le voile dit islamique par Ikbal El Gharbi

c’est un article interessant que je livre ici:ecrit par Ikbal El Gharbi-Universitaire -Université Ezzeitouna-Tunis

La culture musulmane est marquée par une représentation stéréotypée d’un éternel féminin caractérisé par la ruse, la coquetterie et la séduction. Et vu que le mot « Fitna » désigne à la fois désordre, guerre civile, tentation et séduction, le corps féminin se trouva, tout le long de l’histoire musulmane inscrit dans le champ du pouvoir.

Le désir de cacher ce corps apparaît comme une obsession chez la plupart des « Fuquahas » au point que leurs écrits sont marqués par une invasion massive de la « sharia » dans la vie privée.

Le « Hijab » ou voile féminin, dérivé du verbe « hajaba » qui veut dire cacher, protéger, séparer ; était destiné, sur un conseil d’Omar Ibn El Khattab semble t t-il, à dérober les femmes aux regards des hommes. L’islam a justifié le port du « Hijab » comme étant le plus simple moyen pour les épouses du prophète de se faire reconnaître afin qu’elles ne soient point offensées. Cette coutume fut presque unanimement suivie par les citadines, surtout de la classe aisées qui désiraient s’identifier aux mères des croyants.

Cependant ni les paysannes ni les ouvrières ne purent l’adopter complètement.

Il parait évident que le port du voile ne constitue pas un pilier de l’islam, il est, de plus et depuis les origines l’objet d’infinies controverses qui prennent leur source dans trois passages du Coran.

La sourate du « Hijab » concerne uniquement les épouses du prophète. Le « Hijab » y apparaît comme un signe distinctif et honorifique: « Quand vous demandez à ses épouses quelque chose, adressez vous à elle derrière un rideau (« Hijab ») C’est plus décent pour vos coeurs et pour les leurs » (Sourate33 , les Coalisés, verset53 ). Une évocation plus explicite du voile se trouve au verset59 , qui élargit la recommandation aux femmes proches du prophète et à toute les croyantes. Quant au troisième passage il est situé dans la sourate24 , la Lumière, versets30 , 31qui fixent aux musulmanes la conduite idéale à tenir pour ne pas exciter la convoitise des hommes.

Pour les musulmans tolérants, Ces versets loin d’imposer le voile aux femmes instaurent plutôt une nouvelle attitude de décence en public et rompt avec certains rituels antéislamiques qui poussaient les femmes, par exemple, à se dénuder les seins pour encourager les combattants qui partaient en guerre.

Pour d’autres musulmans, adeptes d’une lecture littérale du texte sacré, la recommandation concernant les femmes du prophète a valeur d’obligation.

Pour ces penseurs la « sharia » doit imprégner toute la vie du croyant, ses directives doivent ériger toute son expérience quotidienne. C’est pour cette raison qu’en parcourant certains textes, on s’aperçoit avec surprise que mille et un détails que l’on pensait relever de la sphère de la vie privée relèvent en fait de la vie publique et politique: intimité du couple, comportement amoureux, tenue vestimentaire, parure et ornements etc.

Toutefois et en dépit des interdits et des restrictions le conformisme a toujours été une affaire de culture et de milieu. Certaines femmes musulmanes ont toujours voulu être libres et séduisantes. Elles ont affirmé leurs personnalité avec leurs allures.

A l’image de Aicha Bin’t Talha petite fille de Abu Bakr, compagnon du prophète et nièce d’Aicha mère des croyants qui refusa le « Hijab ». Cette aristocrate alliait à la noblesse de sa naissance une fierté d’esprit et une grande beauté, qu’elle tenait d’ailleurs à laisser admirer. En effet, Aicha refusa de se voiler en déclarant avec malice que Dieu dans sa miséricorde l’a créée belle et qu’elle désirait montrer son oeuvre. Abu Hurayra, grand transmetteur des traditions du prophète, subjugué par sa beauté, disait qu’elle ressemblait à une houri du paradis. Très coquette, Aicha recherchait les hommages des poètes et savait tirer parti des sentiments qu’elle inspirait, au point qu’elle provoqua la destitution du gouverneur de la Mecque Al Hareth El Makhzoumi, qui avait consentit à retarder l’heure de la prière pour lui permettre de terminer son « Tawaf » c’est à dire la circumbulation rituelle de la Kaaba.

Umm hani, cousine du prophète et sœur de Ali, était très coquette. Elle se paradait dans la rue mi-voilée. « on apercevait ses boucles d’oreilles » relatent les historiens. Omar Ibn El Khattab rebropateur lui dit « ton cousin Mohamed ne pourra rien pour toi si tu continues à te parer de la sorte ». L’envoyé de Dieu, loin de blâmer sa cousine, rétorqua avec tendresse: « j’ai le pouvoir d’intercéder pour tous les membres de ma famille ».

Sukeina, fille de l’imam Hussein le martyr de Kerbela, arrière petite fille du prophète Mohamed ne s’est jamais voilée et cela malgré sa jeunesse, sa beauté et la noblesse de son rang. Elle refusa également d’abdiquer sa personnalité et ne consentit jamais au principe d’obéissance au mari (Taa) ni au droit de ce dernier à la polygamie. Elle stipulait cette contestation de l’autorité masculine dans ces contrats de mariage. En outre; en récusant l’institution du « Hijab » cette féministe d’avant garde sapa son symbolisme en tant que séparation institutionnelle de deux espaces distincts, un espace privé réservé à la femme et un espace public géré par l’homme.

Loin de se soumettre aux lois de la claustration, la pétillante Sukeina tenait, en effet, un salon littéraire à Médine et organisait des soirées interminables où se côtoyaient artistes, poètes et hommes de Lettres de diverses tendances et de différentes religions. Très fréquemment, les grands poètes de « ghazal », poésie érotique, de l’école du Hijaz venaient à la résidence de Sukeina réciter leurs poèmes, vanter leurs talents et écouter les critiques Aux cotés du célèbre Omar Ibn Abi Rabiaa on cite al Awas, Djarir mais surtout al Farazdak semble s’y être rendu quand il se trouvait dans les lieux.

Sukeina ouvrait les discussions stimulait les débats littéraires, émettait des remarques, des commentaires sur l’emploi inadéquat d’un terme, d’un croisement, ou d’un motif inclus dans les vers cités. Les interventions de Sukeina relevaient une bonne connaissance de la poésie et de la culture de son époque. Elle a ainsi réussi à préserver l’école de la poésie « Ghazal » puisque ses adeptes étaient protégés et encouragés en bénéficiant de la caution des plus hautes sphères de la société médinoise.

Ces femmes musulmanes auraient pu cristalliser des modèles qui nous auraient aider à bâtir des sociétés où les femmes seraient pleinement épanouies.

Ces récits authentiques redéfinissent les rapports de ces sociétés avec le corps, la subjectivité et l’imaginaire.

Pour ces personnalités féminines, séduire est ici pris dans le sens de charmer, de fasciner, de plaire. Dans la séduction on entre dans un autre enjeu: prendre conscience de son corps pour plaire à l’autre. Freud a toutefois apporté une contribution ingénieuse à ce sujet. Il reconnaît au narcissisme un grand pouvoir d’attraction sur les autres: il pense que le charme de la femme dérive de son amour pour elle même, de son désir d’être aimée. Il démontre par ailleurs que le narcissisme féminin est un moyen qu’utilisent les femmes pour compenser leur manque et leur infériorité. « Pour se dédommager de leur oppression, elles se consacrent à leur beauté, Elles retournent sur leur propre corps un désir qui leur était interdit d’extérioriser ». Or la relative égalité des sexes qui a régné à cette époque a permis à la femme musulmane d’accéder à une certaine autonomie affective et c’est pour cette raison que la coquetterie féminine revêt ici un autre sens:

Sukeina, l’artiste et Aicha la séductrice en contestant l’institution très ambiguë du « Hijab » ont senti que si on méconnaît les couleurs et les nuances, si on ne perçoit plus le chatoiement des étoffes quand on ne s’habille plus qu’en uniforme: BleuJinn, tenue Mao ou Tchador noir, c’est qu’on est prêt à subir tous les conditionnements et toutes les manipulations, C’est qu’on n’est plus un être libre Car lorsque la norme disciplinaire réussi à pénétrer le quotidien pour quadriller et stériliser l’expérience de l’individu jusqu’à dans son corps, son désir, sa sensibilité esthétique, bref sa disposition innée au plaisir, elle permet toute les dérives totalitaires Et quand la vie quotidienne est à ce point appauvrie, l’individu n’a même plus la force de demander des comptes à une réalité mauvaise car il n’a plus le désir du bonheur. Evidemment cela rend toute désaliénation improbable.

Dans cette perspective, les femmes musulmanes se sont toujours opposés à l’uniformisation vestimentaire, sous le Khalifat de l’intransigeant Omar Ibn El Khattab, elles ont détourné les lois et ont inventé la mode « Kabati ». Le Kabati était une longue robe moulante et ajustée qui ne dévoile aucune partie du corps féminin mais qui épouse ses formes comme une seconde peau. A ce propos l’Imam Malek écrit « j’ai appris que Omar Ibn El Khattab a proscrit cette mode féminine qui bien qu’elle ne laisse rien transparaître dévoile Tout ».

Ce qui est bien plus séduisant, car comme l’observe Barthe c’est la chemise béante qui provoque le désir bien plus que la nudité du corps.

A la même époque d’Omar et désirant toujours plus de fantaisie, les femmes musulmanes ont dévoilé leurs jambes et ont opté pour l’audacieuse mode de la « mini jupe ». Les Fuquahas s’insurgèrent contre cette mode qu’ils qualifièrent de « Bidaa ».

On voit bien que déjà à l’aube de l’islam la mode féminine s’est libérée de la rigueur, de l’orthodoxie et s’est caractérisé par la recherche de ligne et de volume. Les tenues féminines étaient étincelantes. Les matières utilisées étaient des plus nobles, les tissus étaient raffinés: soie, mousseline, taffetas, chantoung, satin damassé, brocart broché d’or et d’argent.

Les couleurs étaient chatoyantes: rose,orange et jaune safran, embellissantes elles étaient à elle seules un maquillage éclatant.

Les tuniques étaient ajustées, parfumés de musc ou ambrés, décorés de poèmes langoureux et brodées de fils d’or et d’argent. Les traînes étaient interminables.

On superpose, on ose, on s’amuse;

La fabrication de tissus brodés spéciaux avait lieu dans les ateliers de tissage des palais. Cette activité qui débuta sous les Umayyades devint un trait courant de la civilisation matérielle de l’islam médiéval. Ses créations étaient multiples et variées: brocart « dibaj », satin « istabrak »; soie fine « harir », soie diaprée « wachy » et autre tissu de luxe ornaient les garde robes des nantis. Les vêtements brodés étaient donnés en témoignage de la faveur royale et faisaient partie des cadeaux diplomatiques courants. La « Khilaa » offerte par les émirs était un vestiaire complet. De beaux vêtements étaient importés de tout le monde islamique. De l’Inde venait la « Futa », sorte de sari, de la Chine venaient les vêtements de pluie en tissu huilé, « Mimtari », sorte d’imperméable ainsi que toute sorte de tissus nobles tels que le Sharab, Dimyati, Dabiki tous en lin.

Les chaussures et les sandales devaient être choisis parmi un certain nombre de cuir de couleur et de forme, et il était permis d’en porter qui présentent des combinaisons de couleurs telle que le noir et le rouge ou le noir et le jaune. La mode des bas empruntée aux persans était aussi bien établie. La lingerie de la musulmane élégante devait être fine et de couleur pastel.

Ces récits montrent comment le vêtement féminin est au confluent de toutes les cultures, comment il utilise des modèles anciens: Cosmopolite, il adopte des éléments exotiques en enrichissant le tout par une complexité et un raffinement plus grand.

Le vêtement féminin s’introduit, de cette manière, au double jeu de l’ordre et du désordre, de la soumission à la contrainte et de la liberté. Fidèle à son essence il joue subtilement entre l’exhibition et le masque. Flugel compare en ce sens le vêtement à un symptôme névrotique et notamment à la rougeur. Celle ci est à la fois un signe excessif de honte, mais en même temps comme le montre la psychanalyse, c’est une façon d’attirer l’attention sur soi. Selon Flugel le vêtement est une rougeur perpétuelle sur le corps de l’humanité. En isolant un corps ou une partie du corps, il portait immanquablement l’attention sur elle.
Par cette dialectique singulière tout vêtement même le « Hijab » cache en même temps qu’il désigne.

La fantaisie féminine s’est aussi manifestée au niveau de la coiffure. Dès l’époque du prophète les femmes utilisaient du vin comme laque pour donner plus de volumes à leur chevelure.

Sukeina fille de Hussein le martyr de Karbala, qui affichait une coquetterie toute féminine, mettait en valeur sa beauté par une coiffure spéciale qui portait son nom « al turra al sukeyniya » (les cheveux bouclés à la Sukeina). Cette coupe à la mèche rebelle fit fureur aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Jugeant la « coupe Sukeina » trop efféminée, le pieux Khalife Omar Ibn Abdelaziz l’a interdite au hommes et punissait tout homme coiffé à la Sukeina à être rasé et flagellé.

L’Histoire atteste que l’élan de vie et la vitalité des femmes musulmanes se sont toujours opposées à la rigueur de l’orthodoxie. En militant pour reconquérir socialement leur corps elles affirment l’unité indissoluble de l’être humain: esprit libre dans un corps rapproprié, Ces pratiques si souvent vilipendées dont les textes n’ont gardé que des traces partielles et partiales nous en donnent la preuve.

Ici point de jugement moralisateur, de systématiques querelles entre Anciens et Modernes, comme le voudraient le faire croire bon nombre de chroniqueurs nostalgiques d’un passé mythique, mais seulement un incessant bricolage qui fonde le phénomène vestimentaire féminin en une dynamique, parfois turbulente, toujours soumise à des réaménagements.

2 commentaires à “le voile dit islamique par Ikbal El Gharbi”


  1. 0 Harrathir 14 nov 2011 à 14:47

    بإسم الله

    قرأت هذا المقال للمدعوة إقبال الغربي تتحدث فيه عن الحجاب و عن النقاب ولكني لم أجد فيه تفسير علمي و لغوي واضح للآيات القرآنية التي تتحدث فيها عن الحجاب و لا عن أسباب نزولها ولم تستند في تحليلها عن أحاديث للرسول صلى الله عليه و ;وإنما تحدثت عن مواقف بعض النساء المسلمات كعائشة بنت طلحة ورفضها ستر وجهها (وستر الوجه يكون بالنقاب لا بالحجاب) فهذه الرواية وإن صحت فإن السيدة عائشة بنت الأشهب رفضت النقاب و لم ترفض الحجاب لكن المثير للدهشة و الذي يفقد هذا المقال علميته و نزاهته إن إقبال الغربي لم تعتمد على مؤرخين مشهود لهم بنزاهتهم كالطبري وإنما إعتمدت على ما كتبه أبو الفرج الإصفهاني  »أخبرني الحسن بن يحيى قال قال حماد قال أبي قال مصعب* : كانت لا تستر وجهها وعتاب مصعب لها في ذلك : كانت عائشة بنت طلحة لا تستر وجهها من أحد. فعاتبها مصعب في ذلك، فقالت : « إن الله تبارك وتعالى وسمني بميسم جمال أحببت أن يراه الناس ويعرفوا فضلي عليهم، فما كنت لأستره »
    و أبو الفرج الإصفهاني هو كذاب ولا يعتمد عليه في التأريخ و في رواية الأحاديث وهذا ما ذكره ياقوت الحموي أبو الفرج الأصبهاني شيعي زيدي , أي من طائفة لا تكن كثير ود لأغلب الصحابة؛ هذا اذا سلموا من تكفيرهم. وفوق ذلك هو ماجن وحاطب ليل لا يميز الصحيح من السقيم ,ومطعون في عدالته عند أهل الحديث.أما عائشة بنت طلحة فهي موثقة عند المحدثين, ولها أحاديث في الصحاح, وهي أجل من أن تفوه بمثل ذاك الكلام, وزوجها مصعب الشجاع الفارس -الذي أراح المسلمين من المختار الثقفي الكذاب, وهو من أحباب أخينا أبي الفرج

  2. 1 hamida saadallah 16 nov 2011 à 1:15

    bonne reflexion l islame n oblige pas a porter el hijab mais peut de penseur veulent le reconnaitre bravo ikbal.

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