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Sécrétions et excrétions durant le jeûne

 
Durant le jeûne, tous les émonctoires du corps humain sont utilisés afin de libérer les toxines: la salive, le suc gastrique, la bile, les sucs pancréatique et intestinaux, la transpiration, le mucus, l’urine …

Shelton écrit :

La salive

« La salive est très diminuée. La salive passe, au cours du jeûne, de son alcalinité normale à un état neutre ou légèrement acide. Elle revient alcaline au retour de la faim ou après la reprise alimentaire.

Dans certains cas, la salive devient infecte et possède un goût très déplaisant qui cause même, parfois, des vomissements. Dans certains cas elle peut être épaisse, gluante, transparente, gélatineuse, visqueuses et ensuite grise, jaunâtre, verdâtre et même semblable à du pus. »

 

Le suc gastrique

« La sécrétion du suc gastrique est continue pendant la plus grande partie du jeûne, mais sa quantité est fortement diminuée et elle est d’un caractère faiblement acide. Parfois sa sécrétion peut être stimulée par les facteurs habituels responsables de la ‘sécrétion psychique’.

Dans les cas d’hyperacidité gastrique, le malaise gastrique continue et peut même augmenter pendant les trois ou quatre premiers jours de jeûne. L’hypersécrétion cesse cependant bientôt; le malaise diminue et finalement cesse entièrement, et après quelques jours supplémentaires de jeûne, l’alimentation peut etre reprise sans causer, cette fois, de douleur. Aucun autre moyen ne peut supprimer l’hyperacidité de façon aussi rapide et aussi sûre… D’autre part, j’ai vu quelques malades qui vomissaient en rejetant du suc gastrique, alors que le jeûne était en cours depuis deux ou trois semaines, ou même davantage. » (Shelton)

 

la bile

« La sécrétion de la bile se poursuit habituellement pendant les premiers jours de jeûne. En fait, elle peut être sécrétée en quantités supérieures. Dans certains cas où l’organisme est très encrassé, la sécrétion de la bile augmente beaucoup, soit pendnt les premiers jours du jeûne, soit pendant son déroulement. Il est probable qu’elle soit envoyée dans l’estomac où elle cause des nausées et des vomissements.

Pendant le jeûne on constate souvent une cholerrhagie abondante (écoulement de bile) explulsée par les intestins ou par des vomissements… Normalement, la bile n’est déversée que dans les intestins que pour répondre à un besoin de la digestion. Elle est déversée quand le chyme quitte l’estomac et se déverse dans le duodénum. Si aucun aliment n’est ingéré, il n’y a pas de déversement de bile. Les physiologistes sont d’accord sur le fait que, lorsqu’un animal jeûne, il n’ a pas d’écoulement de bile dans l’intestin. C’est probablement vrai aussi dans le cas d’un homme réellement en bonne santé, mais ce ne l’est certainement pas pour un homme malade. » (Shelton)

Pour plusieurs, les nausées sont les principales causes de l’inconfort durant le jeûne.

 

De multiples signes nous renseignent sur l’intensité de notre régénération interne: (Boudreau)

La soif: les mouvements importants d’élimination s’accompagnent d’une grande soif, car l’eau est le véhicule de l’élimination. La circulation lymphatique, qui draine activement les déchets et les toxines hors des tissus, est mise à contribution; la sueur est une autre voie d’élimination qui requiert de l’eau, de même que la filtration rénale. Quand l’élimination est intense, notre bouche est sèche et nous ressentons le besoin de boire davantage.

Les sécrétions des muqueuses: toutes les muqueuses haussent leur niveau de sécrétion pour drainer les déchets que le sang y dépose; la bouche, les yeux, le vagin, les oreilles, les bronches et les narines produisent des sécrétions plus abondantes selon les organes en nettoyage.

La peau: le teint, qui est un indice ‘coloré’ de l’élimination, s’anime de divers coloris au cours du jeûne. Le teint pâlit lorsque la circulation s’intensifie dans les organes internes en autolyse, au détriment de la circulation périphérique. Le teint jaunit lorsque le foie se détoxique, et se fait gris quand l’organisme élimine des résidus du tabac; il redevient rosé lorsque le corps est détoxiqué.

Le pouls: le pouls est plus rapide lorsque l’autolyse bat son plein. Il revient à la normale lorsque lesplus fortes poussées d’élimination sont terminées.

La température du corps: un corps plus chaud se défend avec ardeur; la hausse de la température corporelle favorise la multipliation des globules blancs, et accélère le dédale des réactions biochimiques de l’organisme.

Les odeurs: l’haleine devient très amère et la langue blanchit; les odeurs corporelles sont plus âcres (aisselles, urines, peau).

our ceux qui aiment les détails précis et les explications plus scientifiques, la thèse du docteur Duverney-Guichard nous en met plein la vue dans « Le jeûne, approche médicale et scientifique »

1.2.1.5. Modification de l’excrétion d’azote

L’excrétion totale d’azote comprend les pertes fécales qui deviennent nulles au cours du jeûne. Les pertes extra rénales (cutanées) qui restent faibles (inférieures à 0.5 g/j: l’azote urinaire enfin qui se décompose en :
 urée, créatinine ammoniémie, acide urique : produits habituellement mesurés.
 autres formes estimées à 0,5 g/j.

L’excrétion azotée peut donc être assimilée avec une faible marge d’erreur à l’azote urinaire. Elle diminue lorsque le jeûne se prolonge résultant en particulier des changements du métabolisme énergétique vers une préservation de la masse protéique. Il existe également des variations dans le pourcentage des différents constituants. Globalement, l’excrétion d’urée diminue au profit de l’ammonium celle de l’acide urique décroît, la créatininurie restant assez stable.

La diminution de l’urée et l’élévation de l’ammonium au niveau urinaire s’expliquent par la gluconéogenèse rénale qui contribue pour plus de la moitié à la production totale de glucose au cours du jeûne prolongé. Cette néoglucogenèse rénale dont le substrat est en premier la glutamine, aboutit è la production d’ammonium et non d’urée comme c’est le cas au niveau hépatique. Cette ammoniogénèse et trois avantages par rapport à l’uréogénèse 1) L’ammonium excrété est sous forme cationique tamponnant l’excès d’acides organiques produit par le jeûne et donc préservant la fuite de cations (K+). 2) L’ammonium peut être réabsorbé réduisant les pertes obligatoires d’N qui accompagnent l’uréogenèse hépatique, 3) La diminution de l’excrétion d’urée épargne le soluté urinaire majeur minimisant ainsi obligatoirement l’excrétion d’eau et les besoins d’apport d’eau. Confirmant le rôle de l’excrétion d’ammonium. HCNNAFORO montre chez 8 sujets obèses jeûnant depuis 14 jours que l’addition de 150 ml de bicarbonate de sodium et de 60 ml de chlorure de potassium entraîne une chute de l’excrétion d’N sous forme d’ammonium. Ainsi le plateau d’excrétion d’N ne représente pas obligatoirement un minimum non réductible lié au catabolisme protéique dans le but de la néoglucogenèse. STREJA (112) chez 7 sujets obèses au cours d’un jeûne total (+ 1500 ml d’eau + 16 meg Kcl + préparation multivitaminique) retient les modifications de l’excrétion azotée suivantes après 3 à 5 semaines :

 Sécrétions et excrétions durant le jeûne dans actualités 421010excrtionazote

Notre étude note une élévation de l’urée urinaire le 3e jour du jeûne 374 mmol/24 h puis des chiffres diminuant progressivement pour atteindre un minimum de 44 mmol/24 h le 29e jour. Les chiffres de la créatininurie sont en-deçà de la limite inférieure de la normale sauf à J3.

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Dans son livre, le docteur Duverney-Guichard donne une multitude de tableaux montrant l’évolution de divers paramètres au cour du jeûne. Les analyses ayant débutées 5 jours avant le jeûne pour se terminer 5 jours après la 42e journée de jeûne.

Le Siwak a de nombreux bienfaits pour la santé bucco-dentaire

Le Siwak a de nombreux bienfaits pour la santé bucco-dentaire

Le Siwak a de nombreux bienfaits pour la santé bucco-dentaire dans actualités tDOctOvfJOPWToqNQHjWRX0W7kA

Les scientifiques commencent à peine à découvrir les vertus du siwak, qui provient de l’arbre al-‘arak en l’introduisant dans la composition de certains dentifrices tandis qu’on connait ses bienfaits depuis plusieurs siècles.

Santé bucco-dentaire:

Le siwak purifie la bouche (élimine microbes , bactéries etc..)· Il évite les caries et leur extension.· Il renforce les gencives qui deviennent plus solides,  prévient la plaque dentaire, rend les dents plus blanches, élimine la mauvaise haleine, améliore le sens du goût et éclaircit la voix. D’autre part aide à la  digestion,  calme les nerfs et arrête les glaires.

Il contient environ 19 substances qui ont des bienfaits pour la santé dentaire comme les antiseptiques naturels, l’acide tannique, l’huile essentielle aromatique qui augmente la salivation, la triméthylamine, l’alcaloïde salvadorine, la vitamine C, les sels minéraux tels que le chlorure et le fluorure; les minéraux: le soufre, le phosphore, le calcium et surtout le silicium; des quantités variables de saponines, flavonoïdes et stéroïdes.

Le Siwâk sous le microscope

Après avoir porté à ébullition un mélange de : alcool + glycérine + eau (en quantité équivalente) + des tranches transversales des Siwâk, les chercheurs ont identifié 3 couches :

1. La couche supérieure composée d’une écorce douce (comme celui du chêne)

2. Une couche intermédiaire un peu plus solide que la précédente

3. Une couche inférieure fine en fibres de cellulose très bien agencées. Les fibres sont parfaitement ordonnées par dizaines en ensembles disposés côte à côte. C’est une vraie brosse à dents naturelle.

siwak

L’influence de la plaque sur la santé

Après avoir détruit les cellules épithéliales des gencives, les bactéries atteignent les vaisseaux sanguins et donc la circulation sanguine générale du corps, atteignant d’autres organes.

Ce type d’infection a été répertorié et classifié par les scientifiques :

La bactérie de bouche de l’espèce « profiromonaz jinjia fals » va jusqu’au cœur, endommage les vaisseaux sanguins qui l’alimentent au point les obturer (sécrétion d’enzymes qui font s’accumuler les acides gras). La bactérie de bouche de l’espèce « hliyou cobactir bilory » cause les aphtes (trous inflammatoires) de l’estomac. Une autre espèce de bactéries de bouche extrêmement dangereuse cause une accumulation des acides gras dans les vaisseaux sanguins du cerveau, coupant peu à peu son alimentation en oxygène ;4. D’autres espèces encore de bactéries de bouche atteignent les yeux, les poumons, la peau, les reins et les articulations.4. Le Siwâk : un remède efficace

Un magazine de l’Allemagne de l’Est, paru en 1961 (n°4) a publié un article réalisé par le chercheur ROWADART -Directeur du Département des Microbes de l’Université Rosto. Il y dit : »J’ai lu sur le Siwak que les arabes l’utilisent comme brosse à dents dans leur livre d’un voyageur qui a visité un de leurs pays. Ce voyageur a montré cela d’une manière ironique en disant : « Comment peut-on, au XXème siècle, se frotter encore les dents avec un bâtonnet de bois ? Cela relève de l’archaïsme et du sous-développement de ces peuples. » – Le Docteur ROWADART explique qu’il s’est penché sur le sujet et qu’il a cherché une vérité scientifique derrière cette pratique. Il en a donc réduit en poudre et l’a rajouté, dans une couveuse, à une culture microbienne. Les résultats ont montré que la poudre de Siwâk a attaqué les bactéries de la même façon que la pénicilline(antibiotique très efficace). 7 ans après, le Docteur Frédérique FOSTER a confirmé ces résultats et s’est mis à utiliser personnellement et régulièrement le Siwâk.

Composants chimiques du Siwâk

Des études plus approfondies ont permis d’identifier les composants du Siwâk :* Les fibres contiennent un élément anti-inflammatoire à large spectre et qui assure la blancheur des dents,maintient les gencives en place et empêche leur saignement tout en les renforçant ;* Un élément, nommé « Sinnigirin », ayant une forte odeur et un certain goût qui a une réelle action anti-microbienne ;* Du « Cholure » et de la « Silica » qui rendent les dents plus brillantes. La « Silica » entraîne la formation d’une substance collante invisible qui recouvre et protège l’émail de la dent des effets de la « plaque dentaire » et donc de la formation des caries ;* Du « 3-Méthyl-Amine » qui guérit les blessures des gencives et les renforce. Elle modifie la réaction chimique de la muqueuse buccale avec les bactéries de bouche (par action sur l’hydrogène), diminuant leur multiplication ;* Des anti-inflammatoires et des Anticorps contre certaines tumeurs ;* Du « Florène » qui réagit avec l’émail dentaire, qui transforme l’ »hydroxy-Apatit » en « Floro-Apatit »renforçant l’émail ;* De la « Silice » à hauteur de 4%, qui dissout la « plaque dentaire » et du « Bicarbonate de Soude » dont l’effet bénéfique a été identifié et utilisé par les fabricants de dentifrice ;* Du « Silva Yourya » qui lutte contre la carie et les maladies de la gencive ;* De l’ »Acide Anisik » qui aide les poumons à éliminer du mucus, de l’ »Acide Ascoropique » et de la matière « citocetral » qui renforcent tous deux les vaisseaux sanguins des gencives ;* 1% d’huile naturelle parfumée ;* De « l’Antralitone » qui régule le fonctionnement des intestins.

Différence entre Siwâk et dentifrice

Après la découverte des vertus du Siwâk et des ses bienfaits sur la santé bucco-dentaire, des chercheurs en médecine dentaire ont expérimenté de nouveaux dentifrices à base de Siwâk. Ils l’ont appelé le dentifrice « Qualime Swaks » produit par une société suisse célèbre nommée « Farma Pazl Limited ». Ils ont lancé ce dentifrice sur le marché mais il n’avait pas les mêmes effets que l’utilisation du Siwâk. Ils se sont posé la question du pourquoi. Ils ont refait de nouvelles études sur le frottement du Siwâk. Ces études ont montré l’apparition de nouveaux composés qu’ils n’avaient pas inclus dans le « Qualime Swaks ». En effet ces composés sont formés lors de réactions chimiques lors du frottement entre le Siwâk et les dents au contact des enzymes salivaires. Ces nouveaux composés ont prouvé leur efficacité en supprimant 97% des bactéries en peu de temps. Certaines enzymes n’étant produites que pour répondre à des modifications d’acidité de la bouche, certains composés du Siwâk sont produits avec ce mécanisme vital. Le Siwâk possède donc une triple action : mécanique, chimique et vitale.Des dentistes ont mis en garde contre certains dentifrices riches en floréides qui empoisonnent les enfants qui en avalent accidentellement, contrairement au Siwâk. L’Assemblée des Dentistes Américains a démontré l’incapacité de la brosse à dents à éliminer toutes les bactéries de la bouche, contrairement au Siwâk qui a des capacités absorbantes. Après 14 jours, les bactéries transforment la brosse à dents en un milieu de culture adéquat.

Informations supplémentaires

Une étude récente a montré le besoin physiologique dans la relation mécanique entre la main et la bouche. C’est la base qui fonde la réussite de l’industrie de la cigarette ainsi que le point commun entre la dépendance et son remède. La persévérance dans l’abstinence de cigarette apparait avec l’utilisation d’un remplaçant hygiénique comme le fait de porter un batonnet de Siwâk à la bouche. Il est donc conseillé de joindre à une cure anti-tabac l’utilisation du Siwâk.

«Le monde arabe est divisé entre l’occidentalisation et l’obscurantisme»

Ali Ahmed Saïd Esber, alias Adonis: «Le monde arabe n’est plus une source d’identité commune.» (AFP)

Ali Ahmed Saïd Esber, alias Adonis: «Le monde arabe n’est plus une source d’identité commune.» (AFP)

Adonis est considéré comme le plus grand poète arabe vivant. Il s’insurge contre la place de la religion «institutionnalisée»

Le Syrien Adonis, né Ali Ahmed Saïd Esber, est considéré comme l’un des plus grands auteurs arabes vivants. Ses ouvrages de poésie, auxquels se sont identifiées plusieurs générations, ont circulé sous le manteau dans tout le monde arabe. Vivant aujourd’hui en France, Adonis, né en 1930, a été contesté pour ses prises de position récentes relatives aux conséquences des Printemps arabes. Il était de passage à Genève dans le cadre du Festival du film oriental qui se tient ces jours.

Le Temps: Les grandes réserves que vous avez énoncées vis-à-vis des révolutions arabes vous ont valu des critiques acerbes…

Adonis: J’ai écrit de nombreux textes en soutien aux Printemps arabes, mais je suis très sévère envers la pratique. Les révolutions, à mon avis, doivent remplir trois conditions principales. Tout d’abord, je ne peux pas imaginer une révolution arabe si le statut de la femme et sa libération de la loi islamique ne sont pas placés au centre. Ensuite, il y a la question de l’indépendance vis-à-vis de l’extérieur. Ces révolutions ne peuvent se produire si elles sont le fait de satellites de l’Europe ou des Etats-Unis. Enfin, troisième condition, il nous faut adopter une éthique différente, en séparant notamment la mosquée et l’Etat. Or, sur tous ces plans-là, rien ne s’est produit. Ce qui se passe, c’est l’arrivée de gens qui sont en quelque sorte l’autre face des régimes précédents. Ce sont les mêmes discours, les mêmes références, les mêmes comportements qui sont à l’œuvre.

Pourtant, en Syrie, en Tunisie, en Egypte, des gens ont été tués alors qu’ils s’opposaient à ces comportements que vous dénoncez…

Ce qui s’est passé dans les pays que vous mentionnez a été extraordinaire. Mais ce mouvement a été brisé, détourné. Dès que la révolution est devenue armée, c’est-à-dire violente, cela a tout faussé. C’est devenu autre chose.

–Les régimes arabes ne sont-ils pas les premiers responsables de cette dérive?
Les régimes arabes sont à changer radicalement, c’est indiscutable. Mais s’il s’agit de les remplacer par des gens qui partagent la même culture politique et les mêmes idéaux, nous sommes devant un simple conflit d’intérêts pour le pouvoir et non d’une révolution. Le problème, c’est de refonder la société, de changer la culture, les mentalités, dans l’horizon de la citoyenneté, de la laïcité, du respect de l’autre. Or cela n’a jamais été posé de cette manière.

Croyez-vous que le concept d’un «monde arabe» soit encore d’une quelconque utilité?

Le problème, c’est qu’au-delà de la religion, il n’y a pas d’autre point commun dans cet espace. Or, de mon point de vue, la religion n’est pas productrice d’identité. C’est en créant sa propre œuvre que l’être humain crée son identité particulière. On n’hérite pas d’une identité, on la crée. La religion vient du passé, tandis que l’identité est dans l’avenir. Et dans cette optique, le poids de la religion ne peut être qu’une entrave à penser l’avenir. Dans cette manière de concevoir l’identité, comme le font par exemple les mystiques, l’autre prend une place essentielle. Il n’est plus un élément extérieur, mais il devient constitutif de moi-même.

Cette vision que vous défendez n’est pas très répandue à l’heure actuelle…

C’est l’un des aspects du vide culturel qui règne actuellement dans les pays arabes. Ils sont entièrement soumis à la religion institutionnalisée. Je n’ai rien contre les croyances individuelles, et j’accepte l’idée que l’être humain puisse avoir besoin d’une certaine doctrine pour gérer son rapport avec l’inconnu. Mais lorsque cela se transforme en religion institutionnelle, le danger c’est qu’il n’y ait plus d’autres références que religieuses. Or, ce cadre est complètement étranger aux préoccupations de la jeunesse. Dans le monde arabe, cela ne laisse plus aucune place à une culture créatrice qui pourrait participer aux autres cultures du monde. Il n’y a pas une seule université arabe à figurer parmi les grands établissements mondiaux. Si le savoir est lié à la seule religion institutionnelle, il n’y a plus de science et plus de création.

C’est ce problème qui est à l’origine de l’irruption l’Etat islamique?

Il n’y a plus, désormais, un noyau d’identité arabe. Le monde arabe est aujourd’hui divisé entre l’occidentalisation et l’obscurantisme, et ceux qui essaient d’exister entre ces deux pôles sont systématiquement marginalisés. Les Arabes sont devenus comme des pantins sans personnalité, manœuvrés par le jeu de plus puissants qu’eux.

Les créateurs arabes sont donc en panne?

L’interlocuteur d’un écrivain, d’un auteur, d’un artiste, cela doit être Dieu. Un petit créateur ne peut être fécond que s’il peut se permettre d’interroger le grand Créateur. Or cela est devenu impossible dans le monde arabe actuel, on ne peut même pas l’envisager… Je raconte souvent que, dans le Coran, certains versets relatent une discussion tenue entre Satan et Dieu. Or Dieu n’a pas effacé cette discussion, il ne l’a pas censurée! Dieu a donc laissé parler le diable, mais il n’en est rien des régimes arabes, dans lesquels on ne cherche que la répétition du dogme. Sur les 6213 versets que compte le Coran, on n’en retient que quelque 150 pour faire croire que le texte coranique est un tout cohérent et indivisible. On écarte tout ce qui ne colle pas, et ainsi tout ce qui est science, connaissance, ouverture sur l’autre, création, individualité, humanité, finit par ne plus exister.

Vous vous montrez également très sévère quant à la responsabilité de l’Occident…

En réalité, il n’y a pas moyen de parler du monde arabe sans évoquer le monde occidental. Un pays comme la France, qui est aussi en un sens mon pays, ne peut pas se dire du côté de la révolution et être, de fait, l’allié absolu de la régression et de la décadence tels que les incarne par exemple le régime saoudien. Comment peut-on prétendre s’appuyer sur ces pays pour libérer le monde arabe, alors que c’est précisément d’eux qu’il doit se libérer avant toute chose?

De manière générale, la valeur culturelle n’est pas prise en compte et s’efface devant les intérêts pétroliers ou stratégiques. Je suis d’ailleurs très frappé par l’absence d’esprit critique en Occident. Où sont aujourd’hui les penseurs qui, à l’instar de Sartre ou Deleuze, sont capables de formuler une critique radicale envers leur propre société?

François Déroche : « L’histoire du Coran intéresse au-delà de l’Occident »

Rédigé par Huê Trinh Nguyên |

 

 

Pour François Déroche, titulaire de la chaire « Histoire du Coran » au Collège de France, « l’immense respect de l’islam pour la langue et l’écriture qui ont véhiculé la Révélation représente une chance inouïe qui permet aujourd’hui de disposer de très nombreux fragments des premiers corans copiés entre le VIIe et le Xe siècle ».

Pour François Déroche, titulaire de la chaire « Histoire du Coran » au Collège de France, « l’immense respect de l’islam pour la langue et l’écriture qui ont véhiculé la Révélation représente une chance inouïe qui permet aujourd’hui de disposer de très nombreux fragments des premiers corans copiés entre le VIIe et le Xe siècle ».
Il y avait foule, en ce jeudi 2 avril 2015, pour assister à la leçon inaugurale de François Déroche, nouvellement nommé titulaire de la chaire « Histoire du Coran. Texte et transmission » au sein du Collège de France. La plupart des professeurs de cette prestigieuse institution étaient présents, dont Thomas Römer, qui occupe la chaire « Milieux bibliques », et Serge Haroche, Prix Nobel de physique.

« Au lieu d’étudier le Coran à travers le discours tenu par les savants musulmans médiévaux, François Déroche s’est principalement attaché dans toute sa carrière à revenir aux manuscrits les plus anciens », rappelle dans son discours introductif Serge Haroche, également administrateur du Collège de France. Selon ses termes, les recherches en paléographie (étude des écritures anciennes) et en codicologie (étude des manuscrits reliés en codex) du Pr Déroche s’apparentent à un véritable « travail de détective » puisqu’il s’agit de « recenser et remettre en ordre des documents éparpillés dans le monde entier au gré des conflits qui n’ont pas manqué au cours de la longue Histoire de l’islam et de sa confrontation avec le monde chrétien ». « Ses analyses font apparaître l’histoire complexe d’un ensemble de textes qui, aussi bien dans leur apparence que dans leur contenu, ont connu des évolutions contredisant l’affirmation de l’immutabilité d’un Coran unique », ne manque-t-il pas de souligner.

De quoi heurter peut-être la sensibilité des partisans d’un Coran immuable mais aussi de piquer la curiosité intellectuelle de ceux qui veulent en connaître plus sur l’histoire du Livre saint, sa préservation et sa transmission. Rencontre avec l’un des plus grands spécialistes de l’histoire des manuscrits arabes et du texte coranique.

Saphirnews : En quoi est-il important d’avoir enfin une chaire sur l’histoire du Coran au sein du Collège de France ?

François Déroche : C’est un sujet qui est neuf dans la mesure où, grâce à l’étude des manuscrits du Coran qui ont été préservés dans les communautés musulmanes du Proche-Orient avec beaucoup de respect, on a des choses qui ont été produites réellement aux VIIe, VIIIe et IXe siècles, et qui sont donc des témoignages directs, des photographies de ce que les gens croyaient et ressentaient à cette époque, leur façon de considérer le Coran. Ainsi, le Coran traverse toute une série de modifications qui sont le reflet des changements de l’attitude des gens vis-à-vis du texte coranique. C’est quelque chose de tout à fait extraordinaire.

Le Collège de France a eu plusieurs chaires de la langue arabe. Pour la première fois, il ouvre une chaire sur le Coran. Quelle est la différence ?

François Déroche : L’étude du Coran a toujours été présente au sein du Collège de France, parce que le Coran est le texte fondateur de l’islam et, bien sûr, la référence absolue en matière de langue arabe. Tous les arabisants, à un moment ou un autre, « font du Coran ». Ce qui est différent avec cette chaire, c’est que l’on va s’intéresser à un aspect particulier qui est l’Histoire : l’évolution du texte, la façon dont il a été mis à l’écrit. On va plonger dans ces milieux du VIIe au IXe siècle et comprendre ce qu’il s’est passé.

Vous ne vous posez pas du tout en tant qu’exégète ni islamologue. En quoi consiste exactement votre travail ?

François Déroche : Je suis historien du livre et un petit peu historien du texte. Là est le positionnement de mon approche. Les exégètes interprètent les textes. Moi, j’essaie de comprendre comment le texte a été mis par écrit, quelles sont les variations possibles et quel est le cheminement qui a conduit à l’état du texte que nous connaissons aujourd’hui.

 

Parmi les milliers de fragments trouvés entre le toit et le plafond de la salle de prière à Sanaa, en 1973, figuraient une quarantaine de feuillets de palimpseste dont la couche d’écriture plus ancienne notait un texte différent de la vulgate.

Parmi les milliers de fragments trouvés entre le toit et le plafond de la salle de prière à Sanaa, en 1973, figuraient une quarantaine de feuillets de palimpseste dont la couche d’écriture plus ancienne notait un texte différent de la vulgate.

La découverte du palimpseste à Sanaa semble avoir marqué un tournant dans la recherche scientifique dans les années 1970. Quelle a été la réception dans les pays musulmans ?

François Déroche : Les Yéménites ont eu une attitude extrêmement constructive dans la mesure où nous sommes aujourd’hui en train de travailler sur ces textes découverts à Sanaa. Ce sont les autorités yéménites qui ont donné accès à ces manuscrits alors qu’il avait été dit ici et là que cela remettait en cause les fondements de l’islam ; cela a été très exagéré par les médias qui ont donné l’impression que c’était devenu le monde à l’envers.

Il faut retenir une chose positive : dans le monde musulman, à l’heure actuelle, il existe un réel intérêt pour le texte du Coran, afin de mieux comprendre des choses qui nous sont dites par la tradition musulmane. En effet, avec le passage du temps, on a eu du mal à penser la complexité, et un certain nombre d’auteurs ‒ je pense, notamment, à al-Suyuti ‒ ont essayé de parvenir à un exposé cohérent sur ces questions et, de fait, ont beaucoup simplifié ce qui s’était dit.

 

La Bibliothèque nationale de France possède un plus grand nombre de Coran abbassides (250) que de copies carolingiennes de la Bible ou du nouveau Testament (70). La quasi-totalité des manuscrits coraniques de la BNF provient de la mosquée Amr, à Fustat.

La Bibliothèque nationale de France possède un plus grand nombre de Coran abbassides (250) que de copies carolingiennes de la Bible ou du nouveau Testament (70). La quasi-totalité des manuscrits coraniques de la BNF provient de la mosquée Amr, à Fustat.

Rappelez-nous quelle a été la découverte de Sanaa.

François Déroche : On y a découvert une cache où, pour éviter que les documents ne soient souillés, on avait entreposé de très vieux corans qui ne servaient plus, parce qu’ils étaient en petits morceaux et qu’on ne pouvait pas non plus les réutiliser pour autre chose ‒ c’est comme ce qu’il s’est passé à Fustat ou à Damas.

Ces documents étaient entreposés entre le toit et le plafond de la mosquée, on y a découvert quantité de manuscrits qui sont parfois tout à fait conformes au Coran de l’édition moderne dans le cas de Sanaa ; mais dans d’autres cas on a aussi des versions qui ne coïncident pas, ayant un ordre des sourates différent ou avec des textes qui diffèrent légèrement.

Lors de votre leçon inaugurale, vous avez distingué Coran oral et Coran écrit. Que cela signifie-t-il ?

François Déroche : Au début de l’islam, quand le texte a été écrit il n’existait pas d’outil pour transcrire les voyelles. Il n’existait pas de normes communes en matière d’orthographe, les copistes collaborant à un même manuscrit pouvaient adopter une position spécifique en ce domaine. La notation des voyelles est restée longtemps imprécise. Il fallait que quelqu’un connaisse le texte et se serve de ce qui était écrit comme d’une sorte d’aide-mémoire pour le réciter correctement. La dialectique entre Coran écrit et Coran oral est en partie une conséquence de raisons techniques. Le Coran oral oriente certaines lectures ; le Coran écrit aide à préciser la façon de noter.

Vous dites que votre challenge sera de réaliser l’étude chronologique du Coran, il y a déjà eu des tentatives de mettre en ordre chronologique les sourates. Quelle sera votre démarche ?

François Déroche : Je pense qu’en utilisant les données de l’histoire du texte elle-même on peut peut-être trouver des éléments qui vont nous aider à mieux comprendre la chronologie. Des tentatives ont effectivement été réalisées à ce jour, mon espoir est de trouver dans les manuscrits des pistes qui nous permettrait d’aller encore plus loin. C’est peut-être une utopie !

Quel sera le déroulé de votre programme « Histoire du Coran » au Collège de France ?

François Déroche : L’objectif essentiel est de comprendre l’histoire du Coran, sous tous ses aspects, y compris l’histoire intellectuelle et l’histoire économique. Il s’agit de réfléchir à la façon dont le Coran a été produit et pourquoi il a été produit. Le texte lui-même a son histoire. L’ensemble des documents permet d’appréhender le Coran de façon nouvelle et, je crois, constructive.
Pour ce premier semestre 2015, il s’agira d’un rappel de ce qui s’est dit sur le Coran : littérature traditionnelle et perspectives de recherche. Et à la rentrée 2015-2016, j’aimerais revenir sur les corans ommeyyades.

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René Guénon et la métaphysique intégrale.

En réponse à la demande de quelques-uns, je vous présente ici une petite synthèse de la métaphysique de René Guénon, dite « métaphysique intégrale ». Attachez vos ceintures !

 

 

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« Mais, au fond, c’est quoi la métaphysique de René Guénon ? » Voyant que je m’intéresse de près au meilleur spécialiste de la connaissance sacrée (ça ne date pas d’hier, j’ai lu la Crise du monde moderne en préparant mon bac philo), on me pose une question passionnante qui, étrangement, n’effleure guère l’esprit de la plupart de ses lecteurs. Fascinés par ses exposés sur le symbolisme, époustouflés par la justesse du diagnostic qu’il pose sur notre temps, entraînés dans les volutes d’une pensée qui touche au moindre aspect de « la Manifestation » (histoire, philosophie, sciences, mathématiques, religion comparée, mythes, etc.), peu d’entre eux ont tenté de formaliser une conception métaphysique qui se situe pourtant au coeur de sa démarche, en fournit la charpente, le soubassement théorique, et relie entre elles, comme un chapelet de prière, chacune des parties. 
Comprendre la métaphysique de René Guénon (qu’il ne faut pas confondre avec une théologie ou une dogmatique religieuse, je m’empresse de la signaler) permet d’éclaircir des moments de son oeuvre qui semblent obscurs, tous les éléments présentés n’étant pas systématiquement explicités par l’auteur. S’il n’a pas cherché à l’exposer de façon didactique, sinon peut-être, de manière fragmentaire, dans La Métaphysique orientale (1939), c’est pour au moins une bonne raison : Guénon ne présente pas une métaphysique comme étant issue de son propre cerveau à la manière d’une doctrine personnelle, comme le ferait un philosophe persuadé d’avoir découvert un concept révolutionnaire génial qui bouleverse l’histoire de la pensée, mais comme un corpus relevant de la tradition la plus lointaine, non-humaine, la quintessence de la sophia perennis qui remonte aux temps originels de notre Cycle et appartient à ce que l’intuition intellectuelle de chacun peut saisir s’il se met en état de le faire, c’est-à-dire en s’en « ressouvenant » à la manière de Platon. 
Sans doute René Guénon estime-t-il aussi qu’il importe de réaliser un travail intérieur qui requiert, pour parvenir à saisir les linéaments de cette métaphysique qu’il nomme intégrale, un énorme effort de concentration et une disposition particulière de l’âme et de l’esprit. Relevant le défi qui m’est proposé, je vais tenter d’un brosser la synthèse la plus exacte possible en usant d’un minium de mots. Attachez vos ceintures, nous décollons !
Tout commence par l’Être. Dans la métaphysique classique, celle initiée par Aristote, l’Être pur est le principe de la Manifestation (la « nature ») ; depuis lors, les métaphysiciens dits réalistes ont tenté de cerner les qualités de cet Être fameux. L’effort de Guénon consiste au contraire à dévoiler que cette recherche multiséculaire, qui a certes montré ses mérites pour la zone qu’elle explore, limite notre compréhension de la Totalité et nous sépare de l’essentiel qui doit être atteint : la contemplation de l’Absolu. L’Être convient ainsi d’être dépassé. Pourquoi ? Parce que l’Être, qui s’offre comme le déterminant suprême, contient encore une détermination en ceci qu’il se détermine lui-même. Se déterminant, il est limité par cette auto-détermination. Ainsi l’Infinité ne peut lui être attribuée, car elle ne saurait être limitée, et par conséquent l’Être ne peut en aucune manière être considéré comme le Principe suprême. Pour accéder à ce Principe, il faut s’ouvrir à un au-delà de l’Être : le Non-Être ! 
Qu’est-ce que le Non-Être ? Le Néant ? Pour la créature, oui. Pour l’Être, absolument pas, puisqu’on va voir qu’il dépend de lui. Inconcevable pour l’esprit, le Non-Être est une convention de langage qui nous permet d’accéder à un stade supérieur de notre intellect définissant un Point suprême, un rien suressentiel au fondement de tout ce qui est et qui contient l’Être ainsi que la Non-Manifestation – celle-ci pouvant être assimilée « au silence qui comporte en lui-même le principe de la parole » (Guénon). Cet Être et ce Non-Être, associés, sont les deux faces de ce que Guénon nomme la Possibilité universelle, qui seule est vraiment totale. 
Le Non-Être peut être considéré comme le Zéro métaphysique ou encore l’Unité non-affirmée, antérieure à l’Unité, qu’il comprend ; doté d’une potentialité fondamentale, il ouvre la voie à l’Infinité. Or la notion primordiale, vierge de toute détermination, est précisément cet Infini, qui, lui, n’est réductible à aucune Manifestation car il est illimité. C’est sur cette notion que notre intuition intellectuelle (« l’Intellect pur » d’Aristote, non discursif, coïncidant sans médiation avec la Vérité) doit se relier si nous sommes en état de réceptivité et d’ascèse : l’idée se trouve ancrée dans notre esprit même s’il ne la cerne pas puisqu’elle n’a ni définition ni accessibilité. Ancrés dans la Manifestation, nous ne pouvons qu’oeuvrer à dire l’impossibilité de parler de l’Infini, concept inexprimable qui s’apparente à une non-connaissance, un non-savoir, comparable à une lumière qui ne se donnerait que par son absence.
Guénon ne s’arrête pas à cette étape, à la radicalité pourtant vertigineuse. Dans ce fantastique voyage ascensionnel, il pulvérise toutes nos frontières mentales et dynamite les formules et les concepts avec lesquels nous sommes habitués à penser dans la philosophie occidentale qu’on nous a enseignée, pour nous faire accéder au coeur du réacteur nucléaire de la doctrine. Il s’agit pour lui de nous faire saisir que la Manifestation, notre « monde », n’est rigoureusement rien au regard de l’Infini. Il importe de se situer hors du temps et de la soumission au monde des phénomènes pour se diriger vers le Principe, dépouillé de toute qualité. 
Mais le Principe lui-même n’est pas tout ! Il convient d’aller au-delà et dépouiller la notion du Principe, afin de la transcender pour la vider de son essence dans une sorte de grande négation purificatrice rendant possible la Délivrance de toute illusion phénoménale. 
Cette tension spirituelle est ce que Guénon nomme « la Réalisation ». Nous sommes là dans l’aspect pratique de sa métaphysique. Son objectif principal est de nous faire « sentir » que l’individu n’est qu’une manifestation transitoire de l’Être. C’est en accédant à ces hautes cîmes que nous pourrons retrouver en nous l’Homme véritable, celui qui a le sens de l’éternité ; que nous serons en mesure d’accéder à des états supra-individuels libérés de toute limitation ; et de nous diriger, au-delà encore (grimpons, grimpons dans le supra-rationnel !), vers l’état inconditionné et inexprimable. 
C’est l’accession à ce dernier état qui constitue la vraie Délivrance, la totale universalisation nous permettant de dépasser la dualité (vie, mort…) et de percevoir l’illusion des formes. Une fois parvenus à ce stade, nous savons que le Soi est sans cause, qu’il n’y a ni naissance, ni mort, ni temps ni même éternité !
Délire ? Fantasme ? C’est la première réaction des néophytes, et même (et surtout ?) des universitaires formés à l’école classique, qui prennent connaissance de ce processus intellectuel. Incendairie mise en abîme de l’esprit humain, lequel est prié de se détacher de tout ce qu’il croit connaître, cette métaphysique abrupte traverse pourtant toutes les traditions de notre Cycle : doctrine hindoue du maître indien Shankara, bouddhisme, soufisme, mystique rhénane, approches de saint Grégoire de Naziance, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Damascène, qui s’exclamera : « De Dieu il est impossible de dire ce qu’il est en lui-même, et il est plus exact d’en parler par le rejet de tout : il n’est en effet rien de ce qui est… Il est au-dessus de tout ce qui est, et au-dessus de l’être même » ! 
René Guénon, et après lui les « traditionistes » Julius Evola, Ananda Kentish Coomaraswamy, Frithjof Schuon, Georges Vallin, Titus Burckhardt, Michel Vâlsan et tant d’autres, n’ont cessé de démontrer, de diverses façons, dans leurs travaux, l’existence de cette métaphysique traversant les siècles.  
Rien n’est plus normal que d’être déboussolé, désorienté, affolé ou scandalisé par cette métaphysique ultime. C’est la mise en condition mentale nécessaire pour accéder à une connaissance supérieure et sacrée. Ce n’est pas par hasard que nos ancêtres avaient institué de sévères initiations (devenues aujourd’hui parodiques dans les loges maçonniques), qui avaient pour but, étapes par étapes, de faire progresser l’esprit vers ces lumières salvatrices et ineffables.
Je vous laisse y réfléchir ; nul n’est contraint de donner son assentiment à cette perspective métaphysique sans l’avoir comprise et absorbée complètement. Le plus important est de la méditer, de se sentir stimulé voire provoqué dans nos certitudes, et de faire des expériences pour en savourer (ou non) les fruits. 
En attendant, j’espère avoir répondu à la question qui m’a été posée par quelques lecteurs désirant aller plus loin que la vulgate et que je félicite pour leur saine curiosité en ces temps de crétinisme généralisé.
Paul-Éric Blanrue
POUR ALLER PLUS LOIN :
- René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Véga, 1983.
- I, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions traditionnelles, 1981.
- Id°, Les États multiples de l’être, Véga, 1980.
- Id°, La Métaphysique orientale, Éditions traditionnelles, 1970.
- Jean-Marc Vivenza, Le Dictionnaire de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2002.
- Id°, La Métaphysique de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2004.
- Georges Vallin, La Perspective métaphysique, Dervy, 1977.
- Michel Vâlsan, L’Islam et la fonction de René Guénon, Les Éditions de l’Oeuvre, 1984.

Abou Houdeyfa: agent de décérébration de la communauté musulmane?

Dans la vidéo d’un de ses derniers prêches du vendredi (9 mai 2015), l’imâm Abou Houdeyfa s’en prend à ceux qui « prétendent réformer l’islam au nom de la raison », probablement celles et ceux réunis au sein de la Fondation al-Kawakibi, sans qu’il ne les nomme précisément d’ailleurs. 
Bien que l’audition de cette vidéo soit un véritable supplice pour l’esprit et l’intelligence, elle vaut cependant que l’on s’y arrête un instant. En effet, reconnaissons-lui ce mérite, l’imâm Abou Houdeyfa, tout en prenant manifestement son auditoire pour une foule de demeurés, parvient à concentrer la quintessence de l’opposition salafiste à toute idée de réforme, n’hésitant pas non plus, pour quelqu’un qui se revendique d’une haute éthique, à utiliser les plus sales procédés rhétoriques de disqualification de son adversaire.
Passons sur les images simplistes de la relation père-enfant pour faire comprendre que l’enfant (l’homme en l’occurrence) doit s’incliner devant ce que ça raison ne peut saisir. Passons aussi sur les comparaisons à deux francs six sous avec la question des ablutions sur les chaussettes et celle de l’exemption du rattrapage de la prière et non du jeûne en cas de règles, comme possibles « contradictions » entre révélation et raison. Passons encore sur la confusion de son discours entre ‘aql et ra’y (raison/intellection et raison/opinion) qu’il utilise comme équivalents et oppose systématiquement à l’idée de naql (révélation) pour discréditer bassement l’idée même de raison.
Le cœur même de son discours est qu’une fois la révélation descendue sur l’humanité, le naql, comprenant le Coran et la sunna du Prophète, il n’y a plus rien à ajouter, la raison doit se soumettre et obéir, et suivre sans contester les injonctions de la révélation, la raison étant par essence incapable de découvrir les plus hautes vérités. C’est si simple. Il dénonce ensuite plusieurs fois celles et ceux qui, selon lui, voudraient faire passer la raison (‘aql) AVANT la révélation (naql).
On ne s’étonnera peut-être pas trop que le cursus de l’imâm Abou Houdeyfa ait eu quelques lacunes. Il n’a probablement rien lu sur le motif du tabernacle des lumières du prophétat (mishkat al-anwâr) qui explique que les philosophes et les savants (en passant par Platon, etc.) sont tous parvenus à un niveau de compréhension du monde proche de ce qui est obtenu par la révélation, et ce de par leur seule intelligence (guidée par Dieu, certes). Ni non plus le fameux roman de Hayy b. Yaqzân qui, perdu sur une île, induit les principes autrement révélés par le seul usage de sa raison et de l’observation. Bref, la civilisation islamique a une longue tradition de conciliation entre raison et révélation qui dépasse largement le simple rapport de soumission ou de guidance.
Pour en venir à l’essentiel, le discours de l’imâm Abou Houdeyfa expose en vérité l’angle mort, ou plutôt le trou noir, de la pensée salafiste. A savoir le rôle du lecteur, du savant, de l’herméneute dans le rapport à la révélation.
Les principologues du droit musulman (usûliyyûn) savent que la Loi a deux sources : le khabar (Coran et sunna, le naql) et le nazar (le regard, l’intelligence, la raison du savant). Ils avaient compris très vite, dès l’époque classique, que le Texte ne dit rien. C’est un paquet muet de pages remplies de signes. Rien de plus. Seul le regard, l’intelligence, de chaque lecteur ou lectrice fait émerger un sens hors du texte.
Il est probable que le fait que le Coran soit en arabe classique offre aux arabophones une dangereuse impression d’immédiateté dans l’accès à la révélation divine, faisant disparaître la nécessité d’une interprétation, d’un effort herméneutique. Cela donne à croire que, si l’on maîtrise l’arabe, et plus encore si l’on est un arabophone natif connaissant (ou pas) l’arabe classique, on peut accéder sans médiation à la Parole de Dieu. Dangereuse illusion d’optique de laquelle sont préservées en partie aujourd’hui d’autres religions du Livre, dont le judaïsme et christianisme : l’hébreu biblique, l’araméen, le latin, le grec ancien, langues de la Bible et des Evangiles imposent la notion de l’éloignement dans le temps, de la nécessité de l’histoire, du contexte, de la linguistique, de la philologie, de la sémiologie… et donc une certaine modestie dans le rapport au Livre. En tous cas, aucun-e théologien-ne de ces religions, à part quelques illuminé-e-s, ne prétend faire l’économie de son propre rôle dans son approche des textes révélés.
C’est tout le contraire dans la pensée salafiste : le rôle médiateur de l’herméneute est nié, que ce soit pour aujourd’hui ou pour le passé – une compréhension directe de l’essence même du texte est toujours posée comme axiomatique, qu’il s’agisse du Coran ou d’une somme classique. Comme si le lecteur (arabophone, s’entend) était un pur esprit, hors du temps et de l’espace, hors des contingences matérielles, hors de toute culture et société, hors de rapports de domination, de pouvoir, et accédait à l’essence du naql, de la révélation.
Or, c’est précisément là que porte l’effort de réforme, contrairement au mauvais procès que lui fait l’imâm Abou Houdeyfa. Ce n’est pas sur le naql (le Coran, Texte révélé ; je laisse de côté la sunna ici qui pose trop de problèmes méthodologiques) que l’on veut porter réforme, mais sur le nazar, l’intelligence, la raison de l’herméneute, le deuxième terme de l’équation indispensable à la production de la Loi. Sans nazar, le khabar est profondément, désespérément, muet et inutile.
Procédant typiquement selon l’approche salafiste, l’imâm Abou Houdeyfa saute allègrement par-dessus les 14 siècles de tradition herméneutique musulmane et tente de nous faire croire que les Compagnons du Prophète recevaient le Texte de manière pure, sans médiation, et qu’il conviendrait de se soumettre à leur propre approche. Or, contrairement à ce préjugé, ces derniers eux-mêmes ont dû développer leur propre démarche interprétative pour faire face à l’infini des situations humaines auxquelles le Texte ne pouvait ou ne voulait pas répondre, l’exemple le plus connu étant celui de ‘Alî partant au Yémen avec une première méthode d’ijtihâd. Tout n’allait donc pas de soi, y compris durant le moment coranique.
Inspirés par cette réalité, les oulémas n’ont eu de cesse de s’efforcer de développer des méthodologies pour tout, n’hésitant pas à emprunter aux sciences de leur temps (philosophie, linguistique…) pour les porter vers de nouvelles hauteurs et faire émerger des sens encore cachés du khabar : collecte des hadîths, linguistique, métaphysique, kalâm, droit… Bref, à développer, équiper, renforcer, le nazar, car ils avaient conscience, au moins jusqu’à l’époque classique et la fin des Abbassides, qu’ils portaient un regard sur le texte, qu’ils interprétaient et que, pour réduire l’arbitraire, il fallait des outils, des méthodes. Non pas pour nier la raison, mais pour la rendre plus performante encore.
Les croisades, la chute de Bagdad, la perte de l’Andalûs ont fait plonger le monde musulman dans une longue léthargie intellectuelle. Entre temps, dans d’autres endroits du monde, des savants de toutes sortes ont continué à réfléchir, développant l’héritage qui leur avait été transmis.
Le travail de réforme s’impose donc de nouveau aujourd’hui. Non pas pour retirer ci ou là des versets qui seraient embarrassants, mais pour profiter de l’immense essor des sciences sociales, humaines et techniques de ces deux derniers siècles qui, de facto, contribuent à modifier un nazar – lui-même situé dans un autre temps, un autre espace – et donc permettent de faire émerger, à nouveau, des sens inédits, de réordonner les priorités, de déconstruire, de re-situer et de réarticuler les lectures de ces 14 derniers siècles par rapport aux besoins du nôtre.
La réforme en islam porte en vérité sur l’herméneute et ses méthodes, et donc fait inévitablement surgir du neuf hors du Texte, des potentialités contenues depuis l’origine en Celui-ci et qui n’attendent qu’à être exprimées et se déployer. C’est pour cela que le Coran, comme d’autres textes sacrés, est en quelque sorte « garanti par Dieu » pour les siècles des siècles, car sa lecture n’est jamais terminée, ni épuisée, ni figée, chaque époque apportant son innovation herméneutique et son regard réjuvéné sur un Texte immuable.
Nul besoin donc de discourir sur l’antécédence du naql ou du ‘aql, le débat n’est pas là, mais sur la reconnaissance du rôle médiateur du savant, ce que refuse obstinément la pensée salafiste dont l’imâm Abou Houdeyfa se fait le chantre.
Pourtant, à l’entendre, on se dit qu’il en devine les contours, mais préfère s’enfermer dans sa condamnation, jouant la carte de l’establishment, de la structure, du maintien du pouvoir de certains clercs sur des masses qu’ils abrutissent de discours simplistes. En effet, parlant des « réformateurs », il lance qu’ils ne seraient même pas soutenus par des savants connus, ou encore qu’ils ne seraient même pas ‘âlim, ou mujtahid muqayyad, ou mujtahid mutlaq. Ce faisant, il démontre surtout qu’il se fait le porte-parole d’une caste qui veut préserver son pouvoir en profitant pleinement de leur investissement personnel à « maîtriser » une méthodologie très particulière d’accès au texte et des privilèges matériels et symboliques qui en découlent. Si demain, l’approche salafiste devait être mise « hors-service » par la réforme en gestation, ce qui arrivera inéluctablement, ils seront « sur la paille » s’ils n’accomplissent pas le « bond quantique » que cela va impliquer pour eux.
Comme quoi, derrière le discours anti-réforme, il y a également des enjeux de pouvoir, y compris géostratégiques, très, très, humains.
Où la parole de Dieu (naql) est une fois de plus détournée sous prétexte de la respecter.
A ce titre, les réformateurs, travaillant sur nazar et non sur le khabar, démontrent bien plus de respect de la Parole que ceux qui prétendent en être les porte-paroles exclusifs.
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Le voile n’a rien de sacré, il n’y a aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure

Par Maya Zammit – «Je n’ai trouvé aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure. Le combat que les musulmans ont mené pour le port du voile me désole, parce qu’il donne une image négative de la façon dont l’islam perçoit la femme», a déclaré Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, dans une interview accordée àL’Express. Religieux érudit, cet imam français d’origine marocaine, prône un islam moins «tape-à-l’œil» et appelle à un ajustement des pratiques rituelles avec les réalités de la société.

L’imam Tareq Oubrou s’insurge : «Le hijab n’a rien de sacré» - Crédit photo © Shutterstock.com

L’imam Tareq Oubrou s’insurge : «Le hijab n’a rien de sacré» – Crédit photo © Jolpress/Shutterstock.com

«Cette tendance à tout ritualiser conduit certains fidèles à parler plus de la pratique que de Dieu lui-même», regrette-t-il. Ce fils d’instituteur marocain, élevé aux confluents de la tradition musulmane et de la modernité occidentale, n’hésite pas à s’en prendre aux «ignares qui déterminent aujourd’hui ce qui est orthodoxe». Auteur du livreUn imam en colère, Oubrou dénonce vivement «l’islam d’apparence», affirmant que le plus important n’est ni le look ni la tenue vestimentaire, mais plutôt la foi. «On est musulman lorsqu’on a la foi ; c’est la grâce de Dieu qui sauve.

Le voile n’est pas spécifiquement musulman : il l’est devenu. Presque absente du Coran, c’est une prescription construite progressivement, au terme d’une histoire dont l’épisode colonial est un chapitre majeur. Si le port du voile nous choque, c’est moins en raison de l’outrage fait aux femmes ou de l’entorse à la laïcité que parce qu’il bouleverse un ordre visuel fondé sur la transparence, et lui oppose un provocant plaidoyer pour l’opaque, le caché, le secret, l’obscur.
Et pour les musulmanes qui se voilent en Occident, n’est-ce pas un jeu de dupes, une impiété nichée au cœur d’une intention religieuse ? Car en montrant qu’elles se cachent, elles cachent en réalité qu’elles se montrent ? Scrutant tour à tour la lettre du Coran, le voyeurisme de l’art orientaliste, les dévoilements spectaculaires orchestrés en Turquie ou au Maghreb, Bruno Nassim Aboudrar délivre une lecture inédite des stratégies à l’œuvre derrière le voile. Bruno-Nassim Aboudrar – Jolpress

Les pratiques cultuelles, elles, sont aménageables», martèle-t-il, estimant que l’islam est «une religion qui évolue avec l’évolution de la société». Il considère, à titre indicatif, que les prières peuvent être effectuées après le travail et que le jeûne du Ramadhan peut être reporté en cas de maladie. Pour lui, l’islam se trouve confronté à un vrai problème, celui des comportements qui relèvent de l’éthique personnelle et qui sont devenus des marqueurs pour beaucoup de musulmans : manger halal, porter le voile, etc. «Avec le halal, nous ne sommes pas dans le sacré. Le fidèle a seulement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de l’animal», explique-t-il. Il assure en bon théologien que le hijab et ses dérivés (niqab, foulard, burqa…) n’ont absolument rien de sacré.

Tareq Oubrou appelle les musulmans à ne pas confondre religion et identité. Il demande aux musulmans de renoncer «à une certaine visibilité» pour redorer leur blason. «Il faut que les musulmans puissent accorder leurs gestes à leur foi sans perturber le fonctionnement de la société par des revendications outrancières, quitte à renoncer à une certaine visibilité», estime cet imam qui a mené une vaste réflexion théologico-canonique sur les conditions de l’expression et de la pratique musulmane dans un espace sécularisé.

Extraits de Comment le voile est devenu musulman de Bruno-Nassim Aboudrar (Flammarion – mars 2014)

Il est certain que le voile musulman n’a qu’une place très mineure dans la révélation. Il se peut que Muhammad ne l’ait pas voulu et que les circonstances seules aient suggéré le verset qui en prescrit l’usage aux musulmanes. Il n’est guère douteux non plus que le fiqh soit une juridiction patriarcale tardive, parfois éloignée de l’esprit du Coran et partiale dans le choix de sa lettre. La nouvelle exégèse « féministe » musulmane serait entièrement convaincante si elle avait convaincu et que ses positions étaient aujourd’hui majoritaires. Mais le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas le cas. Le voile résiste dans l’islam contemporain avec le patriarcat, et même sans lui. «Jolpress»

 

 

 

 

Par Maya Zammit avec France Algerie.com

Voilà pourquoi il faut interdire cet accoutrement ridicule !

Un dangereux criminel se déguisant en femme portant un « djelbeb » de couleur noir, âgé de 38 ans, agressait uniquement les femmes à Oran. Son mode opératoire était simple, il s’approchait des domiciles où seule une femme se trouvait, il frappait à la porte et au moment de son ouverture, il s’acharnait sur la personne de sexe féminin la menaçant d’une arme blanche.

 

Il lui volait tout ce qu’elle possède comme objets précieux. On a appris que ce dernier a tenté dernièrement d’agresser une jeune fille âgée de 22 ans à Hai ‘’Sidi El Houari’’, après avoir profité de l’obscurité de la nuit pour la violenter.

 

La victime avait eu le courage de ne pas se laisser faire en se défendant, elle a su qu’il s’agissait d’un homme déguisé en femme, après avoir réussi à lui enlever le Djelbab a-t-on appris de sources concordantes. Se sentant démasqué le criminel pris la fuite.

 

La victime déposa une plainte permettant l’ouverture d’une enquête qui a abouti à l’arrestation du suspect qui avait abandonné le djelbeb, et une arme blanche sur la route, après son forfait. Présenté devant la justice, l’inculpé a été placé sous mandat de dépôt a-t-on précisé.

Mohamed Talbi – Parle d’Assa7aba, des Hadiths et du voile en Islam- محمّد الطالبي

Et si, dans le sillage du Pr Talbi, on initiait la nécessaire réforme de l’islam?

Mohamed Talbi Liman yajro Faqat Banniere

Les musulmans sont invités à se fier à leur propre compréhension du Coran et à cesser de suivre les monstrueuses interprétations qu’en font les imams obscurantistes.

Par Rachid Barnat

Il aura suffit que le Pr Mohamed Talbi s’exprime à propos du vin et dise sa «lecture» des sources, c’est-à-dire les sourates du Coran, pour que les enturbannés de tous poils et les médias montent au créneau pour dire haro sur le baudet, certains invoquant l’apostasie et ce qu’elle implique: c’est-à-dire la mise à mort ! Rien que ça!!

Où étaient-ils tous ces zélés défenseurs de l’islam quand, quotidiennement, des pseudos imams cathodiques et autres prédicateurs pondaient des «fatwas» (lois religieuses), relayées par les réseaux sociaux, plus monstrueuses les unes que les autres, si elles n’étaient pas grotesques, traduisant souvent les complexes existentiels et sexuels de leurs auteurs? Où étaient-ils quand des charlatans obscurantistes venus d’Arabie envahissaient nos mosquées pour diffuser le wahhabisme? (Un sommaire en images – VTR – d’imams wahhabites dictant des fatwas, absurdes, illustrant l’obscurantisme contre lequel le Pr Talbi lutte, était diffusé lors du débat avec lui!)

Les dérives de l’islam obscurantiste

Quant à l’opportunité d’un tel débat, que certains jugent accessoire alors que l’Etat islamique (Daêch) est aux portes de la Tunisie et que les Tunisiens souffrent dans leur quotidien de tant de problèmes matériels, je pense, au contraire, qu’il était temps d’ouvrir le débat à propos de l’islam. C’est devenu nécessaire depuis que les Frères musulmans se sont emparés des révolutions des jeunes du «Printemps arabe», pour mettre l’identité religieuse des Tunisiens au centre de tout débat public et à la place de leurs revendications: liberté, dignité et travail, avec l’idée de les convertir au wahhabisme au prétexte qu’ils auraient perdu leur identité arabo-musulmane!

La situation actuelle est bien due aux dérives d’un islam obscurantiste qui a touché tous les pays du «Printemps arabe» et bien au-delà ! Pour lutter contre l’obscurantisme, il faut que les musulmans se réapproprient leur religion, lisent le Coran et raisonnent par eux-mêmes pour ne plus se fier aux fatwas les plus débiles. C’est en tous cas le but recherché par le Pr Talbi auprès de ses concitoyens.

Tout compte fait, tant mieux que le Pr Talbi ait suscité malgré lui cette tempête médiatique qui, semble-t-il, a secoué les imams partout dans le monde, pour dire haut et fort STOP à la surenchère des islamistes qui veulent imposer la charia, corpus de lois dites religieuses pondues durant les 3 premiers siècles de l’islam, et qu’ils sacralisent au point de faire oublier aux croyants le Coran !

De quoi s’agit-il? Le Pr Talbi, qui préside l’Association internationale des musulmans coraniques (AIMC), a eu à débattre du vin et de la prostitution avec les membres de son association. Du débat, texte coranique à l’appui, il résulte que l’interdiction formelle de la consommation du vin et de la prostitution volontaire, ne sont pas interdites; et donc ne sont pas «haram» au sens du péché mortel !

Hassen Ghodhbani et Mohamed Talbi 2

Hassen Ghodhbani ne laisse pas parler Mohamed Talbi: l’inquisition dans toute sa splendeur!

La direction de la chaîne de télévision El-Hiwar Ettounsi (Débat tunisienne), en course à l’audimat, a flairé un «bon coup» et invité le Pr Talbi chez Elyes Gharbi dans son émission ‘’7/24 » pour s’expliquer. Ce fût un ratage total, frustrant pour beaucoup de téléspectateurs restés sur leur faim faute d’avoir laissé s’exprimer le Pr Talbi, à cause d’un avocat islamiste impoli, Hassen Ghodhbani, qui l’empêchait de parler, sous le regard complice de l’animateur et du journaliste Mohamed Boughalleb présent sur le plateau!

Une télévision avide de sensationnalisme

La direction voulant se rattraper, et sûrement pour exploiter «le filon Talbi», l’invite à nouveau dans l’émission  »Labes » (Comment ça va) de Naoufel Ouertani et  »Liman yajro’ faqat » (Réservé uniquement à celui qui ose !) de Samir El-Wafi, copie de ‘‘Salut les terriens’‘, de Thierry Ardisson. C’est dire si elle est axée sur le sensationnalisme et le spectacle… plus vendeurs en termes d’audimat!

D’emblée, le Pr Talbi a pris ses dispositions vis-à-vis de l’animateur de l’émission, le prévenant qu’il se retirera si on l’empêchait de s’exprimer ou qu’on lui coupait la parole. Cette fois-ci, même si l’on peut regretter les facilités et les digressions inutiles, le Pr Talbi a pu s’exprimer.

L’islamologue s’attendait à une émission axée sur le vin, qui a suscité tant de réactions souvent violentes, était déçu, lui, qui s’était préparé en bon universitaire à justifier ses conclusions, «sourates» (versets du Coran) à l’appui ! Mais l’émission n’étant pas «culturelle», le présentateur se devait de titiller l’invité pour amuser les téléspectateurs!

Bon joueur, le professeur s’est prêté intelligemment au jeu. Quand Samir El-Wafi a tenté de le taquiner qu’à 93 ans il ait encore le goût des femmes, notre cher professeur pédagogue lui a rappelé que la beauté est un don de dieu, par conséquent il ne faut ni la cacher ni en avoir honte comme l’avait fait Abou Hourayra, qui avait décrété de couvrir entièrement les femmes parce que tout leur corps, de la tête au pied, est une «awra» (disgracieux, honteux !), ne lui permettant qu’un trou dans son voile au niveau de l’oeil gauche pour voir!

Méthodique, le Pr Talbi a refusé de se laisser entraîner sur un autre chapitre concernant la prostitution, ne souhaitant s’en tenir qu’à la question du vin, raison pour laquelle il était l’invité de l’émission. Le présentateur, avide de sensationnalisme, a tenté en vain d’exploiter la nouvelle pierre jetée par le professeur dans la mare des traditions religieuses qui proscrivent et punissent sévèrement la prostitution. Le Pr Talbi s’est contenté d’affirmer que nulle part dans le Coran la chose n’est interdite ni surtout que celui-ci mentionne les châtiments que des hommes se sont arrogés le droit de décréter au nom d’Allah à l’encontre de la prostituée. Affirmant que l’islam est pour la liberté sexuelle !

Il rappelle une fois de plus son droit à la liberté d’expression et de compréhension du Coran. Par conséquent, il réfute la charia et les avis de tous les imams, Farid El-Béji compris. Rappelant sans cesse sa devise: «Ma religion c’est ma liberté». Il n’en dira pas plus, car il est en train de rédiger un livre auquel il réserve ses analyses et ses explications du texte coranique, à propos de cette question et de la sexualité en général, s’excusera-t-il.

Comme invités autour du Pr Talbi, il y avait le cheikh Farid El-Béji, Youssef Seddik, Ridha Belhaj, chef du parti salafiste Hizb Tahrir, et Hassen Ben Othman.

Mohamed Talbi Labess

On invite l’islamologue érudit sur le plateau pour le tourner en dérision et faire rire la galerie à ses dépens!

Règles «religieuses» inventées par l’homme

Le Pr Talbi va mettre en évidence le fait que de nombreuses règles que les musulmans prennent pour des règles religieuses, ne sont que la création des hommes.

Il rappelle la guerre qui a duré un siècle entre les adeptes de l’imam Mâlik Ibn Anas et l’imam Al-Chafîi. C’est dire qu’à l’intérieur même de la charia il y a des oppositions d’interprétation.

Il va donner une analyse claire et historique de l’élaboration de l’islam par les premiers hommes de pouvoir, en rappelant que durant un siècle les premiers musulmans avaient vécu sans charia! Quant aux matériaux dont se sont servis les théologiens pour établir la charia régissant leur époque, ce sont le Coran et les hadiths (Citations) du prophète!

A propos du Coran, le Pr Talbi rappelle qu’il a été amputé de certains passages qui ne convenaient pas au Calife qui, voulant transmettre le pouvoir à son fils, avait instauré le système dynastique des califes!

A propos des hadiths transmis à l’aube de l’islam uniquement par voie orale, le Pr Talbi rappelle qu’ils n’ont été consignés par écrit et regroupés sur ordre du calife Omar que des années après la mort du prophète. C’est dire le doute que l’on peut avoir quant à leur authenticité comme «documents», d’autant que la chaîne de leurs rapporteurs et transmetteurs peut faire douter de la fiabilité de certains d’entre eux, et douter même du nombre des hadiths «réels» et «véridiques» qui pour certains n’excéderaient pas la centaine alors que, pour d’autres, ils seraient de l’ordre de 600 hadiths.

Par ailleurs, les écrits qu’ont légués les premiers musulmans manquaient de ponctuation, ce qui compliquait parfois la lecture d’un mot quand on veut le ponctuer pour une meilleur lisibilité: car une lettre peut prendre la place d’une autre par le fait qu’elle soit ponctuée au-dessus ou au-dessous… ce qui change totalement le mot et par conséquent la compréhension d’une phrase. D’où les interprétations diverses et variées toujours subjectives de la part des théologiens.

Constats historiques du savant Talbi qui justifient ses doutes et sa propre lecture du Coran. Par conséquent, a-t-il dit à ses opposants sur le plateau, Farid El-Béji et Ridha Belhaj: «Vous avez votre vérité; et j’ai la mienne. Je n’ai pas à vous imposer la mienne comme vous n’avez pas à m’imposer la votre»!

Ridha Belhaj s’est mis en colère devant la négation de la charia par le Pr Talbi. Celui-ci s’est étonné, à juste raison, de la présence d’un chef de parti qui instrumentalise la charia à des fins politiques dans un débat entre intellectuels.

Farid El-Béji, s’excusant auprès du Pr Talbi d’avoir recommandé son internement en asile psychiatrique après sa déclaration que le Coran n’interdisait pas la consommation du vin, explique qu’il l’a traité de fou pour le préserver des fous d’Allah, qui l’auraient tué pour apostasie, la folie rendant l’individu irresponsable de ses dires et de ses actes.

La liberté d’interprétation du texte sacré

Depuis le début de l’émission, Youssef Seddik semblait mal à l’aise, regrettant même d’être venu. Mais à la fin, il a convenu que l’islam a besoin d’une refonte totale compte tenu de sa fabrication par les hommes qui voulaient l’adapter à leurs époques. Pour cela il revendique le droit pour tout musulman de relire et d’interpréter le Coran de son point de vue personnel et avec un regard neuf, en dehors de toute source traditionnelle.

Il serait temps selon lui que les musulmans d’aujourd’hui en fassent autant, en s’appuyant sur les sciences, les technologies et le savoir actuel pour adapter l’islam à notre époque, conclut-il.

Par conséquent, lui aussi rejette la charia qu’il juge désuète, comme il rejette aussi celle du cheikh Fadhel Ben Achour qui n’était qu’un lifting de ce vieux corpus que certains voudraient à tort sacraliser, mais pas lui, affirme-t-il.

Pour finir, le Pr Talbi invite les musulmans pratiquants à lire le Coran et à se fier à leur propre compréhension en s’aidant de dictionnaires… mais surtout de cesser de suivre les yeux fermés les interprètes du Coran qui se sont installés représentant d’Allah auprès des musulmans pour leur dicter ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire et leur inculquer le «halal» et le «haram»… comme le font les wahhabites.

Comment ne pas apprécier cette proposition? Oui, il faut mettre un terme au pouvoir de certains hommes qui abusent du pouvoir qu’on leur prête pour parler au nom de Dieu. Que la Tunisie, qui a déjà donné tant de réformes importantes au monde arabe prenne, ce chemin de réforme; ce serait excellent. N’oublions pas que partout dans le monde des intellectuels éminents conviennent que l’islam doit se reformer.

Peut-être les Tunisiens remercieront-ils un jour le Pr Talbi d’avoir mis en mouvement cette réforme.

Blog de l’auteur.

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