « Je suis Charlie Martel ! »

 

C’est précisément dans cette mouvance lepéniste que Robert Ménard a lancé sa énième provocation, en commençant par criminaliser les petits écoliers biterrois sur la seule base de la « consonance musulmane » de leurs prénoms ! Dans ma tribune, publiée sur Le Plus de l’Obs le 12 mai (« Robert Ménard, changez vitre de patronyme »), j’ai dit ce que je pensais de ce forfait antirépublicain. Cela m’a valu nombre d’incriminations avec, à l’appui, des arguments puisés dans les pages d’un Deutsch métronome promu rewriter du roman national. Comme tant d’autres thèses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leçon de Marc Bloch (dans son « Apologie pour l’Histoire ») :

 

« Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes […] C’est d’un bout à l’autre de l’Europe, comme une vaste symphonie de fraudes. Le moyen âge, surtout du VIIIe au XIIe siècle, présente un autre exemple de cette épidémie collective… Comme si, à force de vénérer le passé, on était naturellement conduit à l’inventer. »

 

Charles Martel, « dilapidateur et enragé tyran »

 

C’est pour répondre à ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme à notre « rapporteur-sans-frontières » des thèses d’extrême droite, que je tiens à fournir, ici, quelques éléments d’information sur la véritable nature du « tombeur des Sarrasins », et, par la même occasion, sur l’histoire de Béziers (ville dont Robert Ménard a chargé Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, d’écrire l’histoire)…

 

Pour en finir, donc, avec cette légende qui fait de Charles Martel le « sauveur de la chrétienté », précisons d’emblée que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand « spoliateur des biens de l’Église », n’a jamais bouté les Arabes hors de « France », pour trois raisons : primo, ce pays n’existait pas encore en tant que tel ; secundo, c’est son fils qui réussira à reprendre Narbonne, trois décennies après la mythique bataille ; tertio, la présence sarrasine est attestée dans les Alpes et dans le Jura au moins jusqu’au du Xe siècle.

 

Tout comme la légende du « Marteau de Dieu », celle du « spoliateur des biens de l’Eglise » aura, en son temps, la peau dure. De Liège (ou plutôt, la ville n’existant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du père de Charles, Pépin d’Herstal, et dont l’évêque, saint Lambert, fut assassiné sur ordre de l’oncle maternel de Charles) à Nîmes, en passant par Toulouse et Narbonne, l’homme est dénoncé comme aucun grand de ses contemporains ne l’aura été : « Ô Charles Martel, dilapidateur et enragé tyran ! », s’écriera Jean Boldo d’Albenas, l’un des pères du protestantisme nîmois [1]. Sans doute, cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruiné sa ville (Nîmes) avant d’y mettre le feu : c’était en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dépité de n’avoir pas réussi à en déloger les Sarrasins, malgré un long siège éprouvant…

 

Plus cohérente est la thèse de Nicolas Germain Léonard, historien de la ville de Liège, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel méritait une telle charge : « Il donnait à ses officiers les évêchés et les abbayes. Les biens de l’Église devenaient héréditaires ; on en formait la dot des filles qu’on mariait. Pépin d’Herstal avait enrichi le clergé, Charles le dépouilla. » [2]

 

Evidemment, après la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de l’Église furent « l’instrument de la délivrance de l’Europe, et de la victoire de l’Évangile sur le Coran » ! [3]. Mais que durant toute l’existence de Martel (688-741), à Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Béziers, Nîmes, Lodève, Uzès, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des évêques ; voilà qui en dit long sur l’état d’abandon de la « Fille aînée de l’Église » !

 

Désordres, ruines, assassinats 

 

D’autres griefs ternissent la renommée de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le persécuteur d’Eucher, l’évêque d’Orléans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abbé de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprême pour une imaginaire conspiration… Désordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu’à sa mort.

 

Mais c’est le sort réservé à l’évêque d’Orléans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renommée. Accusé d’avoir comploté contre Martel, l’évêque « fut envoyé en exil avec tous ses proches, (puis) transféré dans le monastère de Saint-Tron où il mourra en 738″ [4]. Conclusion de Flodobert, l’évêque de Noyon et de Tournai (894-966) : « Ce bâtard né d’une servante n’était audacieux qu’à faire le mal envers les Églises du Christ. »

 

De ce martyre de saint Eucher, une légende naîtra plus d’un siècle après, qui sera consignée dans le compte-rendu d’un concile tenu en 858 à Quierzy, où il est fait mention d’un songe d’Eucher. Extrait :

 

« Nous savons en effet que saint Eucherius, évêque d’Orléans fut entraîné dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl exposé aux tourments dans le plus profond de l’enfer. » Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : « Le texte ne laisse place à aucune équivoque. Karl, spoliateur résolu des biens de l’Église, est reconnu coupable à part entière. » [5]

 

La même justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui « les agressions de Karl contre le patrimoine de l’Église faisaient douter qu’il fût chrétien » ! [6]

 

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et après tout, des spoliations, quel envahisseur n’en commet pas ? Du IXe au XIe siècles, la renommée de Charles en souffrira. Etrangement, c’est aux siècles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de… sauveur de la chrétienté : comme si, écrira Chateaubriand, « Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades ! » [7].

 

Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

 

Sur le terrain, la réalité était tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, c’est la conquête de l’Aquitaine (dont la capitale était alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette région était menacée par les Sarrasins, il s’était contenté d’attendre son heure. Mais en apprenant avec stupéfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc d’Aquitaine, Martel comprit très vite le risque que pouvait représenter une telle alliance. Celle-ci n’arrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le maître de Cordoue (l’Espagne arabo-andalouse était déjà minée par les révoltes berbères contre le pouvoir arabe), ce qui l’amena à supprimer le « traître » gouverneur, un Berbère, avant d’offrir la fille du duc au calife de Damas… Si Charles Martel arrêta effectivement les Arabes à Poitiers, il ne réussit donc pas à les déloger de la Narbonnaise, qu’il attaqua par deux fois, sans succès.

 

La légende qui colle au nom de Martel doit être revue et corrigée sur un autre point : jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme « gallo-romain », et particulièrement le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus.

 

Furieux d’avoir échoué par deux fois à Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrétiennes) à qui il reproche de ne pas l’avoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Béziers, Maguelone, Nîmes (dont il brûle les arènes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Béziers :

 

« Les Franks pillent à outrance dans tous les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux sont démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles-Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays. » [8]

 

Ces dévastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-siècle plus tard la mort de Roland à Roncevaux (des historiens ont, enfin, démontré que l’attaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq siècles plus tard d’autres exactions, et là, c’est toujours l’historien de la ville de Béziers qui témoigne : « Plusieurs dépôts ont éprouvé des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont j’aurais pu profiter. Les anciennes archives de Béziers furent, elles, consumées par l’incendie qu’y allumèrent les croisés en 1209… » !

 

Plusieurs chroniques l’attestent (Continuation de Frédégaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cités susceptibles d’être ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravagées. Maguelone est rasée, Montpellier n’est pas épargnée, et encore moins Nîmes :

 

« Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles démolit les portes, abat les murailles et tente d’incendier les Arènes sous prétexte qu’elles sont aménagées en ouvrage défensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une forêt dans l’Amphithéâtre et y mettent le feu » [10] 

 

Un retour du refoulé historique

 

Voilà la vraie nature et l’œuvre du héros de tant de générations d’écoliers de France ! Celui-là même dont le nom figura jusqu’à la veille de l’élection présidentielle de 2002, sur une affiche électorale : « 732 Martel, 2002 Le Pen ». En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Béziers, à l’approche de 2017 ?…

 

Mais comment peut-on imaginer que Béziers puisse, aujourd’hui et en connaissance de cause, dire merci à celui qui mit toute la région à feu et à sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoulé historique, des Biterrois de souche décidaient, un jour, de répondre à Robert Ménard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mémoire de leurs ancêtres : « Je ne suis pas Charlie Martel ! » ?

 

 

 

[1] Jean Boldo d’Albenas, Discours historial de l’antique et illustre cité de Nîmes, Nota bene : toutes les références, accompagnant cette tribune, se trouvent  détaillées dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

[2] N. G. Léonard, Histoire ecclésiastique et politique de l’Etat de Liège, 1801.

[3] François Laurent, Le Moyen-âge et la réforme, 1866.

[4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n°8 et 10, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum synodi Carisiacensis, année 858, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel.

[5]  Cf. J. Deviosse, Charles Martel.

[6] Michelet, Histoire de France, cité dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[7] Chateaubriand, Génie du christianisme, dans Oeuvres complètes, éd. Furne, 1865.

[8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des évêques de Béziers, Paris 1854, cité dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, réf. dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.

[10] Jean Deviosse, Charles Martel.

L’islam n’interdit pas l’alcool, plutôt l’ivresse !

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Le problème de notre religion, aujourd’hui plus que jamais, C’est qu’on l’appréhende avec autre chose que nos propres yeux. Pour certains, c’est avec les yeux de nos ancêtres et pour d’autres, avec les yeux des juifs et des chrétiens; et d’autres encore, avec ceux d’athées. Dans tous les cas, on ne fournit pas l’effort de l’objectivité en adoptant une attitude qui soit neutre, examinant l’islam en lui-même, d’une manière scientifique.

C’est pourtant ce que recommande et commande notre religion. Si cela était fait, l’islam ne serait plus ce qu’il est aujourd’hui : au mieux un simple culte; au pire, une caricature qui est l’œuvre aussi bien de ceux qui l’attaquent que de ceux qui croient le défendre. Aussi, l’on ne peut que se demander où est donc passée la culture islamique qui a fondé une civilisation universelle.

Heureusement, des voix libres et des consciences pures commencent à dire tout haut ce que les vrais savants de l’islam pensent tout bas. Nous ne citerons ici que l’un d’eux, cheikh Moustapha Rached, docteur égyptien d’AlAzhar (1).

Revenir à l’islam populaire

Ce que je tente depuis quelque temps est cette approche scientifique à laquelle j’appelle, que tout croyant honnête ne peut que vouloir aussi. C’est ce que je poursuivrai dans le présent article.

J’y soutiendrai l’affirmation véridique formulée en titre et qui en étonnera certainement — bien à tort — plus d’un : l’islam ne condamne pas la boisson enivrante, alcool et vin en tant que tels ; c’est l’ivresse qu’il réprouve et ses effets. Il ne s’agit même que de condamnation relative, relevant de la catégorie de ce qu’il est conseillé d’éviter. Pour tout croyant consciencieux, étudiant correctement le Coran et la Sunna en se libérant du conditionnement opéré par les jurisconsultes tant anciens que modernes, c’est la stricte vérité.

Nous en donnerons ici la preuve textuelle en commentant les versets du Coran relatifs à la question ainsi que la tradition prophétique. En précisant l’origine de l’erreur grave qui colonise les esprits des musulmans depuis des siècles, nous en profiterons pour donner scientifiquement la conception authentique du péché en islam qu’il est temps aux musulmans de redécouvrir et de réactiver dans leur théorisation de la religion. Je dis théorisation, car dans la pratique et sans que le croyant s’en rende compte, cette conception est bien mise en oeuvre, ce qui explique le décalage qui a toujours existé entre l’islam populaire et l’islam institué ou institutionnel.

C’est d’ailleurs une telle conception qui fait que l’islam populaire a toujours été, conformément à l’esprit d’origine de l’islam, parfaitement tolérant et ouvert à l’altérité. Il est temps qu’il le redevienne !

L’interdiction est une création des jurisconsultes

Disons, pour commencer, que s’il y a une interdiction qui a prévalu en islam jusqu’à nos jours relativement à tout ce qui est alcool, qu’il soit vin ou autre produit alcoolisé, c’est le fait de la jurisprudence.

Or, cette exégèse obéissait aux lois de son époque et ne peut durer éternellement, l’éternité étant le propre des préceptes coraniques et non des interprétations humaines qui peuvent et doivent varier selon leur temps pour rester en harmonie avec les exigences en évolution des humains et de leurs sociétés.

Pourtant, les musulmans se sont contentés de se reposer sur le travail d’interprétation de leurs devanciers et n’ont plus cherché à interpréter les textes sacrés pour en adapter la compréhension à leur époque. Cela est bien évidemment contraire à la lettre et à l’esprit de l’islam qui appelle à l’effort continuel. C’est pour cela que l’islam, selon un dire du prophète bien connu, demeure en évolution constante, devant être renouvelé chaque début de siècle.

Comment cela serait-il donc possible sans que les fidèles reviennent au Coran et à la Tradition de leur prophète pour les relire et les réinterpréter au vu non seulement du texte et sa forme, non seulement au vu de la société et sa morale à un moment donné de l’histoire, mais aussi et surtout de l’esprit et des visées de la loi religieuse et de la mentalité qui évolue des humains en leur communauté restreinte comme universelle, l’islam étant ouvert par définition à l’altérité et à tous les acquis de l’humanité.

L’islam respecte les libertés humaines

Car l’islam est fondamentalement libéral. Ainsi, après avoir démontré qu’il n’est aucune interdiction en islam de l’apostasie et de l’homosexualité (2), nous démontrons dans cet article que l’alcool et le vin, toute boisson enivrante n’est pas interdite en islam, car ce n’est que l’ivresse qui l’est. Aussi, nous pensons que le musulman qui boit du vin et ne s’enivre pas le fait sans pécher nullement; surtout, il lui faut veiller particulièrement à ne pas faire ses prières en étant ivre. Je dirais même : en ne touchant pas à l’alcool, par sécurité et respect total pour la prière.

Au fond, ne vaut-il pas mieux un tel musulman qui boit une boisson enivrante et qui s’applique à ne pas verser dans l’excès en sachant qu’ainsi il ne pèche pas que les musulmans que nous voyons chez nous abuser de l’alcool avec le sentiment de pécher, et pour cela ne se retenant plus de s’enivrer ?

En levant le tabou de l’interdiction, nous aurons des musulmans responsables veillant, s’ils ne peuvent se retenir de boire de l’alcool, à véritablement respecter leur religion en n’allant pas jusqu’à l’état d’ivresse. C’est la mesure qu’ils apprendront; or, tout est dans la mesure !

Une telle tempérance, d’ailleurs, n’est-ce pas la juste façon de boire, que cela soit de l’alcool ou de toute autre boisson ? C’est assurément la règle d’or en matière d’alimentation et de vie. C’est à la mesure et à la tempérance que l’on reconnaît normalement le vrai musulman, cet être libre et libéré de toute soumission, sauf à son créateur avec lequel il a un rapport direct.

Pour cela, il ne doit pas y avoir d’interdiction en des matières relevant de l’ordre de la vie privée où c’est le libre arbitre qui est seul en mesure de prouver notre foi et sa sincérité. Or, on sait que les hypocrites ne manquent pas et n’ont jamais manqué en islam, et ce depuis le début. C’est d’ailleurs à l’amenuisement au maximum de cette part du diable, inévitable dans la psychologie humaine, que l’islam fait de l’effort maximal, le Jihad Akbar, le seul jihad digne de ce nom en islam. Tout le reste n’est qu’enfantillage et fausse foi depuis la naissance de l’État de l’islam.

Les textes coraniques sur l’alcool

Citons à présent les textes du Coran relatifs à la boisson enivrante. Nous les reproduisons dans la traduction d’une dame qui a su s’imposer aux musulmans grâce à son érudition et dont nombre de machistes cherchent toujours à occulter le sexe en se limitant, consciemment ou inconsciemment, à ne mentionner que l’initiale de son prénom : Denise Masson.

Il s’agit des versets suivants :

البقرة 219 : «يسألونك عن الخمر والميسر قل فيهما أثم كبير ومنافع للناس وإثمهما أكبر من نفعهما».

La vache (219 ) : «Ils t’interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard, dis : Ils comportent tous deux, pour les hommes, un grand péché et un avantage mais le péché qui s’y trouve est plus grand que leur utilité.»

المائدة 90 – 91 «يا أيها الذين آمنوا إنما الخمر والميسر والأنصاب والأزلام رجس من عمل الشيطان فاجتنبوه لعلكم تفلحون * إنما يريد الشيطان أن يوقع بينكم العداوة والبغضاء في الخمر والميسر ويصدكم عن ذكر الله وعن الصلاة فهل أنتم منتهون».

La Table servie (90 – 91) : «Ô vous qui croyez ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une oeuvre du Démon. Évitez-les… — Peut-être serez-vous heureux — * Satan veut susciter parmi vous l’hostilité et la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. Il veut ainsi vous détourner du souvenir de Dieu et de la prière. — Ne vous abstiendrez-vous pas ?—»

النساء 43 : «يا أيها الذين آمنوا لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى حتى تعلموا ما تقولون»

Les femmes (43) : «Ô vous qui croyez ! N’approchez pas de la prière, alors que vous êtes ivres — attendez de savoir ce que vous dites !»

Ce sont ces versets qui sont utilisés pour justifier une interdiction mythique puisque, comme on le voit, il n’y est aucune interdiction. À tout le moins, pour pratiquer le raisonnement par l’absurde, s’il y avait interdiction, elle ne serait nullement expresse, directe, claire et sans ambiguïté.

À ces versets, nous ajoutons trois autres où il est aussi question de vin, boisson enivrante ou alcoolisée, et qui renforcent à la fois l’absence d’interdiction ou l’ambiguïté quant à l’attitude du Coran en la matière ;

محمد 15 : «مثل الجنة التي وعد المتقون فيها أنهار من ماء غير آسن وأنهار من لبن لم يتغير طعمه وأنهار من خمر لذة للشاربين».

Muhammad (15) : «Voici la description du Jardin promis à ceux qui craignent Dieu. Il y aura là des fleuves dont l’eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable, des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent.» النحل 67 : «ومن ثمرات النخيل والأعناب تتخذون منه سكرا ورزقا حسنا إن في ذلك لآية لقوم يعقلون».

Les Abeilles (67) : «Vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent des fruits des palmiers et des vignes. — Il y a vraiment là un Signe pour un peuple qui comprend ! —»

سورة المطففين 25-28 : «يُسقون من رحيق مختوم* ختامه مسك وفي ذلك فليتنافس المتنافسون * ومزاجه من تسنيم * عينا يشرب بها المقرّبون».

Sourate des Fraudeurs (25-28) : «On leur donnera à boire un vin rare, cacheté par un cachet de musc — ceux qui en désirent peuvent le convoiter — et mélangé à l’eau de Tasnim, une eau qui est bue par ceux qui sont proches de Dieu.»

Tout comme la Bible (3), le Coran présente donc la vigne parmi les bienfaits de Dieu et les élus boiront du vin au Paradis, puisqu’il y est des fleuves de ce nectar, un vin qui n’enivre point.

Interprétation des textes coraniques

La première chose à noter est que le Coran ne procède nullement par interdiction. Ainsi, il n’emploie pas, par exemple, des expressions claires comme : «Il est interdit» ou «telle chose est prohibée», comme c’est le cas dans d’autres matières où l’interdiction est explicite.

Les jurisconsultes ont bien évidemment trouvé des explications à cette attitude qui ne manque pas d’interpeller sur l’intention divine prohibitionniste comme ils le prétendent. Le plus incorrect et le moins islamique dans ces interprétations, c’est non pas la thèse développée qui se respecte étant un effort d’interprétation, mais le fait de vouloir en faire une loi divine. Ainsi, on passe du texte coranique où il n’est nulle obligation à une interprétation humaine qui fait loi contre le Coran. Cela mérite d’interpeller toute conscience libre de tout vrai musulman.

De plus, ce qui relativise la validité de l’interprétation qui a prévalu à ce jour de nos fuqahas, c’est que Dieu précise bien qu’il est des avantages dans le vin à côté de ses inconvénients. Or, au lieu de s’interroger sur la manière de maximiser les avantages et minimiser les inconvénients, on préfère la solution de facilité de tout rejeter. Comme s’il pouvait y avoir sur terre quelque chose purement bonne ou purement mauvaise. Le croire, c’est ôter la raison même de toute religion, surtout la nôtre, qui fait d’ici-bas une terre d’épreuve pour un perfectionnement jamais atteint.

Par ailleurs, il est à noter que le terme qu’on traduit souvent par péché en la matière n’a pas nécessairement en arabe le sens français de transgression de la loi divine. En effet, le terme إثم signifie ce qui emporte exclusion de la rétribution et dont il faut se méfier; ainsi le mensonge en est (4). On voit bien que la gravité est loin d’être la même que celle du terme français consacré. Il en va de même de l’autre expression où le vin est qualifié d’oeuvre du diable رجس. Terme polysémique, il veut dire entre autres : le mal, le sale et la saleté, le puant au propre comme au figuré. On l’utilise aussi pour la punition et par extension pour les idoles. Mais c’est aussi le doute et l’hypocrisie (5). On voit ainsi le décalage entre le sens commun et la vérité sémantique.

Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas le vin proprement dit qui est concerné, mais ses effets manifestés par l’ivresse. Donc, c’est l’excès de vin qui est l’oeuvre du diable; car tout excès est diabolique. Un excès de justice ne vire-t-il pas en excès d’injustice comme le soutenaient déjà les anciens ? (6)

Dans le Coran, au pire, le vin ou l’alcool sont considérés comme à éviter, ce qu’on appelle مكروه (7) mais jamais interdits; la seule interdiction en cette matière est tout à fait logique et elle concerne la prière qu’il est prohibé de faire en étant ivre. C’est ce que dit textuellement le texte coranique; ce qui permet de supposer, paroxystiquement par syllogisme, qu’on peut s’adonner à l’ivresse en dehors de la prière. Il reste que le Coran étant un tout dont le croyant est tenu d’interpréter les versets les uns par rapport aux autres, cela ne saurait être soutenu, la tempérance étant de règle en islam; et l’ivresse est donc à éviter.

Toutefois, le verset ne reste pas moins une bonne illustration de la licéité de l’alcool en islam, puisqu’il implique a contrario que si jamais l’on se laisse allers à l’excès de ne pas boire raisonnablement au point de l’ivresse, il est impératif alors de bien veiller à ne pas faire ses prières dans cet état. On voit à quel point l’islam a élevé la tolérance et l’esprit de miséricorde divine.

Mais, répétons-le : la position de l’islam reste bien claire en matière de boisson enivrante : il est nécessaire de garder son contrôle sur soi et ne point le perdre; aussi, on doit éviter non pas de boire, mais de boire jusqu’à l’ivresse qui est le résultat d’une intempérance que l’islam réprouve.

Pour montrer encore l’incorrection de l’interprétation actuelle, notons que le premier verset de la Table servie, cité ci-dessus, a été interprété par les fuqahas comme une interdiction indirecte de toucher à l’alcool. Or, il ne faut pas oublier que ce verset est lié au suivant, ce qui prouve que cette interdiction indirecte porte encore sur l’ivresse et ses méfaits, surtout sur le fait de ne pas faire la prière dans un tel état.

Il va de soi que la plus grande preuve de la licéité du vin en islam reste son existence au paradis. Il est bien précisé, en effet, que c’est un vin qui n’entraîne pas l’ivresse, le croyant demeurant maître de lui-même. Aussi, il suffit au musulman sur terre de boire du vin comme il boirait celui du paradis. Cela veut dire de ne pas en boire au point de perdre ses esprits et tomber en ivresse. Boire raisonnablement, c’est éviter d’être ivre; alors, on ne viole pas la loi religieuse qui ne prohibe, au mieux, que l’ivresse.

La Tradition prophétique en matière d’alcool

S’agissant de la Sunna authentique(8), nous ne trouvons, bien évidemment que ce qui conforte ce que nous venons d’exposer du Coran. Ainsi, Mouslem et Boukhari rapportent les dires suivants : —(9) كل مسكر حرام

— «Tout ce qui est enivrant est illicite»(10) — كل ما أسكر عن الصلاة فهو حرام (11)— «Tout ce qui enivre éloignant de la prière est illicite » (12)

— كل مسكر خمر وكل مسكر حرام، ومن شرب الخمر في الدنيا فمات، وهو يدمنها، لم يتب، لم يشربها في الآخرة — Tout ce qui est enivrant est du vin et tout ce qui est enivrant est illicite. Or, quiconque boit du vin ici-bas et meurt alcoolique, sans s’en repentir, n’en boira pas dans l’au-delà.(13)

— من شرب الخمر في الدنيا ثم لم يتب منها حرمها في الآخرة(14) — Quiconque boit une boisson enivrante ici-bas sans s’en repentir, en sera privé dans l’au-delà.(15)

Interprétation de la Tradition prophétique

On voit bien que la Sunna parle d’ivresse et d’alcoolisme; et pour toute sanction divine, elle prévoit juste la privation dans l’au-delà. Toutefois, et la Tradition est claire, la punition n’est prévue que pour quiconque s’accoutume à la boisson enivrante au point de ne plus pouvoir s’en passer; c’est bien d’alcoolisme qu’il est question.

D’ailleurs, on trouve dans les Sahihs un chapitre consacré à la licéité de la boisson alcoolique tant qu’elle n’enivre pas.(16) On y raconte aussi que lors de la nuit du voyage nocturne الإسراء on présenta à l’Envoyé de Dieu deux coupes, l’une contenant du vin et l’autre du lait, en précisant qu’il choisit le lait. Cela prouve qu’aucune réprobation ne concerne le vin en tant que tel sinon il n’aurait pas été présenté au prophète. Aussi, quand on conclut l’histoire par l’exclamation de Jibrîl que si le prophète avait choisi le vin, sa communauté se serait égarée, cela prouve deux choses : que le prophète aurait bien pu prendre la coupe de vin, d’une part, et que l’égarement de sa communauté serait venu de l’abus de vin jusqu’à l’alcoolisme. Ce qui confirme cette analyse, c’est que les Arabes étant réputés être portés à l’excès, surtout du temps de l’Antéislam; c’est d’ailleurs l’un des vices que leur religion est venue corriger. (17)

On trouve de plus chez Mouslem les conditions qui ont amené la révélation supposée de l’interdiction de la boisson alcoolisée et qui concernaient un comportement fort répréhensible de la part de Hamza, oncle du prophète, causé par l’ivresse.

S’agissant de la sanction, il est clair qu’elle concernait plutôt des faits d’ivresse. Et malgré cela, il est établi que le prophète n’édicta aucune sanction à part ce qu’il pratiqua de sa vie et qui était plus symbolique qu’autre chose. En effet, la seule peine connue du temps du prophète était de frapper l’ivre, tantôt à l’aide de palme, tantôt de sandales. Ce n’est que du temps d’Abou Bakr que les 4O coups de fouet firent leur apparition.(18) Il ne fait aucun doute que la tradition de flageller s’est répandue après le prophète qui disait juste de frapper celui qu’on lui amenait en état d’ébriété.(19)

D’ailleurs, on lit chez Boukhari que Ali Ibn Abi Talib a bien confirmé que le prophète ne fit aucune recommandation précise au sujet de la punition; et faisait attention, pour sa part, à ne pas trop faire de mal quand il châtiait, estimant que si le puni devait mourir sous ses mains, il serait redevable du prix du sang.(20) Quelle plus belle preuve de l’erreur de nos jurisconsultes qui condamnent sévèrement non pas l’ébriété, mais le simple fait de toucher à l’alcool !

Car c’est bien pour ébriété que le prophète a sanctionné. Par ailleurs, ce qui est important à dire ici, c’est que ce n’est pas la question de savoir si une peine a été prescrite ou pas; puisque la peine si elle était prescrite l’était assurément pour une époque révolue. Et avec l’évolution du temps, elle ne reste pas inscrite dans le marbre puisque notre religion se veut adaptée parfaitement aux exigences de son temps et donc évolue, seuls son esprit et ses visées étant éternels. Ainsi, aujourd’hui, appliquerait-on l’ablation de la main, pourtant expressément prescrite ?

Influence de la tradition judéo-chrétienne

Il est clair que l’interprétation faite par nos jurisconsultes dans le sens de l’interdiction en islam du vin et de toute boisson enivrante vient de l’influence de la tradition judéo-chrétienne. Il ne faut pas oublier, à ce propos, ce que rappelait Ibn Khaldoun à propos des savants musulmans qui étaient pratiquement tous non Arabes :( 21) في أن حملة العلم في الإسلام أكثرهم العجم

Cela veut dire que les exégètes de l’islam qui a été révélé en arabe devaient connaître cette langue et ses subtilités; ce que ces savants firent de la meilleure façon qui soit. Il n’empêche, et les sciences psychologiques et sociologiques le démontrent aujourd’hui assez, ils n’ont pu se défaire d’une certaine influence, bien que souvent inconsciente, de leur milieu d’origine marqué par une tradition judéo-chrétienne évidente.

Or, comme l’islam est venu rétablir la vérité en matière de révélation abrahamique, ses exégètes n’ont pu que puiser dans la tradition abrahamique ce qui ne leur a pas semblé contraire à l’esprit de la nouvelle religion, osant interpréter cet esprit au vu de celui des religions judaïque et chrétienne. En la matière, ils ne faisaient certes que se conformer à une tendance généralisée dans la société, une morale ambiante, un esprit d’ensemble. Or si cela était valable pour cette époque-là, il ne peut plus l’être aujourd’hui.

Pourtant, et on l’a noté ci-dessus, il n’existait pas non plus dans la Bible une condamnation du vin ni des boissons enivrantes. Il ne demeura pas moins qu’on y trouvât de quoi orienter l’exégèse du Coran, des dispositions spécifiques qui ont été généralisées.(22)

Aujourd’hui, la sécularisation ayant triomphé en Occident, on est unanime à dire que les Écritures saintes n’interdisent pas le vin, mais condamnent l’ivresse et ses effets. Ce qui est assez juste au vu des textes de la Bible; mais cela n’était pas nécessairement l’interprétation dominante à l’époque de la constitution du fiqh musulman.

Cela venait surtout de la notion du péché qui était dichotomique dans la tradition judéo-chrétienne alors qu’elle était dans la tradition grecque plutôt contradictorielle (23) comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire acceptant l’harmonie et la complémentarité des contraires. La langue arabe en donne d’ailleurs la plus parfaite des illustrations qui accepte le sens et son contraire. Ainsi, encore une fois, l’islam était-il, dans les textes coraniques, en avance sur son temps.

La vraie conception islamique du péché

La conception islamique du péché était donc plutôt conforme à une tradition antérieure à la tradition judéo-chrétienne qui est la tradition grecque oubliée par l’Occident. On sait désormais, d’ailleurs, que c’est la civilisation musulmane qui a ramené l’Occident à son héritage grec.

En effet, il existe dans la pensée grecque une distinction importante entre ce qui est qualifié de péché et ce qui relève de la «pollution».(24) Si l’on peut agir sur le péché, arriver de diverses manières à l’éviter, on a affaire à une sorte de péché automatique avec la pollution qui est aussi impitoyable qu’un virus, et est donc indépassable. Par conséquent, il nous faut accepter une telle fatalité, «faire avec», comme on dit. Ainsi, pour la nature humaine, le péché est ponctuel, mais la pollution est structurelle. Et il importe de reconnaître cet aspect des choses pour aboutir à une sorte de sagesse de la nécessité. Or, c’est le cas en islam qui fait une telle distinction.

Le lieu n’est pas indiqué ici pour nous étendre sur la théorie islamique du péché (on y reviendra); appliquée à l’alcool, cette théorie permet au musulman d’être en mesure d’adopter, dans sa vie quotidienne, une posture existentielle, sage et équilibrée, intégrant le mal qu’on ne peut dépasser et qu’il nous faut dompter. C’est tout le sens et la philosophie de l’effort maximal, الجهاد الأكبر en islam.

En matière de boisson alcoolisée, la logique islamique n’est donc pas celle d’un quelconque dépassement du mal, mais d’une tension jamais achevée vers la perfection, qui n’ignore pas l’imperfection, en faisant même un élément essentiel de la vie. C’est la voie vers Dieu du pécheur qui est ainsi toujours croyant tant qu’il est engagé sur cette voie, et surtout s’il est dans la bonne direction. Peu importe s’il traîne ou prend même une fausse orientation, l’essentiel est qu’il continue son parcours vers Dieu. C’est ce que les Soufis ont compris avec leurs notions de طريقة (voie) et de سالك : l’itinérant vers Dieu ou encore le pèlerin.

Nous y reviendrons dans la section qui suit; mais disons tout de suite que c’est cette conception grecque réhabilitée par l’islam que la conscience occidentale a répudiée en réalisant une partition aberrante entre le bien et le mal, devenus ainsi antagonistes. Une telle coupure radicale a pris naissance assez tôt marquant la tradition judéo-chrétienne et dessinant les contours du conflit métaphysique entre le bien et le mal que les sciences modernes récusent désormais en admettant une part d’ombre nécessaire pour l’équilibre psychologique de l’être humain.(25)

Le vin, symbole du nouveau vivre-ensemble islamique

Pour finir, notons que le vin est pris chez nos soufis comme une preuve éminente de piété; ainsi, il est souvent utilisé comme un symbole de l’amour divin. Il s’agit, bien sûr, du vin du paradis, celui dont on boit sans s’enivrer. Ainsi, Nabolsi dit : « Ce vin, c’est l’amour divin éternel qui apparaît dans les manifestations de la création.» (26)

Lisons aussi ces beaux vers du poème «Le vin de l’ivresse» de Hafez qui provoqua tant l’admiration de Goethe :

La nuit dernière, j’ai vu les anges qui frappaient à la porte du cabaret,

qui pétrissaient l’argile d’Adam pour en façonner des coupes.

Ceux qui résident au-delà du voile sacré, les purs de l’univers angélique,

m’ont tenu compagnie, à moi, le mendiant des rues, pour boire le vin de l’ivresse.(27)

Goethe

Les soufis nous ont donc donné depuis longtemps la recette magique pour honorer l’islam authentique. Sur terre, pour les musulmans du commun des mortels, il suffit de faire pareil aux bienheureux du paradis et suivre leur exemple en buvant de l’alcool, s’ils ne peuvent s’en retenir, tout en veillant à ne jamais trop boire, ni boire jusqu’à l’ivresse. Ils veilleront ainsi à rester pieux en buvant juste la quantité que l’organisme permet sans la moindre altération du contrôle sur soi.(28)

C’est un peu comme quand on veut conduire une voiture; on veille à ne pas dépasser la dose qu’autorise l’alcotest, au-delà de laquelle il est interdit de conduire aussi bien pour sa propre sécurité que celle d’autrui. Il en va donc de même pour le croyant, son alcotest devenant son respect des prescriptions religieuses pour bien se conduire en société et ne pas avoir à provoquer d’accidents dommageables pour tous. On voit encore une fois à quel point l’islam était en avance sur son temps, inventant une sorte d’alcotest social pour le fidèle !

Cela, nos soufis l’avaient compris depuis bien longtemps en assurant qu’il n’y avait point d’opposition entre une foi honorée de la meilleure façon qui soit en s’en tenant au Coran et à la Sunna et à rien d’autre, tout en ne contrariant pas sa nature, y compris, s’il le fallait, par la consommation de boisson alcoolisée. Écoutons donc ce que disait Omar Kayyam s’adressant aux faux musulmans du salafisme (29) :

يا مدعي الزهد أنا أكرم منك، وعقلي ثملا أحكم تستنزف الخلق، وما استقي، إلا دم الكرم، فمن آثم؟

Il nous faut peut-être ici rapatrier dans nos sociétés musulmanes cette publicité occidentale qui disait ceci : «un verre, ça va ! trois verres, bonjour les dégâts !» En l’occurrence, les dégâts relèveront à la fois de l’ordre civil et religieux. Et voilà notre religion redevenue civile en notre État civil consacré par la nouvelle constitution !

Notre société est donc appelée à se réformer en réformant sa législation basée sur nombre de méprises religieuses. Ainsi, on ne reniera point nos racines religieuses, mais il s’agira de racines qu’on aura déterrées de sous les immondices qui ont manqué de les tuer.

Cela permettra à l’arbre de l’islam de revivre de nouveau et de produire les plus beaux fruits comme avant, alors qu’aujourd’hui il n’a plus de fruits que ce qui s’est pourri sur des branches elles-mêmes en train de mourir. Et c’est surtout faute de racines revitalisées grâce au travail d’entretien nécessaire que notre religion ne recommande jamais assez, ayant même fait une loi de la renaissance de l’islam à chaque début de siècle. Or, nous sommes au début d’un nouveau siècle ! C’est le vivre-ensemble de l’islam reconquérant les esprits, mais un islam tolérant et démocratique, un islam postmoderne, l’i-slam !

Écoutons encore ce que disait du vin le poète andalou Ibn AlFaridh annonçant ce que la spiritualité islamique pourrait apporter comme bienfaits à l’Occident matérialiste si les musulmans savaient renouer avec les trésors de leur religion afin d’en faire justement la foi universelle qu’elle est en tant que sceau des révélations :

« Si les souffles de son parfum s’exhalent en Orient, un homme privé d’odorat devient dans l’Occident capable de les sentir. »(30)

Et terminons en beauté avec le génial Hafez (31) :

وشارب الخمر الذي لا رياء فيه ولا نفاق خير من بائع الزهد الذي يكون فيه الرياء وضعف الأخلاق

Notes

1- Il est inutile ici de donner une référence, il suffit de taper le nom du cheikh sur internet pour avoir accès à des informations le concernant. Notons qu’il a obtenu un doctorat à l’université d’AlAzhar en soutenant brillamment que le voile n’est nullement une obligation islamique.

2- Nous y avons consacré deux articles sur nawaat avant de publier les deux essais, en arabe puis français. Cf. Pour le renouvellement du Lien Indéfectible 1. L’apostasie en islam 2. L’homosexualité en islam, Afrique Orient, Casablanca, Maroc, février 2014 — في تجديد العروة الوثقى، 1- حقيقة الردة في الإسلام 2. – حقيقة اللواط في الإسلام، أفريقيا الشرق، الدار البيضاء، المغرب، نوفيمبر 2013

3- L’Ancien Testament place le vin parmi les bonnes choses procurées à l’homme par la Providence, cf. par exemple ce qu’on lit dans la Genèse : «Que Dieu te donne de la rosée du ciel Et de la graisse de la terre, Du blé et du vin en abondance !» (27 : 28) ou dans le Deutéronome «Je donnerai à votre pays la pluie en son temps, la pluie de la première et de l’arrière-saison, et tu recueilleras ton blé, ton moût et ton huile» (11 14). Bien entendu, le moût ou moût de raisin est le jus de raisin destiné à la fermentation.

4- Voir, par exemple : معجم المصطلحات والألفاظ الفقهية د. محمود عبد الرحمن عبد المنعم، دار الفضيلة، القاهرة، الجزء الأول، ص 58

5- Op. cit. 127 الجزء الثاني، ص

6- Summum jus summa injuria, disaient les Romains; une règle de droit toujours pertinente.

7- Sur le sens religieux du terme, cf. معجم المصطلحات والألفاظ الفقهية، الجزء الثالث، ص 324

8- Nous ne considérons véritablement authentique que la Sunna telle que rapportée par les deux Sahihs en privilégiant les dits prophétiques présents aussi bien chez Boukhari que chez Mouslem

9- Pour Mouslem, nous avons utilisé la version suivante : صحيح مسلم بشرح النووي، المكتبة العصرية، بيروت، 2007 – 148 / 5 كتاب الأشربة –

10- La traduction est de nous.

11- Cf. Mouslem, op. cit.

12- La traduction est de nous.

13- La traduction est de nous.

14- Pour Boukhari, nous avons utilisé la version suivante : صحيح البخاري بشرح النووي، المكتبة العصرية، بيروت، 2007 – 148 / 5 كتاب الأشربة –

15- Pour Boukhari, nous avons utilisé la traduction suivante : Sahih al-Boukhari traduction et commentaire, tome 4, Al Qalam éditions, Paris 2008, p. 347.

16- Il s’agit notamment du نبيذ. que d’aucuns traduisent en sirop non enivrant obtenu à partir de dattes en précisant qu’il était servi au prophète. Cf. la traduction française de BouKhari, op. cit.tome 4, p. 359.

17- Cf. BouKhari, traduction française, op. cit. tome 4 p. 348.

18- Cf. Boukhari, traduction française, op. cit. tome 5, p. 10-11.

19- Cf. Boukhari, traduction française, op. cit. tome 5, p.11-12

20- Cf. Boukhari, traduction française, op. cit. tome 5, p. 13.

21- C’est le titre du chapitre 43 de la partie 6 de la Muaqddima. Cf. تاريخ البن خلدون، دار الكتب العليمة، الطبعة الثانية، 2003، ص 228. Le chapitre commence ainsi : من الغريب الواقع أن حملة العلم في الملة الإسلامية أكثرهم العجم، وليس من العرب حملة علم، لا في العلوم الشرعية ولا في العلوم العقلية، إلا في القليل النادر. وإن كان منهم العربي في نسبه، فهو أعجمي في لغته ومرباه ومشيخته، مع أن الملة عربية صاحب شريعتها عربي.

22- Par exemple, Lévitqiue : “Tu ne boiras ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente d’assignation, de peur que vous ne mouriez” (10 : 9), cela concernait les prêtres en fonction qui avaient une obligation d’abstinence de vin selon la loi mosaïque – Nombres : “Il s’abstiendra de vin et de boisson enivrante” (6 : 3), cela concerne ce qu’on appelle Naziréat, ceux qui se destinent à Dieu, pour lesquels l’abstinence de vin était aussi une des obligations – Juges : “Maintenant prends bien garde, ne bois ni vin ni liqueur forte, et ne mangue rien d’impur.” (13 : 4), c’est aussi pour le Naziréat précité (voir aussi 13 : 7 et 13 : 14) – Proverbes : “Le vin est moqueur, les boissons fortes sont tumultueuses; Quiconque en fait excès n’est pas sage” (20 : 1) – Isaïe : “Malheur à ceux qui ont de la bravoure pour boire du vin, Et de la vaillance pour mêler des liqueurs fortes” (5 : 22) –.Luc : “Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère” (1 : 15) – Éphésiens : “Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche; Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit’” (5 : 18):

23- Cf. par exemple, la postface du livre capital de Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Bordas, 1969.

24- Voir sur cette question Dodds (E.R.) Les Grecs et l’Irrationnel, Paris, Gallimard, p. 46. On peut aussi lire à ce sujet l’œuvre importante de Michel Maffesoli qui nous inspire ici : La part du diable, Champs, Flammarion, p. 46.

25- Ainsi, dans la tradition augustinienne, le mal n’existe pas en soi, il est qu’une «privation du bien» (privatio boni).

26- Cf. Nabolsi, Commentaires de la Khamriya الخمرية d’Ibn ul-Fâridh ابن الفارض, traduction d’Émile Dermenghem : L’Éloge du Vin, Paris, 1931, Véga éd ومطلع القصيدة هو : شربنا على ذكر الحبيب مدامة | سكرنا بها من قبل أن يخلق الكرم

27- Hâfez Shirazi حافظ الشيرازي, poème traduit par R. Lescot, in Anthologie de la poésie persane (11e-20e s.) , textes choisis par Z. Safâ, Paris, 1964, Gallimard éd. p. 261. Pour plus de détails sur le vin dans la poésie arabe musulmane, on peut consulter en ligne avec intérêt l’article suivant الخمر والشعر في الحضارة العربية الإسلامية للمستشرق يوحنا كريستوف بيرجل تجمه عن الألمانية وقدم له الباحث فابت عيد

28- Les Romains disaient ainsi que la vérité est dans le vin ; In vino verita. Cela signifiera pour le musulman que le vin lui permettra de vérifier s’il est bien pieux en ne buvant que la dose qu’il faut afin de rester maître de lui-même, ne jamais être en état d’ivresse, et donc se conformer à sa religion.

29- أحمد رامي : الترجمة العربية لرباعيات الخيام، دار العودة، بيروت، 1983، ص 28

30- ‘Omar ibn ul-Fâridh : al-Khamriya, traduction d’Émile Dermenghem : L’Éloge du Vin, Paris, 1931, Véga éd. Voici le vers en arabe : ولوعبقت في الشرق أنفاس طيبها | وفي الغرب مزكوم لعاد له الشم

31- أغاني شيراز أو غزليات حافظ شيرازي، ترجمةإبراهيم أمين الشواربي، القاهرة 1944، ص 68

Le Coran, cette guidance rejetée » – Dr Adnan Ibrahim [VOSTFR]

POUR EN FINIR AVEC L’EXPRESSION « ISLAMISTE » ! Mérah, Nemmouche …et les autres !

Mehdi Nemmouche, principal suspect de la tuerie de Bruxelles, avait  été abandonné par son père à l’âge de trois ans et a passé son enfance et son adolescence ballotté de foyers en familles d’accueil. Il n’a jamais connu d’autorité paternelle  et sa première condamnation, pour vol avec violence, date de ses 19 ans. Avant d’être accusé d’assassinat, il avait passé plusieurs années en détention, connu plusieurs prisons françaises et c’est en prison qu’il a rencontré la religion. Il ne parle pas arabe et n’avait aucune pratique islamique avant ses vingt ans…
Mohamed Merah aussi avait été abandonné par son père, à 5 ans, après le divorce de ses parents. Le père avait été interpellé pour trafic de cocaïne, et c’est la mère, qui assurera, seule, l’éducation et la survie des enfants. Merah bascule entre la délinquance et l’oisiveté et, avant même sa majorité, il a dans son casier judiciaire 18 faits de violence. Comme Nemmouche, c’est en prison qu’il fait la découverte du Coran et qu’il s’est initié à la pratique religieuse. Si on le connait  surtout  pour sa descente sanglante dans une école juive, il est rare en revanche qu’on souligne qu’avant ce forfait, il avait  assassiné, de sang froid et en connaissance de cause, trois militaires français qui, pour leur malheur, étaient tous les trois d’origine maghrébine. Il n’en voulait donc pas qu’aux Juifs …
Abubakr Shekan, dont le mouvement, Boko Haram, signe de monstrueux massacres de musulmans, principalement, à travers le Nigéria, s’abrite plus souvent derrière des gris-gris que derrière la parole de Dieu.
Il est, nous dit-on, si souvent perdu dans les brumes de l’alcool, qu’il croit encore que l’Angleterre est toujours sous l’autorité de Margareth Thatcher.
 Les milices des Signataires par le Sang de Mokhtar Bel Mokhtar qui ont écumé le nord du Mali, exécuté ou assassiné des populations islamisées depuis des siècles, se sont enrichies et armées par des moyens prohibés par l’Islam : la prise d’otages, le trafic de stupéfiants…
Eliminer l’espace et le temps…
Qu’y a-t-il de commun entre Merah, Nemmouche, les terroristes du nord-est du Nigéria et du Sahel malien ? Le mal-vivre ? Un combat politique dévoyé et devenu pervers ? Un penchant criminel irrépressible ? Une folie meurtrière ? Nenni ! Rien de tout cela ! Ce qu’ils ont en commun c’est qu’ils sont tous des « islamistes », c’est en tout cas ce que clament les médias occidentaux et nous, comme les moutons de Panurge, nous les suivons et empruntons la même expression. Pourtant Nemmouche né aux confins de la Belgique, Mérah qui n’était presque jamais sorti du pays toulousain, le chef kanouri issu des savanes nigérianes et les rebelles arabes ou touaregs du Sahara appartiennent à des régions et à des cultures différentes, ils ne partagent même pas la même conception ni la même intimité de l’Islam  ! Qu’importe, car, comme l’avait écrit le palestino-américain Edward Said, « quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins  automatiquement l’espace et le temps. » Qu’importe car pour l’Occident tous les problèmes du monde musulman ne s’expliquent que par l’Islam !
Mais si Merah et les autres sont musulmans, ils ne sont pas appelés « islamiques », comme on le dit pour qualifier la culture, les arts, voire la finance. Eux sont « islamistes » et la nuance est importante. L’Islam est en effet la seule religion pour laquelle on ait inventé deux termes différents pour désigner ceux qui se revendiquent de sa mouvance, selon la nature de leur engagement et si l’on pourfend l’intégrisme religieux, on ne voit que l’intégrisme musulman. Il existe pourtant des mouvements extrémistes chrétiens ou juifs mais aucun d’entre eux n’est désigné sous les noms de « christianistes » ou « juifistes » pour les distinguer des pratiquants « orthodoxes ». On les désigne tout simplement sous le terme de « sectes » sans jamais insister sur  leurs fondements religieux, à peine reconnait-on les « sectes tueuses » et des sectes plus folkloriques. Ainsi les Chrétiens n’ont pas  à culpabiliser  des dérives de Moon ou des atrocités et des enrôlements d’enfants de l’Armée de Résistance du Seigneur en Ouganda, ou des meurtres ou suicides collectifs du Temple du Peuple (923 morts en Guyana) ou des Davidiens (87 victimes à Waco). A l’inverse, les Musulmans sont sommés de s’excuser pour les attentats commis par Aqmi  ou par quelques loups solitaires! « Chaque fois qu’un attentat est commis en France, observe en substance une Française  « issue de la diversité », je prie pour que l’auteur ne soit pas  musulman »…
Un racisme culturel ?
Le terme « islamiste » serait-il donc « une forme de reconversion du vieil racisme anti-arabe en racisme culturel » ? On a tendance à le croire lorsqu’on entend le directeur du Musée juif de Bruxelles affirmer, alors même que l’identité du coupable n’est pas prouvée, qu’il ne sert à rien  de punir Nemmouche parce qu’il s’agit d’une guerre de civilisation ! En somme la violence serait dans les gènes de l’Islam ! Cela facilite tous les dénigrements et rend  légitime le combat contre une religion jugée  intemporelle et monolithique, permettant, par exemple, au directeur d’un grand magazine français de proclamer, sans fioritures et sans risque, qu’il est « un peu islamophobe » !
Ceux que l’on appelle « islamistes » ne seraient pourtant que  quelques milliers de combattants reniés par 99% des Musulmans. Aucune autorité religieuse musulmane, de Qom à Al Azar, de La Mecque à Fez, aucun chef d’Etat de l’OCI, ne leur ont manifesté un soutien et du reste, l’islam condamne « ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes » (Coran vi, 159). Ils trahissent les principes parmi les plus sacrés de l’Islam et notamment, le respect de la vie humaine  (« Ne tuez point la vie qu’Allah a rendue sacrée », Coran, XVII, 33). Leur connaissance  des idées qu’ils invoquent est superficielle ou erronée : le « djihad » est d’abord un combat intérieur et celui qu’ils mènent est dirigé contre des populations islamisées depuis des siècles ; il n’y a pas une  charia unique, codifiée et celle qu’ils cultivent abime l’héritage musulman. Il ne suffit pas de se revendiquer de l’Islam pour être musulman et, comme le rappelle Al Ghazali, prier et jeuner par ostentation n’est aucunement piété mais espèce d’idolâtrie du Moi. Par son étymologie même, Boko Haram- (qui signifierait  « l’école est illicite »)- est à l’opposé de la Tradition puisque le Prophète (psl,) enseignait qu’il faut aller chercher le savoir jusqu’en Chine !
Pourquoi donc s’évertue–t-on à rattacher à l’Islam des hommes que les Musulmans, dans leur écrasante majorité, ne reconnaissent pas  comme frères en religion ! Plutôt que de stigmatiser toute l’Umma islamique, pourquoi ne pas, solidairement, lutter contre ceux qui ternissent non l’image d’une religion, mais celle de l’homme ? Ceux qui lancent des bombes dans des foules pacifiques, ceux qui violent des femmes et des enfants, ceux qui enlèvent, enchainent et vendent d’innocentes jeunes filles, ceux qui sèment la détresse et la misère au sein de leurs communautés ne méritent pas d’être nommés en référence à l’Islam, même pas par le néologisme contesté d’ « islamistes ». Tous ceux là  ne devraient avoir droit qu’à un nom : celui de salauds !

La première déclaration des Droits de l’Homme est Islamique

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La charte du Manden ou Manden Kalikan est une retranscription d’une déclaration orale, laquelle remonterait au règne du premier souverain Sunjata Keita qui vécut de 1190 à 1255. Elle aurait été solennellement proclamée le jour son intronisation comme empereur du Mali à la fin de l’année 1236. Le texte décrit ci-dessous provient des travaux menés à partir des années 1970 par Wa Kamissoko et Yusuf Tata Cisse, est inscrit en 2009 par l’UNESCO sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.

Ce texte est  l’une des plus anciennes références concernant les droits fondamentaux. Sa reconnaissance confirmerait sa valeur juridique et sa portée universelle.

 

1. Les chasseurs déclarent :
Toute vie (humaine) est une vie.
Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie,
Mais une vie n’est pas plus « ancienne », plus respectable qu’une autre vie,
De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.
2. Les chasseurs déclarent :
Toute vie étant une vie,
Tout tort causé à une vie exige réparation.
Par conséquent,
Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,
Que nul ne cause du tort à son prochain,
Que nul ne martyrise son semblable.
3. Les chasseurs déclarent :
Que chacun veille sur son prochain,
Que chacun vénère ses géniteurs,
Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,
Que chacun « entretienne », pourvoie aux besoins des membres de sa famille.
4. Les chasseurs déclarent :
Que chacun veille sur le pays de ses pères.
Par pays ou patrie, faso,
Il faut entendre aussi et surtout les hommes ;
Car « tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface
Deviendrait aussitôt nostalgique. »
5. Les chasseurs déclarent :
La faim n’est pas une bonne chose,
L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose ;
Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là,
Dans ce bas monde.
Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,
La faim ne tuera plus personne au Manden,
Si d’aventure la famine venait à sévir ;
La guerre ne détruira plus jamais de village
Pour y prélever des esclaves ;
C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable
Pour allez le vendre ;
Personne ne sera non plus battu,
A fortiori mis à mort,
Parce qu’il est fils d’esclave.
6. Les chasseurs déclarent :
L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,
« D’un mur à l’autre », d’une frontière à l’autre du Manden ;
La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden ;
Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.
Quelle épreuve que le tourment !
Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.
L’esclave ne jouit d’aucune considération,
Nulle part dans le monde.
7. Les gens d’autrefois nous disent :
« L’homme en tant qu’individu
Fait d’os et de chair,
De moelle et de nerfs,
De peau recouverte de poils et de cheveux,
Se nourrit d’aliments et de boissons ;
Mais son « âme », son esprit vit de trois choses :
Voir qui il a envie de voir,
Dire ce qu’il a envie de dire
Et faire ce qu’il a envie de faire ;
Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,
Elle en souffrirait
Et s’étiolerait sûrement. »
En conséquence, les chasseurs déclarent :
Chacun dispose désormais de sa personne,
Chacun est libre de ses actes,
Chacun dispose désormais des fruits de son travail.
Tel est le serment du Manden
A l’adresse des oreilles du monde tout entier. 

Marika El Haki – explique le port du voile dans l’Islam

http://www.dailymotion.com/video/x2ccamb

 

Marika El Haki nous donne la définition du port du voile islamique qui ne correspond pas à l’explication habituelle sur le sujet.

Les Berbères selon Ibn Khaldûn…

« Des talents que la race berbère a déployés, tant dans les temps anciens que de nos jours, et des nobles qualités par lesquelles elle s’est élevée à la puissance et au rang de Nation ».

En traitant de la race berbère, des nombreuses populations dont elle se compose, et de la multitude de tribus et de peuplades dans laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu’elle remporta sur les princes de la terre, et des luttes avec divers empires pendant des siècles, depuis ses guerres en Syrie avec les enfants d’Israël et sa sortie de ce pays pour transporter en Ifrikïa et en Maghreb.

Nous avons raconté les combats quelle livra aux premières armées musulmanes qui envahirent l’Afrique; nous avons signalé les nombreux traits de bravoure qu’elle déploya sous les drapeaux de ses nouveaux alliés, et retracé l’histoire de Dihya-t-el-Kahena, du peuple nombreux et puissant qui obéissait à cette femme, et de l’autorité qu’elle exerça dans l’Auras, depuis les temps qui précèdent immédiatement l’arrivée des vrais croyants jusqu’à sa défaite par les Arabes.

Nous avons mentionné avec quel empressement la tribu de Miknaça se rallia aux musulmans; comment elle se révolta et chercha un asile dans le Maghreb-el-Acsa pour échapper à la vengeance d’Ocba-Ibn-Nafè, et comment les troupes du Khalife Hicham la subjuguèrent plus tard dans le territoire du Maghreb. “Les Berbères, dit Ibn-Abi-Yezid, apostasièrent jusqu’à douze fois, tout en Ifrikïa qu’en Maghreb; chaque fois, ils soutinrent une guerre contre les Musulmans, et ils n’adoptèrent définitivement l’islamisme que sous le gouvernement de Mouça-Ibn-Noceir”; ou quelque temps après, selon un autre récit.

Ayant indiqué les régions du Désert habitées par les Berbères, ainsi que les châteaux, forteresses et villes qu’ils s’étaient bâtis, tels que Sidjilmessa, les bourgades de Taout, de Tîgourarin, de Figuig, de Mozab, de Ouargla, du Righa, du Zab, de Nefzaoua, d’El-Hamma et de Ghadems ; ayant parlé des batailles et des grandes journées dans lesquelles ils étaient distingués ; des empires et royaumes qu’ils avaient fondés ; de leur conduite à l’égard des Arabes Hilaliens, lorsque ceux-ci envahirent l’Ifrikïa au cinquième siècle de l’hégire; de leur procédés envers les Beni-Hammad d’El-Calâ, et de leurs rapport tantôt amicaux, tantôt hostiles ; ayant mentionné les concessions de territoire que les Beni-Bâdin obtinrent des Almohades dans le Maghreb, et raconté les guerres que firent les Beni-Merîn aux successeurs d’Abd-el-Moumen, nous croyons cité une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux ; un vrai peuple comme tant d’autres dans le monde, tels que les Arabes, les Persans, les Grecs et les Romains.

Telle fut en effet la race Berbère ; mais, étant tombée en décadence, et ayant perdu son esprit national par l’effet du luxe que l’exercice du pouvoir et l’habitude de la domination avaient introduit dans son sein, elle a vu sa population décroitre, son patriotisme disparaitre et son esprit de corps et de tribu s’affaiblir au point que diverses peuplades qui la composent sont maintenant devenues sujets d’autres dynasties et ploient, comme des esclaves, sous le fardeau des impôts.

Pour cette raison, beaucoup de personnes ont eu de la répugnance à se reconnaitre d’origine berbère, et cependant on n’a pas oublié la haute renommée que les Auréba et leur chef Koceila s’acquièrent à l’époque de l’invasion musulmane. On se rappelle aussi la vigoureuse résistance faite par les Zenata, jusqu’au moment où leur chef Ouezmar-Ibn-Soulat fut conduit prisonnier à Médine pour être présenté au khalife Othman-Ibn-Affan. On n’a pas oublié leurs successeurs, les Hoouara et les Sanhadja, et comment les Ketama fondèrent ensuite une dynastie qui subjugua l’Afrique occidentale et orientale, expulsa les Abbacides de ce pays et gagna encore d’autres droits à une juste renommée.

Citons ensuite les vertus qui font honneur à l’homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature ; leur empressement à s’acquérir des qualités louables, la noblesses d’âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l’univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients, fidèles aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l’adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d’autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respects pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés, industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l’oppression, valeur déployée contre les empires de la terre, dévouement à la cause de Dieu et de sa religion ; voilà, pour les Berbères, une foule de titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont l’exposition, mise par écrit, aurait pu servir d’exemple aux nations à venir.

Que l’on se rappelle seulement les belles qualités qui portèrent au faîte de la gloire et les élevèrent jusqu’aux hauteurs de la domination, de sorte que le pays entier leur fut soumis et que les ordres rencontrèrent partout une prompte obéissance.

Parmi les plus illustres Berbères de la première race, citons d’abord Bologguîn-Ibn-Zîri le Sanhadjien qui gouverna l’Ifrikïa au nom des Fatemides ; nommons ensuite Mohammed-Ibn-Khazer et son fils El-Kheir, Arouba-Ibn-Youçof-el-Ketami, champion de la cause d’Obeid-Allah-es-Chîi, Youçof-Ibn-Tachefin, roi des Lemtouna du Maghreb, et Abd-el Moumen-Ibn-Ali, grand cheikh des Almohades et disciple de l’imam El-Mehdi.
Parmi les Berbères de la seconde race on voit figurer plusieurs chefs éminents qui, emportés par une noble ambition, réussirent à fonder des empires et à conquérir le Maghreb central et le Maghreb-el-Acsa. D’abord, Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, sultan des Beni-Merîn; puis, Yaghmoracen-Ibn-Zîan, sultan des Ben-Abd-el-Ouad; ensuite, Mohammed-Ibn-Abd-el-Caouï-Ibn-Ouzmar, chef des Beni-Toudjîn. Ajoutons à cette liste le nom de Thabet-Ibn-Mendil, émir des Maghraoua établis sur le Chélif, et celui d’Ouzmar-Ibn-Ibrahim, chef des Beni-Rached ; tous princes contemporains, tous ayant travaillé, selon leurs moyens, pour la prospérité de leur peuple et pour leur propre gloire.

Parmi les chefs berbères voilà ceux qui possédèrent au plus haut degré les brillantes qualités que nous avons énumérées, et qui, tant avant qu’après l’établissement de leur domination, jouirent d’une réputation étendue, réputation qui a été transmise à la postérité par les meilleures autorités d’entre les Berbères et les autres nations, de sorte que le récit de leurs exploits porte tous les caractères d’une authenticité parfaite.

extrait de l’ouvrage de Ibn-Khaldoun, dans Histoire des Berbères et des dynasties de l’Afrique Septentrionale, Tome I, Traduit par Le Baron de Slane et Paul Casanova, Librairie Orientaliste, Paris 1978, pages 198-301

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