La vierge et le mufti

par PAR FAWZIA ZOUARI
Ça y est, j’ai trouvé le thème de mon prochain bouquin. Je l’intitulerai Les Fatwas ridicules. J’en ai déjà engrangé beaucoup, de fatwas, mais la dernière, relevée dans une dépêche de l’AFP, vaut son pesant de cacahouètes : un certain Ali Jomaa, grand mufti d’Égypte – ce pays qu’on appelle « la Mère du monde » et qui risque d’être rebaptisé « la Mère de la bêtise » par la faute de ses oulémas -, a déclaré ceci : « La religion musulmane appelle à la pudeur. Si une fille a perdu sa virginité et se fait recoudre, l’islam l’autorise»

De prime abord, la nouvelle est sympathique. Pour une fois qu’un religieux se montre accommodant avec les femmes et pousse la gentillesse jusqu’à pardonner à celles qui ont beaucoup… couché. Il se fait même leur allié, suggérant qu’elles n’en disent rien à la gent masculine. Vous conviendrez, toutefois, qu’une telle démarche n’est pas très catholique. Ce n’est guère décent de faire du sexe des croyantes une affaire publique, évoquée devant les écrans du monde entier, pour une religion qui s’est évertuée, jusque-là, à le dissimuler, hchouma !

La pudeur d’une dame se mesurerait au nombre de vérités cachées à son conjoint ? Moi, je dirais que ce n’est pas de la pudeur, mais de la tromperie. C’est concevoir le mariage comme un marché de dupes et fonder la vie conjugale sur un gros canular. Sans compter le profil de l’homme musulman que vous nous dressez, père Jomaa : un semi-idiot, fier d’être berné : « Tu sais, chérie, mens si tu veux, batifole avec autant d’amants que tu le désires, mais ne m’en dis rien le jour où je te passerai la bague au doigt. Je te l’avoue, je suis aussi obsédé par la virginité que d’autres le sont par la vérité. Je tiens aux gages de ta vertu, fût-elle virtuelle ! »

Il y a de quoi conclure à la schizophrénie, non ? Celle de sociétés musulmanes dont le talent consiste moins à chercher la vérité que les moyens d’accepter le mensonge et dont le plus courant des adages recommande sans détours : « Idha assaytoum fa-statirou », si vous pêchez, faites-le en secret. Sauf qu’on a le droit de récuser cet adage. Oui, père Jomaa, admettez qu’on puisse refuser de mentir au nom d’une fausse pudeur, de refaire de fausses membranes et passer de fausses nuits de noces, car cela voudrait dire que vous êtes en train de nous fabriquer une fausse religion.

La fatwa a provoqué un tollé. La réplique la plus vive a été celle de Nahed al-Mala, théologienne de son état, qui soutient que la fille qui se fait recoudre l’hymen « commet un acte diabolique ». Ce qui donne lieu à un rebondissement inespéré pour mon futur bouquin. Lequel s’achèvera, je pense, par ce paragraphe : « Voyez donc comment les musulmans passent leur temps ! À parler des règles des femmes et de leur hymen. Pendant que le monde évolue, que leurs jeunes se font kamikazes, que leurs pays tombent dans les mains de forces étrangères, que leurs régimes les musellent. Allez-y encore, mes chers coreligionnaires, vous qui croyez que seuls les hymens des femmes vous referont une virginité ! »
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